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Billet de blog 30 juin 2022

Le Cercle des Insignifiants Anoblis

Voici une nouvelle slave insolente pour faciliter l’appropriation des variables et des paradoxes de l’axiomatique de l’indigence. Ici, nous décryptons le profil des acteurs de la comédie des ratés qui se performent dans le shithole et qui pilotent les principaux processus donnant à Haïti sa pestilence shitholique : Voici le cercle des insignifiants anoblis !

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Le Cercle des Insignifiants Anoblis © Erno Renoncourt

En guise d'introduction

En 2013, un groupe d'universitaires et d'animateurs culturels haïtiens, qui assure la performance de Café Philo, m'avait invité à débattre, en présence de l'illustre professeur de Mathématiques et directeur du Centre d'Études Secondaires (CES) Guy Serge Pompilus, du rôle des mathématiques dans la vie. L'invitation était tentante : Pour avoir été enseignant de mathématiques au CES durant 3 années au bout desquelles j'ai été remercié pour provocation systémique et bolchévisation des structures scolaires, je connais l'immense aura de Guy Serge Pompilus, et il y avait un immense honneur à me retrouver sous les feux des projecteurs sur un même plateau à ses côtés pour philosopher sur les mathématiques. Mais , j'avais trouvé que la thématique, quoiqu'inspirante, était trop vague et n'était pas suffisamment ancrée dans le réel frustre et indigent que le PHTK imposait au pays.  Mais, fidèle à ma nature intranquille et tapageuse, j'avais décliné l'invitation, en proposant aux animateurs d’aménager un débat plus circonscrit sur le domaine de notre quotidien erratique. Et je leur ai proposé un thème sur lequel je travaillais à peine : une modélisation empirique qui mathématise l'errance haïtienne par une équation à la puissance de 4 variables en I:  E(Improvisation, Irresponsabilité, Impunité, Indigence).

A la médiatisation, j'avais préféré la provocation, à la massification de la thématique, j'avais privilégié la contextualisation. Hélas, ces illustres philosophes, sociologues et militants de changement avaient trouvé que c'était sans intérêt pour leur émission. Et sans avoir pris le temps de lire le texte de 4 pages qui résumait ma réflexion, un illustre journaliste de Radio Télévision Caraïbes (RTVC22) avait conclu que de toute façon, cela ne pouvait être qu'une de mes provocations pleines d'aigreur, et qu'il 'y avait rien de bon à tirer. C'était chez Rodolphe Mathurin, Anba Zanmann ( Sous l'amandier), lieu devenu culte de la militance et temple du savoir depuis quelque temps.

J'étais interloqué par cette insignifiance diplômée, personne n'avait pris le temps de lire, et on avait d'un revers de main rejeté l'idée qui originalement proposait un exemple de cas de la mathématisation du réel. Choqué, mais amusé,  je suis retourné à  ma provocation en ajoutant l'insignifiance comme nouvelle variable et comme quantificateur d'indigence. Depuis, je ne suis jamais retourné Anba Zanmann. J'ai préféré mettre mon temps, marginalement, comme un loup solitaire à traquer l'insignifiance. Voici le résultat : en 9 ans de recherche et de cogitation intranquille, je suis passé d'une problématique empirique de provocation à une modélisation axiomatique structurant la preuve de mon intuition.

Que de chemin parcouru mettant à l'honneur la provocation comme une Agile Intuition pour Générer des Rétroactions Intelligentes.

Voici le billet retour que je propose pour mettre l'aigreur en équation. 

Les bases épistémiques du théorème de l’indigence

Le théorème central de l’axiomatique de l’indigence stipule qu’« Entre les mains d'un collectif insignifiant, le savoir devient toujours futile, et la culture finit inexorablement par s'effondrer sous le poids d'un impensé qui ramène la vie à un état de fossilisation indigente ».

