Game of Thrones: éthique, politique et pouvoir

Le site libertaire Grand Angle vient de publier trois textes issus du séminaire de recherche anarchiste ETAPE sur la série TV américaine dont les derniers pas de la huitième et ultime saison enflamment en ce moment le Net et les réseaux sociaux : «Game of Thrones». Extraits de l’article de la philosophe Sandra Laugier.

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Trois textes issus du séminaire ETAPE (Explorations Théoriques Anarchistes Pragmatistes pour l’Emancipation) du 12 mai 2017 consacré à "La série Game of Thrones, les figures du pouvoir et Podemos" :

 

- "Valar morghulis et en attendant. Narration et politique après Game of Thrones", par la philosophe Sandra Laugier, site Grand Angle, 13 mai 2019, http://www.grand-angle-libertaire.net/valar-morghulis-et-en-attendant-narration-et-politique-apres-game-of-thrones/

 

- "Notes exploratoires sur Podemos, Game of Trhones et le populisme", par le politiste Manuel Cervera-Marzal, site Grand Angle, 13 mai 2019, http://www.grand-angle-libertaire.net/notes-exploratoires-sur-podemos-game-of-thrones-et-le-populisme/

 

- "Le mort saisit le vif. Deux dirigeants de Podemos face à la série Game of Thrones", par le politiste Philippe Corcuff, 13 mai 2019, http://www.grand-angle-libertaire.net/le-mort-saisit-le-vif-deux-dirigeants-de-podemos-face-a-la-serie-game-of-thrones/

 

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Valar morghulis et en attendant

Narration et politique après Game of Thrones

Par Sandra Laugier

- Extraits : la coupure est indiquée par […] - 

 

GoT, une série singulière

« C’est pas de la télé, c’est HBO » (« It’s not TV. It’s HBO »), disait dans les années 1997 le slogan légèrement surfait de la chaîne câblée, qui nous a proposé entre autres, dans ce qui paraît maintenant un âge d’or de la série TV, Sex and the City, les Soprano, Six Feet Under, Entourage, The Wire. Des séries qui ont changé notre façon de voir le monde, changé aussi le statut social de ces œuvres singulières, souvent négligées jusqu’alors par la critique, pour leur caractère « grand public ».  Après une petite période où on a pu croire la chaîne doublée sur sa gauche par d’autres networks (AMC, avec Mad Men et Breaking Bad, FX avec 24 et The Shield), HBO avait repris le lead de la culture séries avec Girls et Game of Thrones (GoT) - deux séries vraiment pas comme les autres, à la tonalité spécifique et visant à surprendre un public qui visiblement voulait se faire surprendre, si l’on interprète ainsi le succès de ces deux séries.

Parlons  ici de GoT, car chaque année l’événement à venir, c’est bien sa nouvelle saison. Pas besoin d’être amateur de fantasy médiévale, de bagarres sanglantes, de dragons et de porno soft, même pas besoin d’aimer la saga de George R.R. Martin pour être fan de Game of Thrones. Même pas besoin d’aimer « les séries ». Les séries HBO cultes comme The Wire, comparables aux grandes œuvres cinématographiques ou littéraires, restaient de la télévision - de la super-télé, pour spectateur averti, exploitant à fond les ressources expressives et narratives du petit écran. Elles ont donné à la série TV ce qu’on appelle complaisamment ses « lettres de noblesse », faisant d’une occupation favorite un objet d’études, voire d’érudition et de distinction, et un élément d’exploration subjective et d’identification de soi.

Quelle série en effet susciterait une telle attente anxieuse de la nouvelle saison, et cela chez un public qui va bien au-delà des amateurs de fantasy médiévale ou de marathons télévisés style 24? GoT déborde les addicts aux séries, les amateurs et exégètes, ces nouveaux spécialistes qui commençaient à avoir leur petit territoire, et fait tout simplement exploser le concept « séries télé », avec son pluriel et son support privilégié (la télévision). GoT est une série de fans – record de la série la plus téléchargée, record de l’activité fanique, record des citations publiques…. GoT a changé notre vocabulaire, notre grammaire, faisant de « Khaleesi » un nom commun et de « Hodor » une locution ordinaire.

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Game of Thrones a fait exploser le concept « séries télé ». GoT a été la première à raviver au XXe siècle le mode traditionnel de consommation du genre série ; alors qu’on imaginait que les séries allaient se consommer à coup de coffrets ou de weekends de binge watching, GoT fait renouer ses regardeurs, durant les dix semaines où elle envahit leurs existences, avec le rythme hebdomadaire du feuilleton, l’imagination mise en mouvement dans l’attente anxieuse et curieuse de la suite.

