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Billet de blog 22 avr. 2022

Les noeuds invariants de l'indigence universelle

Lettre d'un Haïtien enraciné dans son shithole à la France Insoumise !

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Couverture Livre Humaine defaillance © Erno Renoncourt

Chers insoumis de France, depuis la naissance de votre mouvement, dans mon shithole je ne cesse de vivre au rythme des espoirs et de sursauts d'humanisme que porte votre projet. Non pas que je suis naïf de croire que ce projet peut induire la fin des malheurs haïtiens, mais par une alchimie dont seule la nature quantique de la conscience humaine peut expliquer, je capte des ondes d’une infinité beauté humaine dans l’intelligence que laisse transpirer le leader de votre mouvement. Loin de moi l’idée de résumer votre projet à cela. Mais ce trait humain et intelligent parle à ma conscience autant que me sidère et me révulse la froide arrogance de votre président. Si j’ose être aussi tranchant quoi qu’éloigné géographiquement de votre pays, c’est parce qu’il m’a été donné de côtoyer dans certains projets internationaux en Haïti l’arrogance et le mépris qu’une certaine France peut incarner. Fort heureusement, il m’a été donné aussi de côtoyer dans d’autres circonstances l’intelligence et l’humanisme d’une autre France. Entre ces deux versions de la France, vous devinez qu’en raison de l’histoire, malgré les douleurs d’un passé qui se rejoue avec d’autres codes, ma conscience vibre pour cette France digne et insoumise.

La souricière électorale

Aussi guidé par cette vibration, je me permets de vous faire part de ma grande souffrance de savoir qu’encore une fois le choix électoral n’aura pas lieu, Le piège de la souricière a fonctionné. De mon shithole étant, je contemple une fois de plus que la stratégie des nœuds indigents a fonctionné à la perfection lors du premier tour de l'élection présidentielle. Le choix entre se faire Macroner par le capitalisme sauvage ou se faire Mariner par la haine raciale qui vous est laissé est celui qui a été pensé, conçu, voulu et opérationnalisé par les démiurges qui travaillent à penser le renouvellement du néolibéralisme sur les mêmes bases du capitalisme sauvage.

Mais comme toujours, pour que cela se passe sans fracas, il faut une stratégie d'enfumage, une tactique de contre feux. SI je me permets de vous entretenir de cette stratégie indigente, c’est parce qu’elle est mon quotidien et que je la vis comme une impuissance qui me précarise, me terrorise, me déshumanise,  et ne me laisse guère le choix que d’être une victime qui fuit son pays, une victime qui agonise dans son pays ou enfin une victime qui contribue à faire d’autres victimes pour une illusion de succès. Quand on vit depuis 55 ans dans un pays à qui on impose le me choix indigent toutes les saisons, entre défaillance, assistance, impuissance et invariance, on finit par se dire que le vrai choix ne peut être que dans la rupture d’avec cette mécanique indigente pour oser l’intelligence.

D’intelligence et d’humanisme contre l’insignifiance et l’indigence

Vous devez imaginer ou même savoir que résider et vivre dans un écosystème comme Haïti est une contrainte pleine de douleurs et de souffrances. Tout est médiocre, même la culture que certaines des institutions de votre pays célèbrent est indigente puisqu’elle se verrouille dans la célébration du passé sans pouvoir oser enflammer l’imaginaire du collectif pour faire du présent un foyer d’insurrection pour l’avenir. Regardez bien, au moment où Haïti vit dans une saison putride qui la ramène aux temps coloniaux durant lesquels des proconsuls, choisis par la métropole, décidaient de tout, ses fils les plus cultivés, prétendument, célèbrent la mémoire d’un icone de la culture haïtienne en la mémoire de Jacques Stephen Alexis. C’est comme si chacun voulait se donner de l'importance en se projetant masqué dans la dignité et la grandeur de cet homme. Pourtant aucun d’entre ceux qui célèbrent la mémoire de cet homme ne partage même pas 1 millième de sa militance et de son engagement authentique qui transpiraient d’humanisme et d’intelligence. Une manière de vous montrer l’ampleur de l’indigence, puisqu’elle parvient même à se donner de la valeur en brandissant la culture. Or toute personne vraiment cultivée sait que ce n'est pas dans les célébrations que l'on doit faire vivre la mémoire des hommes dignes et intelligents, mais en reprenant le flambeau de leur lutte et l'engagement de leur combat.

