Le traitement des AVS : quel avenir pour l'intégration des enfants handicapés ?

Les AVS jouent un rôle important dans l'accompagnement des enfants handicapés scolarisés dans les écoles, collèges et lycées. Qui connaît ce métier ? Pourquoi l'Etat refuse-t-il de péréniser les postes au-delà de deux ans ?

Maman d'un enfant qui a lui aussi une AVS, une auxiliaire de vie scolaire, je me dois de relayer cet appel d'une collègue institutrice. Pour que soient pris en compte les besoins des enfants qui, en étant accompagnés, peuvent suivre une scolarité en milieu ordinaire.

Pour que soient respectées ces personnes qui, chaque jour, s'occupent de nos enfants...pour que leur travail soit reconnu. Quel avenir dans une société où on congédie les personnels comme on jette un kleenex ??

Lettre à mon Ministre et à mon Président,

Socialiste … que se cache-t-il derrière ce mot ? Que reste-t-il de l’essence même de ce terme ?

Ministre de l’Education Nationale… Quel est son rôle, son but, sa mission ? Ajouter son nom à la longue liste de ceux qui ont « fait leur réforme » ? Assouvir un désir purement personnel de réussite et réaliser le « projet de SA vie » ?

Mais c’est quoi, la politique ? C’est inscrire son petit nom au palmarès des nantis et se foutre éperdument du peuple qui élit ?

Il n’y a plus dans vos actions (et celles de vos prédécesseurs et sans doute de vos successeurs) qu’un sens à « la politique », celui de la lutte pour le pouvoir. Oubliés le devoir et le dévouement qui consistent à œuvrer pour le groupe, pour la collectivité, pour le peuple. Ne reste que l’ambition d’inscrire son nom, égoïstement.

Vous devez me trouver bien amère, presqu’agressive ?

Vous avez raison, je le suis.
Parce que l’on marche sur la tête, parce l’absurdité n’a plus de limite, dans un système, certes pas extraordinaire, qui fonctionne tant bien que mal.

Quand, vous, Monsieur le Ministre, dépensez énergie et sommes folles pour essayer de nous faire gober que votre fameuse réforme des rythmes est pour le bien des enfants, des « précaires » performants, motivés, compétents, qui sont eux réellement au service des enfants, se font jeter comme de minables kleenex (et encore, ceux-ci n’avaient pour rôles que d’être mouchoirs…), sans droits, sans avenirs, sans merci bien sûr.

Cas concret, pour bien vous faire comprendre, d’une amie AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire), que nous nommerons K, pour préserver son anonymat.

K est dans sa sixième année d’AVS. Elle en a croisés, des enfants, qu’elle a accompagnés du mieux qu’elle a pu. Pour cela, elle s’est formée, seule, sur son temps libre, persuadée qu’elle devait connaître au mieux les difficultés que rencontrait chaque enfant pour pouvoir l’aider. Elle pourrait donc inscrire à son CV : spécialiste de l’autisme, de l’encoprésie, du braille, de la langue des signes, … et de la patience en tout genre.
Sauf que son métier n’en est pas un. Tout au plus un pansement sur une fracture ouverte…
Non, petite, tu ne peux pas dire « Quand je serai grande je voudrais faire AVS ! »
Et pourtant, des personnes comme elle, nous, instits, on en voudrait dans toutes nos écoles. Des personnes qui prennent leur tâche à cœur, persuadées qu’elles sont utiles à l’enfant (et elles le sont), véritables béquilles, qui pourront sans doute un jour lâcher leur « blessé » pour qu’il marche seul et fier de sa réussite.

L’une des enfants qu’elle suit, malvoyante, va donc être obligée de quitter sa petite école de village, ses amis, ses maîtresses, et ses parents obligés de faire 45km pour la scolariser dans un institut spécialisé. Pourquoi ? Parce que K était la seule AVS à maîtriser le braille dans le secteur, et qu’on va la remercier, non, que dis-je, la jeter car son temps compté est écoulé!
Et c’est donc pour le bien des enfants que vous œuvrez ???
Est-ce que dans les cours de « morale laïque », on apprendra à licencier proprement les gens compétents?

