Clôtures

Pour un retour sur Mediapart, je propose un court extrait du roman de Jean-Christophe Ruffin, Le parfum d’Adam. Roman policier, il traverse des problématiques telles que l'antispécisme, l'écologie, la surpopulation, l'écoterrorisme, la diplomatie... Fort de son expérience bien fournie, en tant qu'humanitaire notamment, l'auteur nous offre une aventure tant fictive qu'intellectuelle.

Les mots ci-dessous sont ceux d'une jeune militante écologiste en pleine réflexion. Ils concluent l'ouvrage et invitent à repenser les "clôtures".

« Les maisons ont gagné en hauteur, jusqu’à devenir des gratte-ciel ; la voiture a remplacé le cheval. L’avion est venu, de plus en plus gros. Tout cela nous paraît naturel. C’est notre monde, celui qui nous a portés. Nous le voyons de l’intérieur, tel qu’il aime se présenter : comme une gigantesque machine à produire toujours plus de richesses, de bien-être, d’échanges, de confort. Et nous oublions ce que disaient les Indiens : cette civilisation pose aussi des clôtures. De l’autre côté de ces clôtures, il y a ce qu’elle rejette, ce qu’elle exploite, ce qu’elle souille. Car elle est aussi, et peut-être d’abord, une gigantesque machine à produire de la pauvreté, du malheur, de la destruction.

[…]

La guerre aux pauvres, j’en suis sûre, c’est l’ultime étape de cette aventure magnifique de l’Homme moderne qui a produit autant de destruction que de richesse, et qui, après avoir créé la misère et l’avoir rejetée, s’apprête maintenant à lui faire la guerre.

[…]

La seule solution, à mes yeux, c’est de casser les clôtures et c’est ce que j’ai l’intention d’entreprendre. Rassurez-vous […], je ne projette pas de grande opération terroriste. Mes choix sont à la dimension de ma vie : minuscules. J’ai seulement décidé d’employer mon temps et mes forces à passer d’un monde à l’autre.

[…]

"Sauver l’homme en renforçant sa part humaine". »

Et j'ajouterai : Sauver le vivant en renforçant sa vitalité. À savoir ne pas semer la mort inutilement, et je pense bien sûr à la biodiversité que l'humanité détruit, aux millions d'animaux, êtres sentients, que nos sociétés assassinent, chaque jour, sans aucune nécessité, aucune.

Les clôtures ce sont les cages, les vitres d'aquariums, les filets de la pisciculture, les barbelés et fils électriques des pâtures, les enclos des fermes, les barrières des zoos et des cirques, les tôles des fermes industrielles et des plus petites exploitations, les murs des abattoirs, les murs des laboratoires, les enclos des animaleries, les publicités portées par les intérêts financiers de l'élevage, les œillères que les consommateurs habillent consciemment ou non pour garder un certain confort, réactionnaire et non nécessaire.

Les clôtures enferment, maîtrisent, contiennent, écrasent, limitent, torturent. Elles le font aux détriments de l'intérêt de tout être sentient se trouvant derrière.

Les clôtures sont aussi mentales. Elles sont là pour un confort unilatéral, elles créent un monde en détruisant un autre. Ces clôtures vous pouvez les abattre, les surpasser, pour vous, pour les autres, pour tout le monde.

L'image ci-dessous, représente bien cette idée : l'enfermement, l'exploitation, la privation de liberté et la distinction arbitraire des espèces débutent dans l'esprit. Elle est tirée du travail de l'artiste Pascale Salmon, sous le nom d'Open Cages.

Open Cages © Pascale Salmon Open Cages © Pascale Salmon

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