Avec les AESH, pour la séparation de la précarité et de l'État !

Un travailleur sur dix dans l'Éducation nationale est un, une AESH. Ils, elles sont plus de 100 000 et ils, elles refusent d'être assigné.es à la précarité. Contre l'institution qui persiste à les réduire au silence, jeudi 3 juin 2021, ils, elles ont à nouveau fait entendre leur colère.

Le jeudi 3 juin 2021, partout en France, les AESH se sont à nouveau élevé.e.s contre leur assignation à la précarité et pour défendre l'école « laïque et sociale », comme Jean Jaurès aimait à le dire de la République. Partout en France résonne leur indignation et leur aspiration à la justice sociale : « Statuts précaires, salaires de misère, AESH en colère ».

Qui sont-ils, qui sont-elles? Les AESH sont des travailleurs du service public, la deuxième profession de l'Éducation nationale. Les AESH sont principalement des femmes à 92%. Ils, elles font partie aujourd'hui de ces innombrables voix en France qui se battent pour conquérir le respect et la reconnaissance de leur travail. Au travers de leurs missions, ils, elles sont aussi les garants de l'école pour tous, notre grand trésor. Un trésor qui sert à émanciper, à éduquer, à prendre soin, à construire, à produire notre présent et notre avenir. Puisque que pas un d'entre nous n'est de trop dans notre belle école, les AESH sont comme nous tous, les chevilles ouvrières de la laïcité quand ils, elles se trouvent auprès de nos enfants en situation de handicap. Ils, elles les accompagnent jour après jour pour que soit effective la grande aspiration qui nous réunit tous, celle de l'égalité pour l'accès à l'éducation.

Que font-ils, que font-elles? De nos enfants ils, elles facilitent le parcours éducatif, soutiennent leurs apprentissages, veillent à leur socialisation, contribuent à leur bienêtre à l'école de la maternelle à l'université. Ils, elles adaptent leurs accompagnements aux besoins à la fois variés et spécifiques des élèves. Que les handicaps soient des troubles de l’attention ou du comportement, ou que ce soit des handicaps lourds, qu'il s'agisse de troubles du spectre autistique, troubles dys-, trisomie, troubles neurologiques, cancer,…, les AESH sont présents à leurs côtés pour accompagner leur réussite scolaire et leur cheminement vers l'émancipation.

Au final, le rôle des AESH dans l'École inclusive est central: pas d'égalité d'accès à l'éducation pour les enfants s'il n'y a pas d'AESH. On en compte aujourd'hui plus de 115 000 aux côtés des 800 000 enseignant.e.s de l'école de la République. Leur travail est essentiel. Pas d'école de l'émancipation, pas d'école laïque sans eux, sans elles. Comme le souligne la DRH de l'EN « en tant qu’AESH, vous êtes un acteur essentiel de la pleine réussite de l’école inclusive. Votre engagement au cœur de la communauté éducative et au service des élèves est décisif pour répondre durablement à la scolarisation dans de bonnes conditions des élèves en situation de handicap ».

Alors pourquoi se montrer méprisant et dégradant à leur égard? De quel droit et en vertu de quel intérêt général continue-t-on à les assigner à la précarité? Au nom de quels principes poursuit-on la légalisation de toute cette violence sociale, de tout ce gâchis humain?

Oui, les AESH exercent un emploi de service public mais ils, elles sont maintenu.e.s en dehors des statuts de la fonction publique. Ils, elles travaillent dans l'Éducation nationale mais on leur refuse d'accéder à des temps complets. Ils, elles travaillent en contrats précaires et on s'obstine à ne pas les professionnaliser. Ils, elles reçoivent une feuille de paie mais on les rémunère en dessous du seuil de pauvreté tant et si bien qu'ils, qu'elles sont nombreux.ses à jongler entre plusieurs emplois. Et pour des formations c'est en dehors de leur temps de travail et pour des aides sociales ce sont des fins de non recevoir.

Le nombre des enfants en situation de handicap ainsi que leurs besoins n'ont cessé d'augmenter et aujourd'hui les AESH ne sont plus assez nombreux.ses. La mise en place des PIALs (pôles inclusifs d’accompagnement localisés) par le ministère n’est qu’une organisation de la pénurie. Les conséquences en sont un cauchemar : augmentation du nombre d'élèves en situation de handicap par accompagnants, multiplication des types de handicaps à gérer, des élèves suivis par plusieurs AESH dans la même journée, diminution des heures d'accompagnement par élève, des planning de travail du jour pour le lendemain, etc. Au final des enfants se retrouvent seuls, sans accompagnant.e et laissés pour compte sur le bord de la route de l'émancipation tout comme leurs accompagnants.