Ah mais, suis-je bête ! Point de licenciement sur un CDD… juste un non renouvellement, juste un « voilà, c’est fini ! Au revoir ! »… qui n’ouvre donc droit à aucun droit au chômage, par exemple. Aucune VAE possible non plus. Advienne que pourra pour ces personnes… avec un peu de chance, les diplômées retrouveront quelque chose, pourront passer un concours… mais les autres ?
Retrouver un emploi précaire dans un autre domaine sera sans doute leur seule issue !
Bilan pour ces personnes : 6 ans d’une parenthèse dans leur vie de travailleurs, oserait-on dire 6 ans de perdus ???
Non, car ce qu’elles ont fait, elles l’ont fait de bon cœur, pour la plupart, et ont accompagné vaillamment bon nombre d’enfants depuis le début du dispositif.
C’est ça ! Elles ne sont qu’un « dispositif » ! Et comme il n’a pas été instauré par vous, ce dispositif, pourquoi si attacher ?

K a bien tenté de résister, de faire valoir la continuité du service auprès de cette petite :
« Nous sommes bien conscients des compétences qui sont les vôtres, et de l'intérêt que présenterait votre maintien auprès de *** à la rentrée 2013.
Cependant, nous ne pouvons pas déroger au cadre réglementaire, qui limite la durée de contrat des agents non titulaires de la fonction publique à 6 années de service.
cordialement »

Ça, c’est un courrier que tout un chacun aimerait recevoir après 6 ans de bons et loyaux services…

A nous, enseignants, de gérer l'humain, vous ne vous occupez que des chiffres et du cadre réglementaire ...
Et à l'enfant surtout de non pas gérer sa différence et en tirer une force grâce à ce genre d’accompagnement, mais la subir de plein fouet, faute de moyens, que pourtant vous avez, car vous embaucherez un autre précaire pour remplacer K !... Mais si K avait été titularisée, cela vous aurait bien sûr coûté d’énormes frais et charges…

Ionesco ou Beckett eux-mêmes n’auraient pu inventer un scénario aussi absurde. Une gestion froide, inhumaine d’un monde aseptisé…

K est donc arrivée au bout de son parcours autorisé par l’Etat, par vous, Messieurs. Un parcours de précaire, de CDD renouvelés et encore renouvelés, payés au lance-pierre.
Mais les AVS n’ont plus qu’à classer ce dossier et leurs compétences dans la case « passé », et se tourner vers une recherche d’emploi active, et comme tout le monde le sait, l’emploi court les rues actuellement!

Pas de statut, peu de salaire, peu ou pas de reconnaissance, pas d’avenir, pas de droit… c’est amusant, si je n’avais pas parlé d’AVS avant, on aurait pu croire que je parlais d’esclaves !

K ne compte pas son temps. C’est une passionnée. Elle aime ce qu’elle fait, et donne de son temps à l’école, tout naturellement.
K a un diplôme en musicologie. Elle pourra peut-être s’en servir un jour, et trouver un emploi dans ce domaine… Mais où trouver le courage de tout recommencer au bout de 6 ans…

K est mon amie. Je connais sa valeur, ses valeurs. Je suis tellement dégoutée pour elle et pour l’Ecole, tellement triste et amère aussi. Mais ça, les larmes, je me les garde, ça ne vous atteindrait pas, là-haut, dans vos hautes sphères…



Ce pays marche sur la tête par moments, et notre charmant ministère remporte haut la main la médaille à ce concours.
Chaque ministre imposant à son tour sa réforme, ses changements, sans se préoccuper de mesurer, d’observer ce qui fonctionne ou non. La loi du plus fort, où bon sens et logique du terrain sont bannis.

Quelle misère…

Et ce sont nos enfants qui trinqueront…



Anne-Sophie, maîtresse écœurée.

http://celeblog.over-blog.com/l-%C3%A9cole-maltraite-t-elle-les-handicap%C3%A9s-et-les-avs

http://sophiewiktor.over-blog.com/parce-qu-avs-devrait-%C3%AAtre-un-vrai-m%C3%A9tier

 

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