Contre la guerre Covid19, 75 ans de jeunesse!

La Covid19 nous permet de faire une plongée vertigineuse et concrète dans la guerre à la vie que mènent le gouvernement Macron et le capitalisme. La Covid19 en est un des révélateurs.

La Covid19 nous permet de faire une plongée vertigineuse et concrète dans la guerre à la vie que mènent le gouvernement Macron et le capitalisme. La Covid19 en est un des révélateurs.

Comme nous l'explique Yayo Herrero (1), une des grandes figures de l'écoféminisme en Espagne, cette guerre radicale que mène le capitalisme vise à réduire à néant tout ce qui œuvre à rendre possible la vie et à en prendre soin : la nature, les femmes.

Comme elle nous le signale, « si nous nous interrogeons sur le fondement de la vie nous devons bien reconnaître que nous sommes tous des être radicalement dépendants d'une planète terre et de ses limites physiques. Ce qui veut dire qu'en dernier ressort il n'y a pas d'économie ni de technologie ni de société sans nature. » (2)

« Il nous faut aussi ajouter, poursuit-elle, que les être humains que nous sommes, vivent de fait incarnés dans des corps, dans des corps vulnérables, des corps limités, des corps dont on doit prendre soin tout au long de la vie et surtout à certains moments du cycle de la vie, comme peuvent l'être l'enfance, la vieillesse, les maladies ou les handicaps. Or ce que l'on observe, tout au long de l'histoire, c'est que les êtres humains qui se sont occupées de nos corps vulnérables ont été et continuent à être des femmes et non parce qu'elles seraient mieux pourvue génétiquement pour le faire, mais parce que nous vivons dans des sociétés qui attribuent de façon arbitraire, dès la naissance, dès que l'on nous assigne un sexe déterminé, la tâche, le devoir de prendre soin des corps. » (3)

Prendre soin de la nature parce qu'elle est limité, prendre soin des corps parce qu'ils sont vulnérables, c'est bien contre ça que le gouvernement Macron et le capitalisme mènent depuis longtemps une guerre acharnée. Une guerre radicale, une guerre à la racine de ce qui produit et reproduit notre existence matérielle. Une guerre prédatrice contre la nature qui nous fait exister, une guerre de relégation contre les femmes que le Capitalisme a assignées au soin de la vie de nos corps.

Contre notre « corps inorganique », comme disait le jeune Karl Marx, avec ou sans Convention Citoyenne du Climat, avec ou sans Covid19, le gouvernement Macron et le capitalisme français ne faiblissent pas au moment de démanteler EDF et les grands secteurs industriels qui doivent être à la tête de l'urgente réparation du seul écosystème compatible avec la vie humaine.

Contre notre corps bel et bien « organique », et avec ou sans Covid19, le gouvernent Macron ne doute pas, le 12 mars, à reporter les cotisations santés des entreprises françaises dans la tourmente de la Covid19. L'urgence est sanitaire, et donc, au lieu d'annuler les dettes d'investissement, il décide de réduire la capacité de financement des soins dû à toute la population. Et les femmes sont aux premières lignes puisque pour le seul secteur de la santé publique, les 2/3 de ses travailleurs sont des femmes. En 20 ans elles ont perdu 30% de pouvoir d'achat (4). Appauvrir les femmes par tous les moyens économiques, culturels, les réduire à l'invisibilité en tant que productrices de soin, de réparation, de reproduction des corps, il se trouve que c'est une des grandes guerre du capitalisme. Comment payer ce travail sans mettre à mal le capital ? Pour ne pas accorder de valeur économique à ce travail central et infini, le capitalisme institue la relégation des femmes.

Depuis les années 2000 le taux de mortalité en France ne cesse d'augmenter selon l'INSEE (5). L'année 2020 marquée par la Covid19, accentue cette tendance qui accompagne la guerre tous azimuts et au long cours que dirige le capitalisme contre toutes les fonctions publiques qui prennent soin de tous nos corps.

Ce travail des femmes que l'on ruine socialement, économiquement, ce travail de soin que toute une société produit pour veiller sur tous nos corps, sur nous, tout au long de notre vie, ce travail qu'est la vie toute entière et qui nous nourrit par tous les sens, c'est contre toute cette vie fulgurante et fragile, que le gouvernement Macron et le capitalisme ont déclaré la guerre depuis bien longtemps. Aujourd'hui la Covid19 est le nom de cette guerre capitaliste de prédation qui asservit et relègue.

Contre cette guerre, le régime général, les fonctions publiques, la nationalisation d'EDF-GDF, en 1946, et aujourd'hui en 2021, seulement 75 ans après, la Sécurité Sociale, les cotisations, les Fonctions publiques d'Etat, Territoriale et Hospitalière sont des leviers et des ressorts exemplaires à redécouvrir et à prolonger comme nous y invite Bernard Friot, historien de la Sécurité Sociale, dans ses travaux (6). Ils sont aussi une partie des forces accumulées pour construire et concevoir une réparation des corps et une émancipation du travail des femmes et de tous, de la naissance jusqu'à la mort.

Que vive la vie de nos corps et notre force à en prendre soin ! Que grandissent les Fonctions publiques ! 75 ans de jeunesse sont avec nous !

(1) Yayo Herrero López (Madrid1965) est anthropologue, ingénieure, professeure, activiste écofeministe espagnole. Un de ses derniers ouvrage La vie au centre, voix et récits écoféministes, Ed.Libros en acción, ecologistas en acción, 2018.

(2) (3) Ecofeminismo | Yayo Herrero: “No hay economía ni tecnología ni política ni sociedad sin naturaleza y sin cuidados” - El Salto - Edición General (elsaltodiario.com), 03/01/2020.

(4) CGT santé médico social tract_ufas_210121.pdf , décembre 2020.

(5) https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/001641592#Tableau, 26/01/2021

(6) Bernard Friot (Neufchâteau, 1956) est sociologue, économiste, professeur émérite à l'université Paris-Nanterre (Paris X). Parmi ses livres citons aux éditions La Dispute : Émanciper le travail, 2014 ; Vaincre Macron, 2017 ; Le travail, enjeu des retraites, 2019.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.