Le jeudi 3 juin 2021, partout en France, les AESH se sont à nouveau élevé.e.s contre leur assignation à la précarité. Partout en France résonne leur indignation et leur aspiration à la justice sociale : « Statuts précaires, salaires de misère, AESH en colère ». La Cgt Educ'action , en intersyndicale avec FO, la FSU, crée des collectifs AESH pour leur permettre de s’organiser afin de se défendre et lutter. Elle leur propose de se syndiquer. Elle appelle les personnels de l’éducation à se joindre à ce combat pour amplifier le rapport des forces et pour gagner. Alors nous sommes nombreux à marcher avec elles, eux et nous travaillons de concert avec les AESH pour exiger maintenant la reconnaissance économique et sociale de leur travail.

Car il est clair que le combat des AESH est laïque et social. Il est celui de l'émancipation des femmes. Il est celui d'une école accessible à toute notre belle jeunesse, à tous nos beaux enfants. C'est le combat contre la précarité et la non reconnaissance économique de leur travail. C'est le combat contre ces terribles refrains qui servent de religion au gouvernement du ministre Blanquer.

Cette religion est un aveuglement parce qu'elle tourne le dos à l'explosion des besoins des enfants et des AESH. Elle est une maltraitance parce qu'elle rend au budget général de l'État plus d'un demi milliard repris à une Éducation nationale en asphyxie. Elle est une violence parce qu'elle dépossède chaque AESH de son travail. Elle est un poison parce qu'elle inculque dans chacun de ces travailleurs, dans chacune de ce travailleuses le sentiment de son infériorité. Cette religion de la précarité n'a pas sa place dans notre école. Elle n'a pas non plus sa place, il va sans dire, dans tout l'édifice laïque et social de notre État.

Depuis des années les AESH luttent contre cette précarité générale qui n'est ni un aléa, ni un détail au sein de l'Éducation nationale. Car cette religion de la précarité n'est pas insensée, elle incarne un projet de société, une guerre de classe bien ordonnée. Mais citoyens nous sommes tout autant que producteurs. Alors la conquête de nos droits politiques doit continuer à se prolonger avec celle de nos droits économiques. La maîtrise de notre travail nous revient de plein droit. Nous n'avons pas à y être des étrangers. Jeunes nous n'avons pas à attendre d'y être insérer, actifs, actives nous n'avons pas à y être en intermittence, chômeurs, chômeuses nous n'avons pas à en être exclus, retraité.e.s nous n'avons pas à ne plus y être, AESH nous n'avons pas à y être des précaires à vie. Le bon sens nous signale que le travail à réaliser est infini. Pas un de nous n'est de trop. Il n'y a pas un seul moment de notre parcours social où nous ne sommes pas des producteurs de richesses. C'est pourquoi les AESH sont aussi les producteurs de cette France des 2400 milliards de PIB.

Alors l'urgence est aujourd'hui d'apporter une solution durable aux revendications des AESH. Faire disparaître la maltraitance et l'insécurité dans laquelle ils, elles travaillent. Garantir à tous les AESH qu’en toute circonstance ils, elles jouiront d'un statut de la fonction publique, d'un salaire à temps complet, de droits à la formation. C'est pourquoi nous marchons nombreux avec les AESH pour conquérir leur reconnaissance économique, pour faire grandir l'école laïque et sociale, pour continuer à réaliser la nécessaire et fondamentale séparation de la précarité et de l'État.

Liens :

Sébastien Cazaubon, Soutien aux AESH. Stop à la précarité !, 51 968 signatures le 8 juin 2021

Collectif AESH Cgt Educ’action, Aesh et école inclusive, les mensonges, ça suffit!, février 2021

Bernard Friot, Émanciper le travail, Editions La Dispute, Paris, 2014

Ambroise Croizat, Sauvegarder le capital humain du pays par la prévention de la maladie, discours à l’Assemblée Nationale, le 8 août 1946

Collectif nos services publics, « Il est temps de prendre la parole », nosservicespublics.fr, 2021

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