Car c’est son rythme vital qui fait la force de la série. Le mode d’habitation du temps qu’elle engage répond étrangement à son extensibilité des saisons : Winter is Coming (dans l’univers de GoT, les hivers durent dix ans …). Elle illustre l’ajustement de la série à la forme de vie humaine, avec ses échelles, jours, semaines, saisons.  Cette texture temporelle se double d’une autre modalité de l’attente : dès le premier épisode, le spectateur est pris, enrôlé dans ce monde où tout peut arriver. La fin du pilote nous montrait le tout jeune et mignon Bran Stark, qu’on a suivi avec intérêt croissant depuis le début, escaladant une tour et surprenant les ébats incestueux de Cersei et Jaime Lannister, lequel le balance par la fenêtre. Dès cet instant fondateur, GoT touche aux tabous de la culture populaire, l’inceste ; la protection des enfants - aux structurations et hiérarchies de la forme de vie humaine. Á partir de là tout est possible, y compris la mort d’un héros central.

La diversification des personnages et la subversion des dualismes (valide-handicapé, homme-femme, hétéro-homo,  vieux-jeune, humain-non humain, vivant-non vivant). L’héroïsme d’Arya Stark et de Daenerys Targaryen, de Tyrion Lannister - avec la « première » que constitue Peter Dinklage, un nain, au premier rang du générique - font de GoT une série radicalement démocratique : nains (Tyrion) et  gros lards  (Samwell), handicapés, non seulement physiques mais aussi mentaux (Bran, Hodor), prostituées, sauvageonnes (Ygritte, Osha), monstres hideux (Cleagane, etc.) existent à égalité morale avec les héros plus présentables.

La signification du slogan de HBO était purement élitiste et distinctive : c’était bien de la télévision, mais de la super télévision pour public averti, l’exploitation maximale et parfaite d’un format qui permettait la liberté de langage, la fréquentation de personnages originaux, le traitement de questions politiques, éthiques, sexuelles. Les séries télévisées se sont imposées comme élément culturel et chacun y va maintenant de son « best of », une distinction (sociale) s’établissant entre les séries de qualité, arrivant à la cheville des chefs d’œuvre cinématographiques, et le tout-venant commercial ; les séries devenant objet d’érudition spécialisée, d’une part, et, d’autre part, d’identification de soi, de connivence par le partage des goûts et des genres, de partage central dans la vie des couples, de conversations quotidiennes. GoT, blockbuster télévisuel, explose le champ des séries « de qualité » ou de l’érudition geek (comme le montre Pierre Sérisier dans son blog http://seriestv.blog.lemonde.fr/author/seriestv/). En s’ouvrant à la diversité des cultures populaires (littéraire, cinématographique, vidéo…), en mélangeant les genres, comme en son temps la série culte Buffy the Vampire Slayer (Buffy contre les vampires, sans doute la seule à créer un univers comparable, par des méthodes similaires), GoT approche l’idéal de la culture populaire, celui des débuts du cinéma hollywoodien, d’une culture démocratique, réellement appropriable par toutes.

Á la différence, par exemple, de la série de films Lord of the Rings (Le Seigneur des anneaux) le monde de GoT n’est pas un univers cohérent issu de l’érudition médiéviste d’un Tolkien, mais – comme la saga de George R. Martin dont les scénaristes parviennent à tirer l’enseignement essentiel – il amalgame sans complexe les cultures, les époques, les genres (épique médiéval certes d’abord mais aussi Viking, Antique, Renaissance, …). Et ce sans jamais avoir à craindre l’anachronisme, dans un monde où le temps comme l’espace sont redéployés sans perdre leurs axes, ni leur familiarité.  La série a été accusée de sexisme (à cause de sa tendance pornographique, pourtant marque de fabrique du câble, de Sex and the City à L-Word) ; mais ce qui compte est que, comme Buffy, GoT intègre et soutient les revendications féministes, créant des « role  models » féminins inoubliables, dans un monde dominé par les hommes. GoT est en un sens n’ayons pas peur de le dire,  une série féministe, malgré les critiques qu’a suscitées son abus de scènes de sexe et plus exactement de sexposition (= scènes de sexe utilisées en décor de la narration principale)… Arrière-plan de domination sur lequel émergent pourtant de superbes personnages de femmes : Catelyn Stark, Brienne, Arya, Yara. Ces exemples illustrent cette capacité de la série à placer les femmes à l’écran et à  inventer un héroïsme féminin, parfois modeste. GoT dès les premiers épisodes de la première saison affiche des formes de Girl Power (Arya) et s’inscrit ainsi plus dans le fil de la série culte des années 2000, Buffy the Vampire Slayer, que des classiques de HBO. C’est aussi ce dynamisme politique (qui libère ou révèle l’héroïsme ordinaire et la puissance d’action des femmes, des handicapés, des esclaves et populations venus du Sud..), qui fait la puissance démocratique de GoT.