Notre propos est de démontrer la validité de ce théorème. Pour y parvenir, nous utiliserons les outils de modélisation de la théorie de la décision et de la théorie des systèmes. Nous montrerons qu’au cœur de tous les processus étatiques et organisationnels, donc stratégiques, qui nourrissent l’errance haïtienne, il y a un même modèle décisionnel (entité informationnelle) et un même profil de décideurs (entité humaine) entretenus par des intérêts étrangers (entité matérielle) qui génère l’impensé stratégique conduisant Haïti vers les courants abyssaux de l’indigence.


Ces trois entités du modèle forment ce que l’on appelle un réseau de graphe orienté qui porte à travers leurs nœuds les variables d’influence modulant les décisions et les actions dans l’écosystème haïtien. Un réseau bayésien pour ainsi dire !

le modele decisionnel haïtien comme sequence de redevance ou de dependance © Erno Renoncourt

Dans le réseau de graphe, ci-contre, modélisé par l’axiomatique de l’indigence, les entités entretiennent plusieurs types de relations pour modéliser le processus décisionnel haïtien.

Relation de pertinence : Une flèche pointant d’une entité (matérielle ou humaine) vers une entité (informationnelle) intermédiaire désigne une pertinence informationnelle pour la décision.  Cela signifie qu’une présence matérielle et/ou humaine est importante pour influencer et déterminer une décision.

Relation de séquence : Quand plusieurs flèches issues d’autres entités (matérielle, humaine) pointent vers une entité (décisionnelle), la relation est dite une séquence.

Relation de dépendance (qui peut être aussi de redevance ou d’allégeance) : Quand une chaine relie une entité humaine à une entité matérielle, cela traduit qu’il y a une dépendance ou une redevance de l’humain envers la ressource matérielle.

Les relations entre entités forment des arcs. Entre deux arcs, il y a toujours une entité qui forme un nœud.  Les nœuds peuvent être des articulations d’innovation pour le réseau ou des verrous de stagnation. L’évolution du réseau dépend de la nature de ses arcs et de la cohérence de ses nœuds. Nous admettons qu’une entité humaine influe sur une décision par ses ressources. La valeur de la décision dépend des ressources mobilisées pour la soutenir.

De manière contextuelle, et en accord avec les règles bayésiennes des variables d’influence, nous assumons qu’un processus décisionnel est toujours orienté par un système de valeurs qui desserve des objectifs (Jean-Philippe Waaub, Aide à la décision multicritère). En conséquence, un réseau est d’intelligence, si ses arcs et ses nœuds sont dans une cohérence motivée par des finalités à base de connaissances et d’apprenance qui l’orientent vers l’innovation et la transformation. Un réseau sera dit d’indigence, si ses arcs et ses nœuds sont dans une incohérence entretenue par des médiocrités à base d’insignifiance et d’inconscience qui l’orientent vers la stagnation et la régression.

Cette axiomatisation nous permet de soutenir que c’est le profil cognitif et éthique des entités humaines qui détermine la performance d’un réseau de graphe orienté dans une société. En effet,  si un arc relie une entité humaine à un nœud décisionnel et que cette entité humaine est dans une relation de dépendance / de relevance / d’allégeance envers une entité matérielle, cela signifie que la prise de la décision par l’entité humaine est influencée par sa relation de dépendance. En toute situation, c’est la dépendance  qui oriente la décision. Dans l’exemple de la figure ci-dessus, qui modélise l’écosystème décisionnel haïtien, au moment où le décideur fait son choix, il connaît déjà la décision à exécuter et ce n’est plus vraiment une décision qu’il prend, c’est à un ordre pertinent transmis par séquence d’influence qu’il obéit. Il n’est même pas nécessaire de connaitre la relation entre l’entité matérielle et l’entité décisionnelle pour savoir que c’est la ressource matérielle qui est à la base de la vraie décision (Modélisation en aide à la décision, Ismahane Souici, 2016, p. 50).

L’impuissance expliquée par l’insignifiance

On voit bien toute l’insignifiance de la société haïtienne, quand on sait que toutes les couches sociales du pays privilégient un même modèle de réussite : se dépouiller de toute dignité en se proposant toujours plus nombreuse et plus zélée à la servitude d’intérêts étrangers. Pour cause, tout Haïti sait que c’est parmi que l’on choisit toujours les insignifiants qui seront anoblis pour peser et influencer la stratégie décisionnelle du pays.

