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Billet de blog 27 janv. 2022

Pour l'intérêt général ! Contre l'état d'exception, contre l'état de sécession !

Que tous ces pingouins nuisibles soient interdits de travail. C'est tout le mal qu'ils méritent. Nous savons lire et écrire. À nous le pouvoir de définir le travail et l'intérêt général ! Aujourd'hui 27 janvier c'est la grève ! À bas l'état d'exception ! À bas l'état de sécession !

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TOUS EN GRÈVE le jeudi 27 janvier 2022 © UL CGT Boucau Tarnos

Une bande de voleurs

L'État, la haute fonction publique et le patronat, voilà une belle troupe de brigands réunie par des intérêts particuliers pour dévaliser l'ensemble de la société. Ils sont notre négation. Ils orchestrent une guerre sans quartier contre notre intérêt commun, contre notre intérêt général au profit de leurs intérêts singuliers mis en communs. En cela l'État a failli, et avec, la légitimité de la puissance publique. Ils en ont oublié le b.a.-ba de leurs cours de droit que nous rappelle avec à propos le Conseil d'État : « la condition de l'obéissance politique repose sur la certitude que l'action publique poursuit un intérêt général » (1). Or ce n'est pas le cas. L'État a renoncé à l'intérêt général et s'assoit sur le droit de notre volonté pour faire régner l'obéissance au seul moyen de la force. L'intérêt de tous a disparu. La tyrannie des intérêts d'une minorité gouvernante nous domine.

Pour combattre cette régression sociale, l'exemple de l'Ancien Régime n'est pas le meilleur, mais il pique notre curiosité au regard de l'histoire au long cours qui à toutes fins utiles peut servir de boussole. « Un roi infidèle à son devoir, nous dit Saint Thomas d'Aquin, perd son droit à être obéi. Alors ce n'est pas faire preuve de rébellion que de le déposer car il est lui-même un rebelle que la nation est autorisée à renverser. » Et en plein XII° siècle, Jean de Salisbury de poursuivre et de convenir qu'« il devient un tyran qu'on a le droit et le devoir de tuer »(2). Contre l'État prédateur la Révolution de 1789 est depuis passée par là avec une guillotine.

Pour en revenir à notre présent de ce début d'année 2022, et une nouvelle fois nous sommes las de tant et de tant de preuves, Oxfam nous assure que le capitalisme n'a d'autre raison d'existence que de faire sécession. Contre nous. Aujourd'hui plus qu'hier. Demain plus qu'aujourd'hui. La crise sanitaire a été une nouvelle aubaine pour l'État, la haute fonction publique et le patronat. « En France, la fortune des milliardaires a augmenté plus rapidement en 19 mois de pandémie qu’en une décennie entière. De mars 2020 à octobre 2021, la fortune des milliardaires a augmenté de 236 milliards d’euros, soit une hausse de 86%. La principale raison en est la politique du « quoi qu’il en coûte » sans condition. Les gouvernements et banques centrales ont ainsi permis la hausse la plus importante de la fortune des milliardaires jamais enregistrée. »(3) La réponse étatique à la crise sanitaire actuelle est une nouvelle cerise sur le gâteau de la dérégulation du marché du travail, des politiques fiscales et européennes décidées au cours des 40 dernières années pour continuer à construire une économie au service d'une bande de voleurs.

Les pompiers pyromanes

Comme à leur habitude ces oiseaux de mauvais augure ont fait voler en éclat l'intérêt général. Et pour faire taire la colère et la révolte sociale le biais de l'état d'exception est devenu la règle commune. « Quoi qu'il en coûte », il est de leur devoir de prolonger la prédation capitaliste. L'état d'urgence est désormais de droit pour ces brigands qui nous dirigent. Terrorisme, épidémie, catastrophe naturelle, etc., tout sera désormais du meilleur effet pour mettre entre parenthèses le droit commun et adopter un droit d’exception à géométrie variable au profit exclusif des nantis contre la société et contre la question sociale. C'est leur pompe à fric. Une partie de leur travail est de préparer, de mettre en scène la catastrophe et de nous y pousser dans la joie et la bonne humeur du dernier gugusse prêt à enfiler le costard dernier cri des poses martiales et de l'intérêt national.

L'histoire parle pour nous. 2005. Émeutes urbaines. État d'urgence made in N.Sarkosy, 8 novembre 2005, 4 janvier 2006 : 2 mois. « La réponse politique donnée par le gouvernement français en novembre 2005 peut être interprétée comme une inflexion forte, un glissement vers une logique de criminalisation de la misère, et concomitamment de dépolitisation des émeutes, dans un contexte de diffusion d’un « Etat pénal ». La dimension répressive (traitement policier et judiciaire des émeutes, proclamation de l’état d’urgence, ordre aux préfets d’expulser les étrangers même titulaires d’un permis de séjour, annonce d’un projet de loi sur « l’immigration choisie » en vue de renforcer le contrôle des flux d’immigration, durcissement de la lutte contre la délinquance) l’a nettement emporté sur le volet social de la réaction politique. »(4)