[…]

Catégories de l’expérience

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Pour bon nombre d’entre nous, un des événements personnels les plus pénibles de ces dernières années aura été la mort inattendue et cruelle d’Eddard Stark (Sean Bean) vers la fin de la première saison de Game of Thrones. Et combien de SMS bouleversés et indignés ont été échangés, toutes générations confondues, à la découverte de d’épisode 9 de la saison 3, au moment traumatique du massacre du reste (enfin pas tout à fait) de la famille Stark ? Ce partage si large des émotions morales, cette capacité à les susciter, à en libérer l’expression, est une des originalités de cette série vraiment pas comme les autres, qui retravaille notre expérience. En voici la liste des catégories principales, qui nous permettent de présenter un organon du XXIe siècle, les catégories de l’expérience de GoT, et de l’expérience tout court.

a) L’attente

Chacun a pu remarquer, en observant autour de soi ou en soi-même, le mode de vision de cette série ; à une époque où on pouvait imaginer que les séries allaient définitivement se consommer à grosses doses, à coup de coffrets ou de saisons entières ou en marathons d’un ou deux jours, GoT fait renouer ses fans, durant les 10 semaines où elle envahit leurs existences, avec le rythme hebdomadaire du feuilleton, l’imagination mise en mouvement dans l’attente anxieuse de la suite. Car c’est bien ce rythme qui fait la force de la série, son inscription dans la vie de la spectatrice et du spectateur, et dans une durée humaine, celle des jours et des semaines, dans l’attente dont le philosophe Ludwig Wittgenstein a bien noté que c’est un élément de base de nos formes de vie.  Cette nouvelle manière d’habiter le temps, pour le consommateur de séries d’habitude si vorace – cette temporalité à la fois étrange, décalée et si proche de nous donne à GoT son atmosphère et sa texture sensible.

b) La surprise

La décapitation de Ned Stark, le héros central et la figure morale dominante de la première saison, est emblématique de ce qu’offre au public ordinaire, depuis le début, GoT : la possibilité de la totale surprise. Déjà d’ailleurs, qui aurait pu prédire l’immense succès populaire, commercial et critique de GoT ? Qui se souvient que George R. R. Martin, le créateur de la saga du Trône de fer entamée il y a 20 ans (A Song of Ice and Fire), et pourtant lui-même scénariste chevronné, ne voulait d’abord pas d’une adaptation télévisée, craignant de « perdre ses fans » ? (Les géniaux scénaristes, David Benioff and D. B. Weiss, qui eurent l’idée de l’adaptation en 2006, parvinrent à le convaincre en trouvant la réponse à sa question désormais culte : qui est la mère de Jon Snow ?) Qui se souvient qu’à l’arrivée de la série en France en 2011, elle suscitait le plus grand scepticisme de la critique même branchée séries, qui y voyaient un fatras lourdingue à peine crédible ? C’est bien le spectateur ordinaire qui est le premier allié de la série, et qui est d’un coup pris dans ce monde, un monde où tout peut arriver – où apparaissent à l’écran les êtres les plus fantastiques, les situations les plus perverses, les événements les plus inattendus. Là encore, une radicalisation de l’expérience humaine avec ses événements et la diversité de ses expériences. Le choc de la disparition de Ned dès la première saison avertit le spectateur de cette extrême vulnérabilité inscrite au cœur de l’épopée : tout peut arriver, personne n’est à l’abri. Les scénaristes de 24 avaient tenté le coup – de faire planer cette menace, là aussi en éliminant en fin de première saison un personnage central, la femme de Jack Bauer. Mais 24 n’a pas tenu son pari, maintenant le tabou de l’invulnérabilité de Jack et de sa fille. GoT n’a pas de telles limitations on l’a vu dès le premier épisode –  Jamie faisant l’amour avec sa sœur, Cersei, puis balançant le petit garçon qui les surprend, Bran, par la fenêtre. Et le pire, c’est qu’on se surprend à l’apprécier, le Kingslayer, dans la saison 3, durant son errance avec Brienne. Elle aussi, son personnage entier, une surprise, l’apparition mémorable de cette géante à l’amplitude plus adaptée au grand écran qu’au petit. Quant à Ned Stark, sa figure continue étonnamment à planer sur toute la série jusqu’ici : il a eu beau mal jouer politiquement, d’après les analyses machiavéliennes, c’est une figure morale qui nous marque, comme toute véritable rencontre. GoT nous surprend, mais parce que nous nous surprenons nous-mêmes, spectateurs et spectatrices, à nos réactions.

c) La diversité

C’est aussi par l’émergence d’une galerie pléthorique de personnages forts (et donc d’acteurs excellents) que l’épopée GoT se distingue. L’ouverture constante des possibles est aussi dans les manières d’être des personnages, dont la diversité ontologique a été d’autant plus remarquable qu’elle est « naturelle », réaliste, sans pittoresque à la Star Wars ou True Blood. GoT subvertit  ainsi les hiérarchies, humain/non humain, valide/handicapé, hommes/femmes bien sûr, vieux/jeune. Le face à face d’Arya avec Tywinn Lannister l’empowerment de Daenerys Targaryen, la trajectoire du nain Tyrion Lannister en sont les lieux stratégiques .