Quelle douleur de vivre dans un pays où même la culture est indigente ! Quelle douleur de savoir que si une dixième fraction de l’énergie consacrée à célébrer Jacques Stephen Alexis était mise à contribution, par ces pseudos intellectuels, pour tenter de reprendre dans la vraie vie, son combat politique et culturel, cela aurait pour éviter à Haïti bien des indigences, et en particulier celle d'avoir un gouvernement insignifiant à présider à son destin. Car il faut être profondément insignifiant pour se croire investi de légitimité politique quand on a été nommé par un tweet de l’infame Hélène La Lime (BINUH) qui dirige en sous mains le pays derrière une fédération de gangs investie et protégée par l’ONU.

Il est manifeste que quand on ne nous laisse pas le choix, et quand les rêves sont si étroits, certains n’ont pas d’autre choix que d’aller voir ailleurs. Puisqu’ici tout est joué d’avance, entre accointance, allégeance, assistance, impuissance, insignifiance, indigence et invariance.

L’impuissance en commun

Fort de cet exemple, il vous est facile de comprendre que choisir de rester en ce lieu quand on a la possibilité de s'y évader est un suicide lent. En effet quand d’autres vous imposent leur loi il n’y a plus de fierté à vivre. Et dans ce cas, sauf à vouloir survivre à tout prix, mourir peut-être un choix plus digne. Mais encore faut-il que cette ait un sens et s’inscrive dans un projet manifestement plus grand que celui de sauver sa petite personne, que de réussir sa petite vie. Et c’est justement en cela que le projet de la France Insoumise me parle puisqu’il diffuse une énergie vibratoire, un message qui invite à faire de la vie une complainte d'intelligence, un hymne à l’insoumission. Et au moment où vous abordez le destin de votre pays à travers ce non-choix douloureux et déchirant qui vous est imposé et qui a mis de côté l’espérance d’un vrai choix, vous devez vous demander, toute insoumise, mais impuissante, quel choix vous reste-t-il vraiment ?

Chère France insoumise, Si je me permets de me présenter à vous en vous écrivant cette lettre de mon shithole étant, c’est pour vous entretenir de l’impuissance. Je me laisse dire que celle dans laquelle vous vous trouvez à la veille de ce non choix électoral doit avoir un arrière-gout semblable à l’impuissance dans laquelle vautre Haiti devant le non choix que lui impose depuis toujours la communauté internationale. Alors je me permets de mettre ma longue pratique de l’impuissance au service de votre insoumission pour vous dire qu’il est des moments dans la vie, quand le choix vous échappe et qu’il vous est imposé, il ne vous reste que le choix de la rupture : assumer la douleur des privations en refusant les choix médiocres et les succès précaires qui ne sont que des nœuds paradoxaux d'invariance et de résurgence de l'indigence.

Et ce choix de rupture qui est celui de l’intelligence ne se manifeste que par l’engagement résolu de faire de chaque seconde de ce sursis dans l’impuissance une complainte pour apprendre et transmettre. Et en Haïti, malgré l’impuissance, il y en a qui ont la patience et l'intelligence d'apprendre des indigences de l'occident. Et c'est justement ces leçons apprises que je veux restituer au monde pour lui dire : que les écosystèmes défaillants comme Haïti doivent servir de prisme pour voir le devenir du monde.

L’intelligence comme ultime radicalité de l’humain

C'est justement ce que je m’efforce de transmettre à travers l'axiomatique de l'indigence que je vulgarise pour rendre compte de l'invariance dans l'écosystème haïtien qui est un territoire d’expérimentation de toutes les manipulations sociales et psychologiques. Quand deux faiblesses s’appuient l'une sur l'autre, elles se verrouillent et deviennent une force, une puissance indigente. C’est elle qu’on nous vend en Haiti comme résilience. C’est ce même indigent qu’on vous propose entre vous faire Macroner ou vous faire Mariner. Le système s'arrange toujours pour que le choix soit toujours entre la peste et le choléra, entre la haine raciale et le capitalisme sauvage à visage néolibéral. Et il s’arrange toujours avec la culture, avec les médias, avec les experts pour vous dire qu’après tout entre le néolibéralisme et la haine raciale, il y a la résilience de la vie. Or la haine raciale est un fondement latent du capitalisme sauvage, même si cette haine n'est pas toujours apparente, mais elle est présente au cœur du projet, puisque c’est elle qui est toujours mise en valeur comme épouvante pour reconduire le système sur ses structures médiocres. Juste pour dire que parfois les dés sont truqués et que le choix est souvent entre deux versions tronquées d'un même produit.

