A MOI, LA LEGION !!

Les révélations qui tombent jour après jour sur les petits arrangements entre amis de M. Woerth me laissent perplexe : comment des gens apparemment désabusés comme des journalistes du Canard ou de Médiapart arrivent-ils encore à s'étonner d'un trafic de Légion d'honneur ? Comment pourrait-il en être autrement ? Ici même une piqûre de rappel salutaire nous fait souvenir du premier scandale de 1887, si je me souviens bien.

Je vois à peu près ce qu'est une Légion. J'ai fait un peu d'histoire romaine au collège, du Latin jusqu'en première, et étudié napoléon comme tous mes condisciples... Je ne comprends toujours pas ce qu'on entend communément par le mot "honneur". Cela me paraît le type même du concept flou et inopérant sans contexte.

Quand à l'association "Légion d'honneur", je me perds en conjectures... Que Napoléon ait voulu faire plaisir aux plus méritants de ses traîne-sabres en les décorant, j'arrive encore à suivre. Tout ça se passe entre massacreurs. Comme dit Boris Vian : "dire que certains se font militaires, ou, ou peu mieux, bouchers". Qu'on décore le personnel des abattoirs de la Villette, je comprendrais... Après, j'ai du mal à suivre.

François Truffaut , après Luis Bunuel, règle le problème dans une scène de "La mariée était en noir", où Michael Lonsdale essaie de convaincre la fausse institutrice de ranger son directeur parmi son électorat : "Entre nous, il n'a pas inventé la poudre, mais c'est sûrement un brave bougre. Tâchez de savoir s'il est décoré. On pourrait toujours lui glisser une plaque. Ca ne coûte rien, et ça fait toujours plaisir."

Les gens qui acceptent d'être traités ainsi , pour moi, n'ont d'autre place sociale que dans les films de Claude Chabrol. Qui disait de Raffarin "Il a une gueule, mais on ne sait pas de quoi".

Michel Simon, lui, jubilait " J'aime mieux avoir une sale gueule que de ne pas avoir de gueule du tout".

Pagnol me semblait déjà avoir réglé le problème avec "Les marchands de gloire", "Jazz", et "Topaze" , qui contient la fameuse réplique : "Il fait des affaires d'après guerre avec une mentalité d'avant-guerre". Même Maurice Leblanc avait étudié ça de façon chirurgicale dans "Le bouchon de cristal", faisant remonter le scandale du Canal de Panama à la chute de l'empereur et la Restauration.

C'est méritoire de sa part de bon bourgeois Flaubertien, surtout quand on sait qu'il a écrit après 1914 des romans patriotards dignes de Déroulède. Mais que je sache, même "anar de droite", il n'a jamais fait partie de la moindre Légion. C'est tout à son honneur.

Quand à ce que cette breloque est devenue, je pense à François Nourissier : "Ne tombez pas dans le travers des boutiquiers, qui gaussent les salons parisiens, et qui rêvent d'y être invités" (L'Empire des nuages)

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