On a beaucoup glosé sur la vision politique (Machiavel? Hobbes? Théorie des jeux? Choix rationnel?) développée dans la série, qui est bien une réflexion sur le pouvoir et la guerre ; mais GoT est aussi une série inclusive, le principe en étant le pluralisme des agents et des points de vue, et la promotion de profils atypiques qui  existent à égalité morale avec les héros beaux gosses comme (le malheureux) Robb Stark. Les séries HBO avaient déjà mis en valeur des personnages moralement ambivalents, voire répugnants ou incompréhensibles – dans les Soprano, The Wire – et déplacé les critères de l’héroïsme. Mais GoT va plus loin en donnant sa chance à chacun, exploitant jusqu’au bout la capacité des héros de séries à s’inscrire et exister en nous.

d) La valeur

Car ce ne sont pas des valeurs morales, mais des capacités d’agir qui définissent les héros dans un monde où, dès la première saison, on a compris que le bien ne sera pas gagnant. La quête qui meut ces personnages n’est pas (sauf exception) le Trône de Fer, ni la simple survie, ni le bonheur – impossible, même et surtout pour ceux qui ont conquis le pouvoir, dans ce monde qui entre dans l’hiver. Cette déconnexion a priori du bien et du bonheur, du bien et de la moralité, déplace l’accomplissement de l’humain dans l’honneur individuel, la réalisation de soi – explicitée dans l’éducation qu’apporte le maître d’armes Bravoosi à la jeune Arya, lui apprenant que « la peur est plus tranchante que l’épée ». Cette définition starkéenne de l’héroïsme l’ouvre aux capacités féminines, comme dans les sagas islandaises qui forment un arrière plan non négligeable de GoT. Le personnage de Ned Stark, dans toute la première saison, fixe l’échelle de cette évaluation morale, ne serait-ce que par sa façon de marcher et de s’exprimer, y compris par le regard (qu’on se rappelle le moment où à son arrivée à King’s Landing on lui demande de se changer pour une tenue plus appropriée). La valeur n’est plus dans le bien et le mal, ni dans les usages et coutumes.

Daenerys Targaryen accepte, non sans difficultés au début, les mœurs barbares des Dothraki, et par la suite embauchera, dans sa conquête, une armée de 8000 brutes sanguinaires (chacun, prétend leur leader, vantant la qualité de leur entraînement, a tué un bébé sous les yeux de sa mère). Ce sont les femmes, au moins autant que les hommes, qui représentent cette forme d’aristocratie perfectionniste : Catelyn, Brienne, Arya, Yara, et la Khaleesi, sont les vraies successeuses morales de Ned, portant haut les valeurs d’un monde imparfait. Mais la bravoure et la persévérance ne sont pas tout, les ressources morales se trouvent aussi chez les humbles, les vulnérables, les enfants – Samwell le trouillard, Bran l’estropié, Shae l’esclave, Clegane l’affreux, … créent encore de nouvelles formules de l’héroïsme. Plus réaliste en cela que les séries historiques qui ont récemment déferlé sur les écrans, GoT trouve son vrai réalisme dans la proximité à l’humain, notre attachement aux moindres,  et sa force émotionnelle dans l’humanité et l’héroïsme modeste de personnages voués à la mort (valar morghulis, S2E10) mais qui en attendant, comme le dit Ygrette à Jon Snow, doivent bien vivre.

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Sandra Laugier est professeure de philosophie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle est, entres autres, l’auteur avec Albert Ogien aux éditions La Découverte de : Pourquoi désobéir en démocratie? (2010), Le principe démocratie. Enquête sur les nouvelles formes du politique (2014) et Antidémocratie (2017). Elle est par ailleurs chroniqueuse sur les cultures populaires dans le journal Libération : https://www.liberation.fr/auteur/6377-sandra-laugier

https://www.liberation.fr/debats/2019/04/26/game-of-thrones-du-cote-des-vivants_1723603

Sur ces questions, elle fera paraître en septembre 2019 : Nos vies en séries, aux éditions Climats-Flammarion.

Version complète de l’article sur le site Grand Angle : http://www.grand-angle-libertaire.net/valar-morghulis-et-en-attendant-narration-et-politique-apres-game-of-thrones/

 

GAME OF THRONES Saison 8 Bande Annonce VOST (NOUVEAU, 2019) © FilmsActu

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