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Billet de blog 19 mai 2011

RGPP: Les réformes de l’ère Sarkozy accusées de tuer l’Etat français

Après le suicide d'un syndicaliste au ministère du Travail, les fonctionnaires, les syndicats en colère: «La RGPP tue les hommes et la République française!»

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Après le suicide d'un syndicaliste au ministère du Travail, les fonctionnaires, les syndicats en colère: «La RGPP tue les hommes et la République française!»

LucBeal-Rainaldy, inspecteur du travail, militant syndical de longue date, a mis fin à ses jours mercredi 4 mai 2011 en se jetant depuis le 5e étage dans la cage d'escaliers de l'immeuble de la DAGEMO (Administration centrale du ministère du Travail), à Paris.

Quelques jours plus tard, Vendredi 13 mai dans la petite Eglise de Fontenay-sous-Bois, en région parisienne, où le syndicaliste résidait depuis des années avec sa famille, un millier de personnes, syndicalistes, amis, collègues, l'ont accompagné jusqu'à sa dernière demeure.

Les obsèques ne seront quasi pas suivies par la presse...

Un camarade de lutte de Luc se confie à la sortie de l'Eglise : « J'ai donné une interview au Monde. Et rien. Remarque, le journaliste a été correct, il m'a téléphoné pour me dire qu'il ne pouvait publier l'intégralité de son papier, car sa rédaction en chef n'a pas jugé utile de consacrer de la place dans les colonnes du quotidien. Au final, il y a eu que quelques discrètes lignes. Le geste de Luc dérange le ministère, il vaut mieux être discret ? Non ? ».

La mort brutale de Luc Beal-Rainaldy a provoqué un choc et une émotion considérables parmi ses collègues, les fonctionnaires et les syndicalistes. Par sa violence d'abord, mais également par ses causes, qui ont ajouté l'indignation et la colère à la sidération.

L'indignation et la colère, « parce que Luc Beal Rainaldy n'est pas le premier agent de du ministère à se donner à la mort, ni à tenter de se la donner », explique un des syndicalistes de l'intersyndicale CGT-SETE / SYNTEF / CFDT / SUD Travail.

« L'indignation et la colère, parce qu'il ne s'est pas donné la mort pour des raisons exclusivement intimes et personnelles, comme veulent le faire croire les communications indignes du ministère. Notre collègue, récemment muté à la DIRECCTE (Direction régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi) a laissé derrière lui un message à sa famille dans lequel il dénonce : « des relations sociales de plus en plus dures », note vivement une collègue et d'ajouter : « notre administration, aveugle et sourde aux alertes des agents comme de leurs syndicats depuis des années, ne doit plus se contenter d'afficher sa « profonde tristesse » ou son « émotion » face au « drame », de la mise en place d'une « cellule d'assistance psychologique » et de la réunion d'un comité d'hygiène et de sécurité ministériel ».

TROP, C'EST TROP !

Depuis plusieurs années, les syndicats dénoncent la politique de destruction du service public et des missions conduites par le gouvernement, fidèlement relayée et mise en œuvre par certains de ses représentant-e-s locaux.

Les syndicalistes depuis de nombreux mois tentent d'attirer l'attention des ministres de ce gouvernement, sans succès, sur les conséquences dramatiques de cette politique sur les agents qui fatiguent gravement, leur santé, leurs conditions quotidiennes de travail, le sens de leur travail, leur avenir professionnel, comme sur le service public, largement atteint, la suppression de missions ou de mesures, la politique du chiffre et du « résultat ».

« Cette alarme, nous la sonnons sur tous les terrains - statutaires, salariaux, immobiliers, celui des moyens matériels et humains, celui des pressions hiérarchiques... et à tous les niveaux, au travers des instances représentatives, comme le CHSCT, comme au travers des réunions de service locales ou en accompagnant ou soutenant tel ou tel agent, déclare un proche de Luc Beal-Rainaldy, « Que nous oppose l'administration ? Que c'est comme ça et que ça n'ira pas en s'améliorant, qu'il faut savoir s'adapter à la modernité et accepter le changement, qu'il faut savoir faire preuve de souplesse parce que ça rend intelligent, que la situation de nos services n'a rien de dramatique comparée à celle d'autres services ou entreprises, que nous allons voir ce que nous allons voir quand la règle du « 1 sur 2 » s'appliquera vraiment, que nous sommes bien payés pour ce que nous faisons, que la vraie souffrance n'est pas la notre, et on en passe et des meilleures ! ».

« C'est un scandale et ça ne peut pas durer ! »

La mort de Luc Beal Rainaldy fait aujourd'hui écho aux mille difficultés et problèmes que rencontrent et éprouvent de nombreux agents et fonctionnaires.