Comme nous l’avons souvent dit, l’axiomatique de l’indigence repose sur deux fondements épistémiques : la modélisation décisionnelle et la modélisation systémique. C’est à l’aune de leur pertinence, de leur cohérence que nous avons contextualisé les activités stratégiques des institutions haïtiennes pour les recouper avec les postures des acteurs qui influencent la prise de décision dans le pays. Et c’est le résultat de ce recoupement qui nous autorise à affirmer que l’impuissance et la déchéance qui déshumanisent Haïti peuvent être expliquées par l‘insignifiance culturelle dominante. Du reste, seules l’insignifiance et l’ignorance des acteurs académiques et culturels peuvent encore expliquer leur entêtement à faire passer cette contextualisation pour un diagnostic de l’aigreur.

De ces présupposés théoriques, et sur la base de données contextuelles provenant des activités des secteurs comme la justice, l’éducation, la santé, les technologies, la sécurité publique, la sécurité sociale, la formation professionnelle, nous pouvons, sans crainte, postuler que le modèle décisionnel de l’écosystème haïtien est une séquence de compromis-sions entre les groupes dominants du leadership national qui sont en situation de dépendance et ou de redevance vis-à-vis des intérêts étrangers. C’est l’insignifiance (premier parmi les quantificateurs d’indigence) de ces groupes qui, soit par médiocrités, opportunisme ou indignité, les pousse à privilégier leur MOI indigent comme « rationalité décisionnelle » pour leur réussite au détriment de leurs liens de responsabilité envers leur pays, au mépris de toute dignité envers eux-mêmes et sans considération de solidarité avec leurs compatriotes.

La validité de ce théorème découle des propriétés des réseaux bayésiens qui stipulent que l’information à l’intérieur d’un réseau dépend des types de relation entre les entités (Modélisation en aide à la décision (2016, p. 61). Ainsi, puisque les entités humaines du leadership national haïtien sont dépendantes et redevables envers des ressources matérielles étrangères, qui elles-mêmes influent sur les décisions nationales, l’information ne peut circuler responsablement, intelligemment et éthiquement de ces entités humaines vers les décisions nationales. Pour y parvenir, il faut briser les liens de dépendance envers les ressources étrangères. Et ces liens de dépendance ne sont entretenus que par des quantificateurs d’indigence.

Voilà le diagnostic pertinent et cohérent que les insignifiants assimilent par incompétence ou ignorance à de l’aigreur. Une insignifiance qui nous est utile, puisqu’elle nous permet de valider notre modèle et de nourrir encore avec plus d’insolence la provocation. Ainsi, pour aller plus loin, dans la présentation des fondements épistémiques de l’indigence, nous nous permettons de faire un survol pour décrire les deux processus paradoxaux qui déterminent la performance de ce modèle. Il y a :

  • D’une part, le processus des boites noires qui génère l’axiome de l’enfumage académique pour donner lieu au paradoxe du rayonnement indigent faisant vivre l’insignifiance culturelle.
  • D’autre part, le processus décisionnel de la poubelle qui génère l’axiome de la gestion axée sur les résultats erronés pour induire le paradoxe de la défaillance performante faisant écho de l’impuissance collective.

L’épistémologie de la théorie de l’indigence propose une axiomatique structurante pour expliquer l’impuissance du collectif devant l’invariante défaillance de son écosystème. Cette axiomatisation est portée par une problématique originale : l’impuissance collective haïtienne est générée par des processus erratiques pilotés par des acteurs décisionnels qui font preuve d’impostures dans leurs postures de responsabilité, en basant leur rationalité décisionnelle sur une Méthodologie Opportuniste et Individualiste (MOI) pour se protéger des précarités.