Le mensonge, la peur, la désinformation, l'instrumentalisation, la violence d'État éclatent à nouveau au grand jour. Janvier 2015. Novembre 2015. Attentats. État d'urgence made in F.Hollande, 14 novembre 2015, 1er novembre 2017 : 2 ans. « N’en déplaise à Robert Badinter(5) et Dominique de Villepin(6), voilà donc la France précipitée et dans la guerre, et sous un régime d’exception. C’est le choix d’un pouvoir faible, inquiet, qui par cette violente fuite en avant tente de se sauver en se barricadant derrière l’état d’urgence. L’état d’urgence de douze jours (tel que limité par la loi de 1955) aurait pu être exclusivement motivé par des impératifs sécuritaires. Complété, renforcé et prolongé de trois mois (voire plus, disent déjà des responsables), le voilà destiné à deux autres fonctions : museler la société en installant durablement cet état de peur qui tétanise ; interdire ou à tout le moins limiter les indispensables questionnements sur les choix politiques faits depuis des années. Au-delà de l’engagement du pays dans une guerre – choix jamais véritablement discuté et expliqué –, la réponse au terrorisme est donc la mise entre parenthèses de notre démocratie. Après l’État de droit, voici l’État hors la loi. »(7)

2020. Épisode viral covid19. État d'urgence made in E.Macron, 23 mars 2020, juillet 2022 : 2 ans. Aujourd'hui c'est à travers le cas particulier de cette crise sanitaire que nous constatons une nouvelle fois le fonctionnement normal du capitalisme. Pour l'État, ne pas stopper la destruction de l'hôpital public, permet d'étendre indéfiniment les états d'exception. Cultiver la culture du risque est une belle épicerie. Faire grandir le paradigme de l'exception est du pain béni. Construire des normes monstrueuses est un travail à plein temps. Les nouveaux pouvoirs du premier ministre « ont pour but “d’assurer la disparition durable de la situation de crise sanitaire”, alors qu’il s’agissait avant “de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population”. Il devient alors très difficile de sortir de ces situations car le risque zéro n’existe pas, surtout en matière sanitaire. »(8) Mais il ne s'agit pas d'en sortir. Car pour eux il n'y a aucun péril en la demeure.

À nous le pouvoir de définir le travail, l'intérêt général

S'acharner sur le corps social c'est faire disparaître la question sociale que les citoyens ont portée haut et fort contre l'État. C'est la commune de 1871. C'est la création du régime général de sécurité sociale en 1946 autogéré par les travailleurs. Contre nous « depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, l'histoire de l' État providence français a consisté à se réapproprier le bien-être citoyen autogéré par un processus de réformes engagées à partir de 1947. Depuis 75 ans, la dépossession du pouvoir politique d'autogouvernement des citoyens s'est accompagnée de la marchandisation des politiques sociales. »(9) Et l'État, nouvelle figure du pompier pyromane, s'étonne dans ses prestigieuses assemblées que nous soyons dans la difficulté d'un état d'urgence permanent. Plus de vingt ans après ses réflexions sur l'intérêt général, le Conseil d'État en a fait le deuil dans son tout récent rapport annuel. « De façon générale, affirme-t-il, les états d’urgence témoignent de la difficulté de définir démocratiquement l’intérêt général ayant vocation à prévaloir sur les intérêts particuliers. »(10)

Il en est plus que temps de remiser au placard toute cette bande d'ahuris sans foi ni loi. Le seul intérêt général qu'ils connaissent est celui de la prédation du travail de toute la société. Reprenons les principes qui nous ont fait sortir de l'abîme du XX siècle. Comme d’Ambroise Croizat, en 1946, « nul ne saurait ignorer que l’un des facteurs essentiels du problème social en France, comme dans presque tous les pays du monde, se trouve dans ce complexe d’infériorité que crée chez le travailleur le sentiment de son insécurité, l’incertitude du lendemain qui pèse sur tous ceux qui vivent de leur travail. Le problème qui se pose aujourd’hui aux hommes qui veulent apporter une solution durable au problème social est de faire disparaître cette insécurité. Il est de garantir à tous les éléments de la population qu’en toute circonstance ils jouiront de revenus suffisants pour assurer leur subsistance familiale. C’est ainsi seulement, en libérant les travailleurs de l’obsession permanente de la misère, qu’on permettra à tous les hommes et à toutes les femmes de développer pleinement leurs possibilités, leur personnalité, dans toute la mesure compatible avec le régime social en vigueur. » (11)

Les ressources ne manquent pas. Les lumières non plus. Que tous ces pingouins nuisibles soient interdits de travail. C'est tout le mal qu'ils méritent. Nous savons lire et écrire. À nous le pouvoir de définir le travail et l'intérêt général ! Aujourd'hui c'est la grève ! A bas l'état d'exception, à bas l'état de sécession !

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(1) Conseil d'État, Réflexions sur l'intérêt général, novembre 1998, p.253

(2) ibid., p.250

(3) Rapport Oxfam janvier 2022 : "Dans le monde d'après, les riches font sécession" - Oxfam France

(4) Valérie Sala Pala, Novembre 2005 : sous les émeutes urbaines, la politique, 26 avril 2010

(5) Robert Badinter : «Les terroristes nous tendent un piège politique», 7 janvier 2015, Liberation.fr

(6) Dominique de Villepin: «La guerre ne nous rend pas plus forts, elle nous rend vulnérables», 25 novembre 2015, Liberation.fr

(7) François Bonnet, Un pouvoir hors la loi, un Etat hors contrôle, 27 novembre 2015, Mediapart.fr

(8) Jérôme Hourdeaux, Crise sanitaire: la France s’enfonce toujours plus dans l’état d’exception, 13 janvier 2021, Mediapart.fr

(9) Philippe Batifoulier, Nicolas da Silva, Mehrdad Vahabi, La Sociale contre l’Etat providence. Prédation et protection sociale, 21 février 2020

(10) Conseil d'État, Les états d’urgence : la démocratie sous contraintes, septembre 2021, p.141

(11) Ambroise Croizat, La Sécurité sociale, une « création continue » pour le progrès social, 10 août 2017, L'Humanité.fr

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