Comme l'expliquent les syndicats la situation ne cesse de se tendre : les agents croulent sous la charge, ne perçoivent plus le sens de ce qu'ils font ou ont à faire, sont mis sous pression par les injonctions hiérarchiques pressantes, pressées et trop souvent décalées du travail réel. « Les gens craquent, quand ils ne s'effondrent pas en pleurs », raconte une collègue de Luc Beal-Rainaldy.

Depuis la mise en place de la RGPP (la révision générale des politiques publiques) l'ensemble des syndicats s'évertuent à alerter sur les services qui n'assurent plus correctement la mission qui est la leur, ferment leurs portes au public pour pouvoir travailler ou parce qu'ils n'ont plus les moyens de l'accueillir, sont mis à mal par le manque de moyens.

La révision générale des politiques publiques RGPP tue !

La révision générale des politiques publiques, nommée RGPP, et d'autres réformes sont profondément critiquées par les syndicats. Mais le gouvernement n'entend pas. François Baroin en tête, défend fièrement ces réformes, expliquant encore mardi dernier devant l'Assemblée nationale les aspects positifs et bénéfiques de la RGPP.

« Pendant combien de temps le gouvernement Fillon va-t-il fermer les yeux sur les ravages humains de cette réforme ? », questionne un inspecteur du travail, adhérent CGT.

Des réformes qui entravent le pacte social et républicain

Le syndicat Force ouvrière (CGT-FO), qui vient de sortir un livre noir sur l RGPP, accuse ces réformes de tuer les hommes et de détruire les trois versants de la fonction publique.

Missions publiques privatisées ou abandonnées, transformation, du service public collectif et solidaire à des services individuels et payants aux usagers-clients... Ces modes de gestion entraînent un passage de l'égalité républicaine pour chaque citoyen à une inégalité généralisée en fonction des ressources du « client ».

« Désormais, il y aura les « clients » de 1er classe et les autres », ironise un cadre de l'APH-P (Assistance publique des hôpitaux de Paris).

Toutes ces destructions provoquées par la RGPP ou la loi Hôpital patients santé et territoires - dans la Fonction publique et contre les valeurs et principes fondamentaux de la

République peuvent se caractériser en identifiant quelques-uns des premiers effets concrets pour les citoyens des 561 mesures idéologiques, décidées unilatéralement par le chef de l'Etat et son gouvernement les 12 décembre 2007, 4 avril 2008, 12 juin 2008, 30 juin 2010 et 9 mars 2011 puis à travers diverses circulaires gouvernementales.

A ces mesures, il faut ajouter plusieurs réorganisations, suppressions, délocalisations de services publics, dans chaque ministère et dans les trois versants de la Fonction publique (Etat, Hospitalière, Territoriale), qui en aggravent encore les effets pour les usagers et pour les agents de la Fonction publique et parfois jusqu'à l'insupportable.

Ces dernières années, en effet, les services publics, la fonction publiques, les missions publiques, les fonctionnaires et agents n'ont jamais été autant attaqués.

Selon Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, «ces réformes tuent ». La Révision générale des politiques publiques (RGPP), la réforme de l'administration territoriale de l'État, la loi Hôpital, patient, santé, territoires, la réforme des collectivités territoriales (aidée par la suppression de la taxe professionnelle), les fusions imposées comme celles des services des impôts et du Trésor public, créant Pôle emploi ou les Agences régionales de santé, le changement de statut de La Poste, les privatisations et les ouvertures à la concurrence de missions publiques illustrent ces attaques

Selon le secrétaire général de FO : « L'émergence de partenariat public/privé démontre la volonté des pouvoirs publics à les amplifier et de faire disparaître à petit feu un service public devenu indésirable face aux pressions économiques du libéralisme ».

Depuis la mise en place de cette politique d'austérité et avant tout idéologique, les syndicats accusent le gouvernement en place de vouloir démanteler volontairement la fonction publique pour ensuite tenter de justifier une privatisation de tous les services publics.

La compression de l'Etat s'accompagne en effet de transferts d'activités publiques vers le privé, sorte de vente à la découpe des entreprises publiques. Ces privatisations s'opèrent dans la dénégation, par étapes ou par contournement. Elles épousent les anticipations de rentabilité financière des acquéreurs, mais aussi l'histoire de ces secteurs, avec leurs luttes passées et le statut spécifique de leurs salariés. Les tempos différents des réformes de France Télécom et de La Poste l'illustrent. Des mécanismes proches déterminent les trajectoires de Gaz de France (GDF) et d'Electricité de France (EDF), ou de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF).

