M. Sarkozy, où irez-vous fêter votre défaite ?

Monsieur le Président,

Je vous fais une lettre, que vous lire peut-être, si vous avez le temps.

Or vous en aurez, je l’espère de tout cœur pour vous, dès le 6 mai 2012 au soir. J’en rêve comme vous chaque matin en me rasant. Imaginez-vous, pour paraphraser notre futur Président, cette félicité qui vient, enfin, si proche ?

Dès le 7 mai, vous serez redevenu simple citoyen. Peut-être futur avocat ou consultant à prix d’or, si tant est que l’idée saugrenue vienne à certains de faire appel à vos services : sur un malentendu, qui sait, cela pourrait marcher. Certainement un bon père de famille : vous pourrez enfin vous lever la nuit pour les biberons comme à votre habitude (si j'en crois les gazettes) mais sans risquer de mettre en péril l’intérêt supérieur de la Nation.

Vous pensez probablement aller « bruncher » au Fouquet’s en ce grand jour du 7 mai, avec vos amis stars du CAC 40 et de l’éditocratie méritante, pour moquer dignement l’arrivée de la chienlit socialo-communiste. Je vous le déconseille, cela ferait mauvais genre. Mais vous n’en tiendrez pas compte, je vous connais bien. En revanche, avez-vous réfléchi aux heures et jours à suivre ? Il est grand temps et j’ai une immodeste suggestion à vous faire.

Tête de gondole démonétisée de ce qu’il reste de l’UMP, vous pourriez enfin céder à la tentation de Venise chère au "meilleur d’entre vous".

Rendez-vous compte ! Vous pourriez vous gondoler tranquillement en repensant à la manière dont vous avez mené en bateau le peuple de France depuis tant d’années. Pour votre information, les yachts sont mal vus dans la lagune : contentez-vous du véhicule idoine et cela vous évitera quelques avanies. Et, rassurez-vous, les scampi alla busara ne sont ni casher ni halal, soyez sans crainte.

Surtout, surtout, réservez dès à présent chez Marmara (on vous expliquera) et partez vite, avant que la justice de notre pays ne vous rattrape. Car par votre très sainte inspiration, la Princesse de Clèves est désormais la seule et unique lecture possible au carré VIP de la prison de la Santé. Votre rédemption sera notamment à ce prix.

Avec le très vif espoir que ma suggestion retiendra toute votre attention, je vous prie de croire, Monsieur le Président, en ma très faible considération.

 

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