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Billet de blog 3 janv. 2022

L'État, un danger pour l'intérêt général ?

Hôpital, École, etc., même combat pour le gouvernement. Désorganiser, diviser, apeurer, détruire l'intérêt général, continuer à tout transformer en marchandise. Pour le reste c'est chacun pour soi. Pourquoi prendre au sérieux le gouvernement si pour nous soigner il détruit l'hôpital.

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Hôpital, École, etc., même combat pour le gouvernement. Désorganiser, diviser, apeurer, détruire l'intérêt général, continuer à tout transformer en marchandise. Pour le reste c'est chacun pour soi. Pourquoi prendre au sérieux le gouvernement si pour nous soigner il détruit l'hôpital. Pourquoi prendre au sérieux le gouvernement en acceptant ses problématiques et les règles du jeu qu’il impose par la loi pour étouffer la contestation générale.

“INDICE PENSABLE” ~ PAR FRED SOCHARD © Fred Sochard

Janvier 2022. Aujourd'hui ça patine en effet.

A l'hôpital, à l'école, dans la territoriale, à Labeyrie, partout.

Mais aujourd'hui nous savons qu'en 30 ans nous avons battu tous les records. Un record de vitalité populaire. Nous les plus de 50 ans, nous sommes 10 millions de plus qu'en 1991, soit aujourd'hui au bas mot 40% de la population (26,1M). Et nous avons gagné 5 ans d'espérance de vie depuis 1991 pour atteindre une moyenne de 82,7 ans. Le top !

Mais l'État est là qui massacre minutieusement cette célébration de la vie. Pour prendre soin de nos corps de plus en plus âgés, de plus en plus vulnérables, l'État organise depuis des lustres la prédation capitaliste de la Santé publique. Il a fait disparaître le quart de nos lits à l'hôpital depuis 30 ans (154 000 lits). Désormais nos soignants ont peur, se protègent ou fuient la logique de catastrophe qui balaye l'institution. Ce massacre éclatant à l'hôpital est général dans toutes les fonctions publiques et traverse toute la société. L'État ne se cache plus d'être un danger pour la société.

Cette guerre contre l'intérêt général n'est pas sans résistance. Et là aussi nous battons des records. Pour les seules années de 2017, 2018, 2019, toutes les fonctions publiques réunies totalisent presque 3 millions de journées de grève. Pour ces mêmes trois années, les salariés du privés ont engagés 340 000 journées de grève. Depuis le 17 novembre 2018, les Gilets jaunes ont mené des millions de journées d'action pour la défense de l'intérêt général. À partir du 17 novembre 2020 des milliers de journées de manifestation s'opposent à la mise en place de la loi de sécurité globale. Depuis le 17 juillet 2021 des milliers et des milliers de citoyens s'insurgent contre le passe sanitaire. A présent des millions de voix s'élèvent contre le passe vaccinal, la violence politique, sociale, sanitaire du gouvernement. La grève générale est à l'ordre du jour en France.

Manifestation de soignants à Paris devant l'hôpital Robert Debré © AFP - NOÉMIE COISSAC / HANS LUCAS / HANS LUCAS

Au cours de l'été 2017, le banquier Macron lançait son quinquennat avec le coup d'État social de la réforme du code du travail. La société était déjà sous la chape de plomb d'un état d'urgence long de trois ans. Il conclut avec la destruction du statut général des trois fonctions publiques sous la chappe de plomb de deux ans d'un nouvel état d'urgence.

Que d'acharnement, que de violence pour tourner la page d'un siècle et demi d'histoire. Mais pourquoi en serait-il autrement ? La guerre de masse moderne du XX siècle a marqué le début de la politique sociale de l'État. Mais cette affirmation de la protection sociale c'est aussi les citoyens qui l'ont portée contre l'État. C'est la commune de 1871. C'est la création du régime général de sécurité sociale en 1946 autogéré par les travailleurs. Alors depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, l'histoire de l' État providence français consiste à se réapproprier le bien-être citoyen autogéré par un processus de réformes engagées à partir de 1947. Depuis 75 ans, la dépossession du pouvoir politique d'autogouvernement des citoyens s'est accompagnée de la marchandisation des politiques sociales. Nous n'assistons pas à un complot mais à la politique bien ordonnée du capital.

Alors face à l'adversité, faut-il s'en remettre aux meilleurs de nos principes ? Le Conseil d'État est là qui veille au grain et nous éclaire comme à son habitude avec hauteur de vue et une conscience aigüe de l'histoire. C'est un plaisir qu'il fasse appel à deux grands moralistes pour introduire et conclure son étude juridique annuelle 2021 consacrée aux états d’urgence. Avec le Camus de La Peste de 1947, nous sommes rassurés de savoir que « personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux ». Et avec le Sénèque du Ier siècle de notre ère, deux mille ans nous éclairent enfin avec une grande invitation à l'action : « La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. » Avec Hobbes nous aurions pu aussi introduire le propos avec « l'homme est un loup pour l'homme », et en conclusion nous aurions pu broder autour du joli titre de film « Danse avec les loups ».

Le Conseil d'État à d'autres élégances. Il sait pour le coup nous rappeler que le concept d’état d’exception fut forgé par le juriste allemand Carl Schmitt. Membre du parti nazi, théoricien du « libéralisme autoritaire ». Il aurait pu aller plus loin, comme l'écrit Jérôme Hourdeaux dans les colonnes de Médiapart, et mettre en exergue, à côté de la citation de Camus, sa célèbre formule : « Est souverain celui qui décide de l’exception. »

Au final s'il y a un état d'urgence à déclarer c'est bien contre le capitalisme, l'État, le banquier Macron & Cie qu'il le faudrait. A sa façon, Tatanka Íyotake-Sitting Bull, le contemporain de Karl Marx, y pensait sûrement déjà il y a quelques générations : «quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement vous vous apercevrez que l’argent ne se mange pas (…) Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage

Continuons à nous réunir. Continuons à construire l'espoir. À nous le présent qui n'est pas encore passé.

___________________

Sources :

IRSAN Démographie

INSEE Démographie Espérance de vie Santé 2020

DRESS Santé 2003 2020 2021

DARES Grèves

Gouvernement Rapport 2020 fonction publique

Conseil d'État Etude annuelle 2021

Philippe Batifoulier, Nicolas da Silva, Mehrdad Vahabi La Sociale contre l'Etat providence. Prédation et protection sociale (archives-ouvertes.fr)

Jérôme Hourdeaux, Passe sanitaire : le poison de la banalisation des états d’exception (mediapart.fr)

Le Monde 27 octobre 2021 (lemonde.fr)

Wikipédia Gilets jaunes Loi sécurité globale Contre le passe sanitaire

Tableaux (voir sources) :

tableaux © insee dares irsan etc

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