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Billet de blog 10 déc. 2009

L'histoire ET la géographie

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Dans son point de vue publié par Le Monde, notre collègue Laurent Cailly écrit : « Bien sûr, l'Association des professeurs d'histoire-géographie a condamné fermement la réforme, mais elle représente les enseignants du secondaire, très majoritairement composés d'historiens... « Qu'en pense la géographie universitaire ? Pourquoi n'est-elle pas au rendez-vous ? »

L’APHG représente peut-être majoritairement les professeurs d’histoire-géographie du secondaire, mais elle est aussi une association plus large, dont de très nombreux collègues universitaires sont notoirement absents, pensant probablement que notre enseignement est moins gratifiant que le leur…. Sauf que le goût que nous réussissons parfois à donner de nos disciplines à nos élèves contribue aussi à remplir leurs amphis et leurs TD !

En outre, si les historiens sont probablement majoritaires, nous sommes nombreux à avoir suivi des études de géographie et nous enseignons les deux disciplines, chacune éclairant l’autre….Nos collègues universitaires, aussi bien historiens que géographes, ne montent au créneau que dans les moments de crise, oubliant le reste du temps que l’APHG a aussi besoin de leur soutien. Une commission universitaire a été récemment créée et l’APHG compte aussi dans ses rangs des universitaires qui s’engagent. Nos présidents sont à tour de rôle des représentants des deux disciplines : feu Jean Peyrot était historien, Robert Marconis est géographe, Jacques Portes est historien. Il n’y a pas que la géographie universitaire qui n’est pas au rendez-vous….Mais les soutiens, désormais, affluent, tant historiens que géographes, mieux vaut donc tard que jamais….et c’est le résultat qui compte.