Chaque processus erratique est régi par des axiomes qui donnent lieu à d’éloquents paradoxes. De sorte, qu’à côté de chaque prisme triangulé, soutenu par un processus erratique (défaillance), se trouve un autre prisme triangulé inversé, marqué par des postures de médiocrités (insignifiance), qui structure l’impuissance du collectif devant l’errance de son écosystème. Voilà les éléments structurants de l’axiomatique de l’indigence : toute une géométrie de données contextuelles qui module le processus décisionnel dans le shithole sur fond d’errance, d’invariance, de dépendance et d’assistance.

On notera le couplage des éléments du système : deux processus modulant la défaillance (boite noire, modèle poubelle), deux axiomes cartographiant les postures d’insignifiance (enfumage, gestion erronée), deux paradoxes faisant échos de l’impuissance (rayonnement indigent, performance défaillante). Chaque couple forme un vecteur d’indigence qui contribue à orienter l’écosystème vers des profondeurs nauséabondes insoupçonnées. Ainsi, se structure le mécanisme de fonctionnement de l’indigence : deux prismes triangulaires inversés, mais solidaires, qui se renvoient la même image agonisante. Et oui, ni plus, ni moins, toujours par deux elles vont pour mieux s’imposer : moins par moins donne plus ! Une loi algébrique de signes axiomatisée en : deux médiocrités se joignant l’une à l’autre se structurent en une force résiliente ! L’insignifiance et l’impuissance, l’inconscience et l’errance, l’irresponsabilité et l’indignité, la dépendance et l’errance, l’assistance et l’invariance.

De ces processus médiocres découlent la force résiliente qui pulvérise l’écosystème haïtien assimilé pour cause à un shithole. Tout cela Sous le leadership des imposteurs qui peuplent les espaces d’entre soi où s’acoquinent les différents gangs formant le cercle des insignifiants anoblis : gangsters des ONG, gangsters des Agences Internationales, gangsters des réseaux académiques et culturels, gangsters politiques, gangsters économiques, gangsters médiatiques, gangsters de la société civile et gangsters de rue.

L'impuissance devant l'indigence expliquée par l'insignifiance © Erno Renoncourt

L’errance haïtienne est si bien pilotée qu’elle porte l’empreinte miniaturisée de paradoxes assourdissants. L’ironie est que ces paradoxes sont célébrés et médiatisés comme des succès. En effet : ces paradoxes sont troublants et éloquent :  s’ils exultent de sursauts de performance en contre haut, par des liens de dépendance qui apportent des rentes pour une minorité ; pourtant, ils étouffent d’impuissance en contre bas et assourdissent les soubresauts d’une assistance qui entretient la majorité dans une permanente défaillance. Dans le prolongement de cette errance pilotée, se structure un impensé culturel conforté par un invariant état d’urgence qui étale l’incompétence contextuelle du leadership national : les incertitudes de l’écosystème haïtien ne sont pas pensées et anticipées, mais subies et rafistolées par une gouvernance improbable qui est elle-même renforcée par une assistance technique mobilisant une expertise obsolète de l’urgence. C’est dans cet enchevêtrement entre défaillance, urgence, assistance, errance, insignifiance que l’indigence s’est structurée contribuant à la renommée du pays comme shithole. 

Haïti n’est plus un lieu habité par une humanité digne et libre, c’est un lieu d’errance qui dérive vers les profondeurs abyssales au rythme d’une agonie résiliente : Pito nou lèd, nou la ! (Mieux vaut être laid, mais vivant !)  Dans une symbiose rarement égalée, tout le corps social haïtien, autant par sa culture que par ses postures, fait écho de ce Pito nou lèd nou la qui renvoie, par rafales de paradoxes fleuris, le tableau d’un naufrage anthropologique assumé. On dirait un total enchevêtré qui s’effondre sous le poids de son immobilisme et se laisse entrainer par les courants abyssaux vers un éternel inconnu !

