Des raisons de s'emmerder...

La tournure que prend le procès de Jacques Chirac, depuis sa transaction avec la Mairie de Paris, me rappelle une phrase qui m'avait frappé lors de sa triomphale réélection de 2002. Il aurait réuni ses lieutenants avant son discours, dès les résultats évalués, et aurait déclaré : "On n'a plus de raisons de s'emmerder". Outre la verdeur du langage, qui m'a souvent fait rire, cette phrase a eu un retentissment incalculable. Il est vrai que sur fond de sarkozysme , Jacques Chirac nous apparaît maintenant comme un sympathique Gaulliste de gauche, surtout depuis la parution de ses mémoires et son hommage à Mitterrand.

Je me souviens qu'un de mes amis assistait à une des garden-parties de l'Elysée. Il m'a raconté que le Président se faisait attendre par ses invités, près de deux heures ce jour là. Madame Chirac allait de groupe en groupe, triturant son célèbre sac à main, en rassurant les gens de "Il arrive, Il arrive" de plus en plus embarrassés... Au bout des deux heures, le Président apparut sur le perron, précédé par un bruit tony-truand : la sono diffusait à plein volume la musique d'Indiana Jones. Desproges disait : "Au fond, Pinochet est un grand enfant. D'ailleurs, dans Pinochet, il y a Hochet."

Si de telles petites faiblesses peuvent faire sourire, il n'en va pas de même avec son successeur. Celui-ci a bien entendu le message : "Pas de raison de s'emmerder". Sauf que lui n'a pas de surmoi, il a été élevé (? ou nourri, en tous cas) comme un gosse trop gâté qui ne pense qu'à surcompenser quelque chose, et peu importe que ce soit sa petite taille ou une blessure secrète, ce n'est pas le problème. Gardons nous de céder trop facilement à l"Ad Hominem" comme Eminem, même si lui ne se gêne pas.

Le problème c'est que , comme l'a dit Shakespeare, que cite Mark Twain dans Tom Sawyer :" Crim will out". Tout finit toujours par se savoir. Mais même si le pot de confiture délictueux tombe par terre et éclate sur le sol de l'évidence, nous n'avons pas fini de ramesser les morceaux et de nettoyer. Que Martine Aubry et Eva Joly préparent leurs serpillères. Et balayent chez elles, tant qu'on y est.

 

Reste la tâche immense de recyclage de tous les Pitt-Bull du sarkozysme : les grandes entreprises du Caca- rente auront-elles assez de place de pantouflage pour absorber tous les Frédéric Lefebvre, les Estrosi, les Ciotti et Hortefeux ? Je serais Paul Emploi, je m'inquièterais, au lieu de radier de chômeurs à tours de bras.

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