« Quand Madame Bachelot envisage de gérer l'hôpital public comme une entreprise privée et rentabiliser les soins, il est évident de comprendre que c'est au détriment de la santé des malades, des malades les plus pauvres », affirme un syndicaliste FO.

Sortir les fonctionnaires et agents publics de leurs droits, de leurs garanties, de leurs statuts particuliers et du statut général de la fonction publique, stigmatiser les agents publics et les opposer aux salariés du privé, les mettre sous pression au quotidien, les privés de conditions correctes de travailler tels sont quelques-uns des dysfonctionnements que Luc Beal Rainaldy comme ses amis syndicalistes dénonçaient à leurs hiérarchies au ministère du Travail...

Quotidiennement, le métier devient mission impossible dans les relations aux usagers. L'épuisement professionnel qui s'ensuit est incompatible avec les diverses formes de « management par objectifs ». Reste la fuite : suicides, tentatives de suicide, arrêt-maladie, psychotropes chez les agents soumis à la « culpabilité du chiffre ».

Les restructurations des services ont conduit, les nouvelles formes de managements, malgré l'indifférence et le mépris du gouvernement en place face aux nombreuses alertes des partenaires sociaux, à une dégradation du cadre professionnel dans lequel évoluait aussi Luc Beal Rainaldy. « L'ensemble des représentants syndicaux, tristes d'avoir perdu un ami, promettent de « continuer à pointer comme responsable des souffrances professionnelles et du mal-être des agents, la RGPP, politique inhumaine qui pousse des salariés comme Luc à la mort ».

RGPP : Les maires en colère

D'une récente enquête lancée ces derniers mois, il ressort que 84 % des près de 200 maires interrogés par l'APVF (Association des petites villes de France) sur les effets et les conséquences de révision générale des politiques publiques, considère que l'État ne joue plus son rôle. Seuls 4 % d'entre eux considèrent que la RGPP a eu des effets positifs.

En fait, une grande majorité estime que les inégalités entre communes s'accentuent, que l'État ne joue plus son rôle. Par ailleurs, 52 % des maires ainsi consultés ont connu dans leur commune une baisse sensible des effectifs des services publics locaux et éprouvent en quelque sorte un sentiment d'abandon.

Conséquences de la RGPP : quelques chiffres :
Fermetures de petits hôpitaux (11 %), de maternités (6 %), de casernes et prisons

(12 %), de commissariats (12 %), de gendarmeries (21 %), de juridictions (38 %).

Sans parler des postes supprimés en préfectures et sous-préfectures contraignant les communes (plus de 20 % d'entre elles) à embaucher pour pallier les carences des services de l'État.
Prises à la gorge et mises devant le fait accompli, les petites villes doivent faire preuve de créativité pour mettre en place de nouveaux services (embauche de policiers municipaux, d'agents d'urbanisme, création de centres de santé, système de télé-relais...).

Les élus avouent connaître de grandes difficultés à pallier l'abandon de l'État sur ces territoires. De plus les coûts sont élevés, les impôts devront souvent être augmentés pour financer ces initiatives parallèles de droit commun indispensables. Pourtant, 67 % des maires interrogés considèrent qu'aucun accompagnement n'a été proposé par l'État pour réduire les effets de ces fermetures. « La RGPP engendre un cercle vicieux », affirme l'APVF.
Si le bilan dressé par les élus n'est pas tendre, l'APVF tient à rappeler qu'elle a pourtant

« constamment montré son souci de modernisation des services publics et l'impératif d'une réforme de l'État ».
À l'origine des critiques des maires, selon l'APVF, le manque de concertation. Une affirmation corroborée par pas moins de 87 % des maires interrogés (qui évoquent une concertation inexistante, insuffisante ou passable). Cette absence de concertation, note l'association, était d'ailleurs « assumée par les pilotes de la réforme » : « Si nous avions adopté des méthodes classiques de préparation de la décision (...), nous en serions à 5 % du chemin parcouru. Les mesures ont été prises dans un cercle assez restreint mais le président de la république et le gouvernement ont la double légitimité du suffrage universel », a eu l'occasion de déclarer Claude Guéant, cité par l'APVF.
Pour 74 % des maires interrogés, il faut avant tout réclamer une pause dans le processus de la seconde phase annoncée de la RGPP.
L'association réaffirme « la nécessité impérative d'un vrai dialogue et d'une véritable concertation entre l'État et les élus locaux pour aborder toutes ces questions ». Certains en viennent à évoquer l'idée d'un « bouclier de services publics » pour « redonner une réalité au principe d'égal accès au service public ».

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