La stagnation aidant, la défaillance continue est devenue confortable, et la résilience s’est métamorphosée en une sorte de débrouillardise malicieuse qui est promue et célébrée comme une adaptation intelligente à un certain succès minimal insignifiant cultivé. Le collectif n’est plus guidé vers la recherche d'un référentiel de valeurs partagé pour apprendre à vivre en symbiose avec son environnement et en cohésion avec les exigences de performance de sa société. Tourné vers un MOI indigent, porteur de médiocrités, d’opportunisme et d’indignité, le collectif a désappris à synchroniser ses gestes pour défaire les nœuds de l’invariance qui le déshumanisent. L'onde précaire qui déshumanise Haïti repose sur une ''Résiliance'' (résiliation des engagements de l’intelligence) qui déforme la conscience collective et empêche à ceux qui ont le savoir de le contextualiser pour trouver les postures de dignité capables d’agir sur les précarités provoquées pour réduire les incertitudes. Chacun décide et agit, non selon des valeurs partagées et des finalités collectives dimensionnées, mais selon ses goûts (parfois de souillure) et ses intérêts (souvent mesquins). Chak Koukouy klere pou je’ w ! ( A chacun sa lumière !) Ainsi va l'indigence au pays des SMIC-ards : à chacun son Succès Minimal Insignifiant Cultivé. Qu’importe qu’il soit d’insignifiance, d’impuissance et d’indigence !

D’où la récurrence des cycles d’errance, des vagues d’instabilité, des boucles de stagnation qui pulvérisent l’écosystème et fissurent le corps social en un fossile anthropologique.

 Vers une PoÉthique de l’intranquillité

Voilà ce récit que je propose depuis 2005 pour sensibiliser ceux qui se proposent comme acteurs de changement aux défaillances humaines qui nourrissent les rétroactions collectives induisant nos errances : Des eaux qui nous inondent aux ondes sismiques qui nous fissurent, des gangs qui nous terrassent aux errances économiques qui nous précarisent pour sonder notre dignité collective, il y a une même insignifiance qui empêche de prêter attention aux signaux faibles, une même indisponibilité pour apprendre à chercher la brèche et s’orienter vers les leviers de responsabilité pour un possible humain.

Quelque chose de significatif s’est effondré au cœur du collectif haïtien, conditionnant sa perte de sens, son atrophie et son attachement à ce petit goût de souillure qui hélas donne le succès. C’est ce quelque chose signifiant qu’il faut identifier et rétablir pour que les arbres musiciens se remettent à germer, à fleurir pour faire naitre l’utopie d’une nouvelle écologie de valeurs.

Nous décrypterons dans une prochaine tribune les fonctionnalités du processus des boites noires et du processus décisionnel de la poubelle pour continuer de prouver l’intelligible axiomatique qui sous-tend cette douce aigreur qu’est le récit de l’indigence, mais aussi pour mieux montrer que c’est dans la conscience es acteurs qu’il faut porter le changement.

Voilà le fondement théorique que je présente comme partie de la preuve de la validité anthropologique de l’axiomatique de l’indigence. Pour autant, faut-il espérer que les milieux militants, culturels, académiques et politiques, qui prétendent œuvrer pour le changement, deviendront plus curieux, plus réceptifs vis-à-vis des échos de cette axiomatique ? Hélas, non. Car on ne se réunit pas toujours autour de la preuve quand on vise des finalités différentes et quand on n‘est pas motivé par le même système de valeurs. Pour preuve, un vieil ami avec qui je discutais récemment de la pertinence de ma théorie, en lui présentant le modèle de données sur lequel cette axiomatisation était construite, m’a dit avec l’humour glacial des grands pragmatiques qui ont vécu et qui ont une réponse pessimiste pour tout : « Et quand bien même que vous ayez raison dans votre délire PoÉthique, Haïti n’est pas moins foutu ». Et, pour me clouer le bec, il a ajouté que ‘‘c’est une guerre perdue d’avance. Car ces indigents, ces smicards, ces insignifiants anoblis ont toujours été, sont et seront toujours plus nombreux’’.