C'est ce que j'appelle les nœuds paradoxaux qui servent à la fois de verrou et d'articulation : ils bloquent le système sur une face médiocre : La haine raciale ! et en même temps ils coulissent pour permettre au système de se renouveler sur ses structures par de petits rafistolages : Le néolibéral ! C'est le même choix qu'on présente sous d'autres formes au monde entier en agitant des épouvantes contextuelles pour imposer le capitalisme sauvage :  Saddam Hussein le monstre, Mouammar Kadafi le criminel, Bachar El Assad le boucher, Vladimir Poutine le sanguinaire enragé...Et il est triste de voir qu'il y a toujours du monde pour gober ces âneries qui ne participent d’une même stratégie : allumer un contre feu pour masquer le vrai feu qui couve ailleurs

Et les gens se font toujours prendre au piège par peur de sombrer dans la radicalité, et le temps de s’en rendre compte, il est toujours trop tard. Il est temps de faire preuve de courage et d’intelligence pour ne plus céder à ce chantage. Il est temps de voir que la haine raciale n'est qu'un instrument d'horreur mis en valeur contextuellement pour imposer le choix d’un néolibéralisme à visage humain alors que les structures économiques sont profondément ancrées dans la barbarie et la sauvagerie. À la veille de ce non choix pour votre destin, ce serait décevant de savoir la France Insoumise peut glisser et se laisser séduire par cet argument qui est un impensé électoral. C'est justement là qu'est la souricière ! Car dans 5 ans ce sera le même choix avec de nouveaux visages incarnant les mêmes rôles. À un moment donné, il faut laisser les gens assumer leur jeu malsain : Si la diablesse est encore au second tour, c'est parce qu'elle est instrumentalisée par le système comme épouvante pour empêcher toute alternative crédible, tout débat de fond. Et cela arrange tous ceux qui sont au service du système.

Il faut que les gens qui souffrent du néolibéralisme arrêtent d’offrir des alternatives au renouvellement du système. Quand vous avez une dent qui vous pourrit la bouche, ce n'est pas un cercle esthétique que vous allez vous faire mettre.  Il faut assumer la douleur de se faire arracher la pourriture une fois pour toutes ! Laissez le système pourrir sur ses verrous : car chaque fois qu'il se renouvelle sur ses artifices, il devient plus arrogant, plus invariant.  C'est la lecture que livre l'axiomatique de l'indigence : L’expérience de Trump a montré combien les fissures du système étaient profondes, Biden n'est qu'une couche de vernis qui vient masquer les fissures et qui retardera l’urgence e changer le système.  Le choix n'est pas différent sur le théâtre électoral français. Si on veut que le système vole en éclats, il faut tirer sur les verrous fissurés et non les recouvrir de vernis. De mon shithole étant, je vois Marine Le Pen comme un verrou fissuré du système, et Macron n'est qu'un vernis d'invariance.

À tirer sur le verrou fissuré, on risque de baver, mais on permettra à tous de voir les fissures béantes, et tous sauront que ce n'est pas le verrou le problème, mais le système qu'il protège. Comme quoi le problème peut être la solution.  C'est une approche systémique à oser pour laisser l’intelligence émerger comme ultime radicalité du destin commun de l’humanité.

Alors confiant dans votre intelligence, je vous souhaite bonne et courageuse insoumission. Pensez aux passions que la Commune de Paris a suscitées dans le monde et osez rêver refaire l'histoire !  On peut dans le contexte actuel repenser ces passions et dire "Pourquoi continuer de se tremper le doigt et de donner sa voix, par-dessus toutes nos misères d'homme et de citoyens et pourquoi, en ce moment solennel, n'essayerait-on pas d'arracher le pays  une fois pour toutes  du danger à cette incertitude éternelle qui permet aux premiers de cordée de toujours réussir et oblige les sans dents, les Comoriens à toujours trembler et souffrir !" Osez la rupture une fois pour toutes et faites à nouveau l'histoire : faites tomber la tête de ce nouveau roi indigent !

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