Le drôle de jeu des instituts de sondage

C'est un fait entendu, François Hollande ne recueille guère d'avis positifs. Au-delà des journalistes et des commentateurs politiques, il est rare de rencontrer un ami ou une relation professionnelle qui défende les actions du Président.

C'est un fait entendu, François Hollande ne recueille guère d'avis positifs. Au-delà des journalistes et des commentateurs politiques, il est rare de rencontrer un ami ou une relation professionnelle qui défende les actions du Président. Même au temps où Nicolas Sarkozy subissait  des critiques négatives de toute part, vous trouviez toujours quelques aficionados pour louer telle ou telle qualité à l'ex-Président. Pour autant, encore une fois, les instituts de sondage jouent un drôle de jeu dans la mesure et le décryptage de cette tendance. 

En effet, depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir, L'Elysée ne commande plus de sondages. Il faut dire que La Cour des Comptes avait largement dénoncé les 9 Millions d'euros dépensés par le service de communication sous le quinquénat de Nicolas Sarkozy. Depuis lors, les sondeurs se sont transformés en "pyromanes de l'impopularité" pour reprendre la formule du chercheur Alain Garrigou (article du  9 octobre sur son blog "Régime d'opinion"), auteur d'ouvrages de références sur la question. Semaines après semaines, les instituts se déchaînent pour déclarer que l'impopularité de François Hollande est la pire jamais mesurée, sans d'ailleurs dévoiler la méthodologie de cette mesure. Ainsi, les sondeurs ne disent jamais que près de 75% des personnes sondées (et non pas "Les Français"), ne répondent plus aux sondages...et aux sondeurs ! Par un jeu de "circularité circulaire de l'information", les sondeurs répètent à l'envi dans les différents médias auxquels ils sont associés, que le Président aurait bien besoin de se touner vers l'opinion...autrement dit, de se tourner vers leurs sondages.

A l'instar des magazines qui proposent des espaces publicitaires à des acteurs d'un secteur  en même temps que la publication du Palmarès qui classe les organisations de ce même secteur, l'empathie sondagière semble varier en fonction du degré et du volume de la commande. Le lien de cause à effet est difficilement mesurable. Est-ce un acte intentionné ou inconscient ? Le chiffre d'affaires généré par les sondages politiques soit conséquent pour les instituts qui les produisent. Ils ne représentent que 5% de leur activité. Par contre, ils permettent une exposition médiatique qui dépasse les meilleurs plans de communication. Les sondages politiques assurent une légitimité aux instituts qui peuvent ensuite promouvoir leurs services auprès des acteurs d'autres secteurs. Pas très étonnant que les instituts de sondage se soient mobilisés en 2012 contre une loi d'origine sénatoriale consistant à mieux encadrer la pratique des sondages. 

En 1973, Pierre Bourdieu rappelait dans un article devenu célèbre que "L'Opinion publique n'existe pas" ; en tout cas, qu'il déniait aux instituts de sondage de se prévaloir dans faire état. Quarante après, les chercheurs n'ont cessé d'accumuler des preuves contre l'imposture sondagière ; visiblement, pas les structures médiatiques qui ne cessent de s'appuyer sur eux.

 

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