Et oui, cet argument est pragmatiquement implacable, il résonne comme un couperet qui balaye l’angélisme du changement et justifie l’immobilisme. Mais malgré tout, il faut se dire quand bien même que dans leur nombre imposant, ces indigents seraient immensément immondes, affreusement nauséabondes et densément fécondes, il faut continuer de croire en cette utopie minoritaire qui veut changer l’indigence en intelligence. La faiblesse de cette utopie est justement sa force : elle n’est pas une démarche pour la mobilisation politique. Le nombre ne lui fait pas peur.

Car avec la force de l'intelligence éthique, à 1 contre 100 000, le nombre sera vaincu avec patience, par la puissance de l’apprentissage combiné à l’exemplarité. Et c’est justement cet argumentaire éthique qui soutient toute mon axiomatique et mon obstination à croire que l’engagement politique ne suffit pas. Car la capacité de changement en un lieu est entièrement subordonnée à la volonté des acteurs, dans les limites des contraintes objectives que leur imposent l’environnement et ses ressources. La probabilité du changement, parce qu’elle dépend de la structure des jeux de pouvoir, des stratégies particulières des acteurs, des contraintes de l’environnement, ne peut pas miser sur le nombre. Ceux qui sont dominants dans un collectif disposent des ressources pour contraindre et imposer l’accord autour de leurs intérêts.

Dans ce contexte la maîtrise du changement devient une problématique épistémique, pragmatique et éthique qui doit être assumée par les enseignants, les artistes, les intellectuels et par tous ceux et toutes celles dont le métier est de transmettre des valeurs pour humaniser la vie, chercher et magnifier la beauté cachée des choses. L’homme a des conduites orientées, déterminées par son environnement psychologique. C’est en l’amenant à mettre des valeurs au-dessus de ses besoins psychologiques qu’on peut le contraindre à être plus responsable. Il faut éduquer les consciences en apprenant aux gens que vivre ne suffit pas, réussir non plus, mais qu’il faut toujours que cette vie, que cette réussite soient rattachées à quelque chose qui donne de la beauté a la vie et de la dignité à la réussite.

Voilà le diagnostic sans concession que dresse l’axiomatique de l’indigence. Pourtant, ce diagnostic, pour aigre et terrifiant qu’il soit, contient une potentielle intelligibilité pour la transformation, pour la régénération. Il permet à chacun de trouver en soi les clés et déverrouiller les portes qui verrouillent sur les zones de confort, de stagnation et d’indigence. C’est ce que nous nous évertuerons à prouver dans les prochaines tribunes.Car ceux qui sont de mauvaise foi et qui ont une réponse simplifiée pour tout pourront encore m'opposer un imparable argument : Haïti échappe à toute modélisation ! C'est justement pour ces gens là que j'ai axiomatisé l'insignifiance. Croire que parce qu'une grande majorité ne comprend pas un problème rend ce problème inintelligible est une grande insignifiance. Et, c'est justement de ce constat que l'indigence m'est apparue : par impensé, l'on croit que le problème haïtien échappe à la réflexion, et comme il échappe au sens, on s'autorise à servir à Haïti de l'insignifiance et de l'indigence...et nous applaudissons ! Et dans notre insignifiance, nous oublions le mot de sagesse de Confucius : "Lorsque l'on se cogne la tête contre un pot et que cela sonne creux, ça n'est pas forcément le pot qui est vide".

Et pour cause, car "La nature est un livre écrit en langage mathématique" écrivait longtemps déjà Galilée. Juste pour nous rappeler qu'il faut savoir aller au-delà du simplifié et de l’immédiateté pour résoudre les énigmes, en cherchant l’harmonie entre l’esprit humain, qui crée les mathématiques, et la nature dont les lois sont de types logiques et mathématiques (Michel-Élie Martin, 2002).

Mais en attendant, continuons de brandir les mots d’éloquence et d’insolence pour combattre les maux de l’insignifiance et de l’impuissance.

Vive l’Intranquillité dans le shithole,

Chaque secousse indigente

qui nous enfonce au plus profond des abysses de la nécropole

Mérite une bouffée d'aigreur inspirante.

A bientôt pour la prochaine bouffée, en tout cas pour ceux qui ne sont pas insignifiants.

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