Appel pour le maintien de l'enseignement historique en terminale scientifiqueLE MONDE | 09.12.09 | 13h29
Le projet de suppression de l'histoire et de la géographie des terminales scientifiques aboutit à décapiter ce qui a fait la force de l'enseignement secondaire. L'objectif de l'enseignement secondaire étalé sur sept ans était de préparer des adolescents à exercer plus tard des fonctions pivots dans la société grâce à une formation générale, c'est-à-dire ni rudimentaire ni enfermée dans une spécialisation décrochée de l'enseignement secondaire. Parce qu'elles sont par nature disciplines de la cité et formatrices du citoyen, l'histoire et la géographie ont été présentes tout au long de l'enseignement secondaire au XXe siècle et au début du XXIe siècle. En outre, elles ont été et sont pour les catégories les plus défavorisées des voies d'accès à l'insertion sociale et nationale grâce à une culture envisagée comme un instrument de dialogue social fournissant un socle de référents communs à un passé et à des territoires.Décryptage du mondeLa terminale correspond chez les élèves à un degré majeur de maturation intellectuelle. L'histoire et la géographie ne se bornent pas à emmagasiner des connaissances, mais elles deviennent maîtresses du raisonnement. Pour tout citoyen, il est fondamental de prendre parti en toute connaissance de cause, de se décider face à n'importe quelle situation et de démêler l'écheveau des facteurs des grands événements de notre temps, de la construction des territoires, de la mondialisation.L'absence d'un enseignement obligatoire d'histoire-géographie en terminale scientifique ne permettra pas aux élèves qui se destinent à préparer des concours commerciaux - écoles de commerce (HEC, ESCP) -, des concours scientifiques (agrotourisme) ou des écoles d'ingénieurs ou les instituts politiques, ou à entreprendre des études de géographie à l'université, de recevoir un enseignement cohérent et construit selon l'itinéraire d'un cours consacré au décryptage du monde actuel. Et que dire de ceux qui ne feront plus jamais d'histoire-géographie dans leur cursus, comme les futurs étudiants de médecine ou ceux qui s'engagent dans la vie active ?Avec ce projet sanctionnant le tronc commun en fin d'année de 1re S, la classe de terminale scientifique se trouverait décrochée de l'enseignement secondaire. On aboutirait à une rupture de la chaîne des enseignements. Cette spécialisation à outrance qui fait le pari de former davantage de scientifiques est une politique à courte vue.Elle prive plus de 50 % des effectifs des séries générales des lycées d'une culture générale pour tous ces élèves et les dispense de 54 heures d'ouverture sur les espaces et les temporalités de notre monde. Elle aura des répercussions sur les programmes, obligeant les élèves scientifiques et des autres séries du tronc commun à faire en deux ans ce qu'ils font actuellement en trois ans. Un module proposé en terminale, mis en concurrence avec d'autres options scientifiques, ne sera pas pris par tous les élèves et introduira une inégalité parmi les lycéens, qui ont le droit de recevoir une formation historique, géographique et citoyenne.
L'Association des professeurs d'histoire et géographie, la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, la Société des historiens modernistes, l'Association des historiens contemporéanistes et de la recherche, le Comité national français de géographie, l'Association des géographes français. De très nombreuses personnalités - historiens, géographes, économistes, responsables politiques - l'ont signé, parmi lesquelles Jean-Jacques Aillagon, Jean-Pierre Azéma, Georgette Elgey, Marc Ferro, Philippe Joutard, Michel Kaplan, Pierre Nora, Jacques Sapir, Yves Lacoste, Dominique de Villepin et Annette Wieviorka.La liste complète des signataires est consultable sur le site de l'Association des professeurs d'histoire et de géographie (www.aphg.fr).L'étrange silence des géographes, par Laurent CaillyLE MONDE | 09.12.09 | 13h29 • Mis à jour le 09.12.09 | 13h29
Vingt universitaires prestigieux ont lancé, dans Le Journal du dimanche du 6 décembre, un appel contre la suppression de l'histoire-géographie en classe de terminale scientifique prévue par la réforme du ministre de l'éducation nationale, Luc Chatel. Dans la liste figurent principalement des historiens, rejoints par des philosophes, des artistes, un démographe et même un psychiatre, mais aucun géographe : ce silence est pour le moins troublant. Bien sûr, l'Association des professeurs d'histoire-géographie a condamné fermement la réforme, mais elle représente les enseignants du secondaire, très majoritairement composés d'historiens... Qu'en pense la géographie universitaire ? Pourquoi n'est-elle pas au rendez-vous ?Première hypothèse : habités par un vieux complexe disciplinaire, dans l'ombre des historiens, les géographes auraient du mal à se penser, mais aussi à être reconnus, comme des intellectuels. L'image peu glorieuse d'une science descriptive, des paysages et du terrain, dont l'utilité sociale tiendrait à l'apprentissage des attributs géographiques élémentaires (les localisations, les fleuves, les montagnes), les reléguerait au second plan. Cette explication n'est plus crédible. En trente ans, la géographie a connu quelques "révolutions" et pris le tournant des sciences sociales.On y parle d'acteurs, de territoires et, à travers cela, d'enjeux de société. Pour preuve, les manuels ne ressemblent plus à ceux d'hier. Et les géographes participent de manière croissante au débat public, au côté des politologues, des sociologues, des économistes, etc. Evacuons donc la thèse d'une science complexée.Deuxième hypothèse : le silence des géographes marque une coupure de plus en plus nette entre la géographie scolaire et la géographie universitaire. Nous tenons là, semble-t-il, une bonne part de l'explication. Les géographes sont de moins en moins nombreux à se présenter aux concours de l'enseignement.Inversement, les jeunes enseignants-chercheurs sont moins nombreux que leurs aïeux à être passés par les "concours" et l'enseignement secondaire, avant d'exercer à l'université. Les géographes sont également de moins en moins impliqués dans la formation continue des enseignants, laquelle est réduite à la portion congrue pour des raisons budgétaires. Du coup, le sentiment que l'on n'enseigne pas la même géographie avant et après le bac domine parfois !Enfin, avec la décentralisation, les débouchés de la géographie liés aux métiers de l'urbanisme, de l'aménagement ou de l'environnement se sont étoffés. Dans ce contexte, les collègues universitaires sont souvent davantage préoccupés par la professionnalisation de leurs masters que par les questions relatives aux métiers de l'enseignement. Les conditions d'un divorce entre géographie scolaire et universitaire semblent ainsi réunies...Troisième hypothèse. La géographie a changé, les géographes aussi, mais l'utilité sociale de la discipline, son rôle dans la construction d'une pensée critique et dans la formation du citoyen tarderaient à être redéfinis. L'histoire n'a pas besoin de cela : ses justifications "critique" et "mémorielle", d'ailleurs dissonantes, se renforcent mutuellement pour la légitimer. La géographie, elle, a besoin d'expliquer sa nouvelle place.Qui sait, hors de la discipline et des quelques sciences connexes avec qui elle a appris à travailler, ce que font les géographes ? Et pourtant, ils travaillent. Ils sont les premiers à constater l'inflation des problématiques territoriales et environnementales dans le monde contemporain et ils tentent à leur manière de les décrypter.Ils sont également bien outillés pour analyser la complexité des réalités et des enjeux démocratiques qui s'articulent aux différentes échelles, au sein d'un monde globalisé. Et l'on ne peut qu'être surpris entre une "demande de géographie", toujours plus pressante (dans le débat public, au sein des collectivités locales, par exemple) et l'érosion des effectifs à l'université, en licence de géographie. N'est-ce pas la preuve d'un manque de lisibilité ? Les géographes ne devraient pourtant pas avoir de difficulté à promouvoir et à défendre l'enseignement de leur discipline au nom de la culture générale comme de la formation citoyenne. C'est dans leur intérêt.Avec l'ouverture du sommet de Copenhague : quelle discipline est mieux positionnée pour expliquer et synthétiser les enjeux biophysiques, politiques, économiques, sociaux et territoriaux du réchauffement climatique ? Qu'ils soient audacieux ou décevants, les engagements climatiques imposeront des choix territoriaux.Ces choix n'auront guère de succès sans implication citoyenne, et cette implication de l'homme dans l'aménagement durable des territoires nécessite que les mots, la méthode et les questionnements du géographe soient a minima partagés. Etre citoyen, c'est plus que jamais être capable de penser l'espace dans lequel nous vivons. C'est à cela que prépare la géographie.
Laurent Cailly est maître de conférences en géographie à l'université de Tours, membre du jury de l'agrégation externe de géographie.

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