Chroniques d'un financier

En ces temps, à quoi peux donc se préoccuper un financier ? Histoire qui permet de se plonger dans la fraction des français les mieux rémunérés.

Antoine se réveille en ce jour de repos. Le dimanche c'est sacré. D'autant plus sacré qu'Antoine travaille au forfait cadre 5 jours par semaine et une journée entière à travailler sur ses dossiers.

Petit Focus sur cet expert comptable stagiaire travaillant pour le compte d'un géant de l'audit à la défense.

Après son baccalauréat économie et sociale obtenue avec une mention très bien en 2008, il intègre une école qui prépare au DCG par l'alternance grâce à un ami de son père lui même dans le métier. Il mène des journées très effreinés sur le portefeuille qu'il à sa charge, rythmé par le calendrier fiscal, les déplacements en clientèle, les rendez vous téléphoniques avec le RSI (souvent très conflictuel à cause des bases de calcul discordantes), les organismes sociaux. Le soir, quand il rentre dans son studio étudiant dans sa résidence étudiante à Courbevoie, il doit travailler ses cours de comptabilité, de droit, d'économie, d'anglais des affaires, de système d'information et de gestion, jusqu'à 23 heures . Il doit embauché pour 8h00 tous les matins et dispose évidément d'un agenda papier et électronique pour ses rendez vous. Que fait il le dimanche? Un footing matinal de 3h00 en faisant le tour du parc de la bute-chaumont . Après la douche et le déjeuner, il enfourche son vélo tout chemin pour arpenter Paris et ses nombreuses pistes cyclables.

Les examens des premières unités d'enseignement sont satisfaisants: 14/20 en introduction en droit, 12.50/20 en droit des affaires, 19/20 en introduction à la comptabilité, 15/20 en économie, 13/20 en systèmes d'information et de gestion. Soit un total de 23.50 points d'avance. Les droits d'inscription des épreuves de 300€ ( timbres fiscaux) ont dut être payé par ses grands parents ( Antoine avait 19 ans et ayant souscrit à un contrat d'apprentissage il touchait une rémunération mensuelle de 601.31€ pour sa première année, traitement qui devait être complété par une pension alimentaire mensuelle de 900€ mensuelle)

En deuxième année, les exigences de travail sont plus importantes tant du côté de son employeur que de sa formation. Il doit à présent repousser son heure de coucher à minuit. Certes sa rémunération mensuelle passait à 718.64€ ce qui lui permettait de mettre une petite somme mensuelle de côté une fois loyer, électricité, nourriture ,abonnement naviguo payé. Il devait suivre quatres enseignements: droit fiscal, droit des sociétés, finance d'entreprise, comptabilité approfondie. Ses grands parents devraient faire un chèque cette fois de 240€ pour les épreuves. Comme toujours l'investissement fut à la hauteur: 17/20 en droit des sociétés, 10/20 en droit fiscal, 13.50/20 en comptabilité approfondie, 11.25/20 en finance d'entreprise. Les points d'avances de cette année s'élevaient à 11.75 pour cette année, représentant pour la formation 35.25 points d'avances.

 

En troisième année, il doit rédiger un mémoire pour sa soutenance de relations professionnelles sur l'analyse financière de sociétés médicales avec plusieurs formes juridiques: une pharmacie sous forme d'entreprise individuelle, un cabinet de dentiste sous forme de société civile de moyens, un grossiste de produits pharmaceutiques sous forme de société à actions simplifiés .En plus de ce travail rédactionelle, il devait suivre des cours de contrôle de gestion, de droit social ( avec la documentation complémentaire qu'il avait à sa disposition), de management. Sa rémunération passait pour sa troisième année à 953€  mensuel.
Cette fin d'année fut un succès significatif pour lui: 11/20 en contrôle de gestion, 14/20 en droit social, 15/20 en management, 15/20 en relations professionnel.

Son diplôme en poche dès septembre 2011, il put avec l'accord de son patron, poursuivre en DSCG. Et il put obtenir de passer du contrat d'apprentissage à un contrat de professionnalisation signé sur ses deux années de formation. Antoine devait suivre sur sa première année quatres enseignements: comptabilité et audit, le management des systèmes d'information, finance, gestion juridique fiscale et sociale. Cela demandait évidement l'acquisition d'ouvrages de spécialistes et de pochettes d'application spécialisés, en plus des manuels en finance, comptabilité et audit, management des systèmes d'information.Coût pour Antoine : 400€.

En octobre 2012, il passa ses quatres examens. Les résultats furent ans appel en janvier 2013: comptabilité et audit:11/20, finance:11.75/20, gestion juridique fiscale et sociale: 10/20, management des systèmes d'information: 14/20.

Il continua son parcours pour les autres unités d'enseignements qui lui restait: management et contrôle de gestion, épreuve d'oral d'économie partiellement en anglais, relations professionnelles (mémoire de soixante pages avec agrément obligatoire). Il passa ses examens en octobre 2013. Les résultats furent sans appel pour lui: management et contrôle de gestion: 13/20, épreuve d'oral d'économie:19.25/20, relations professionnelles: 12.75/20.

Mais lorsqu'il fut diplômé de son Diplôme de comptabilité et de gestion, il reçu un email de son employeur pour un entretien.

L'expert comptable chanta tous les louanges d'Antoine et lui remit une lettre de recommandation à destination d'autres employeurs. En effet, le cabinet comptable parisien qui employait Antoine fut frappé par la crise financière: les créances impayés des clients avaient tant augmenté que la poursuite de l'activité n'était plus possible, au point que les associés du patron d'Antoine décide de dissoudre la société d'exercice libérale.

Antoine dut revenir sous le toit parental et chercher un autre emploi de collaborateur comptable, poste qu'il pu trouvé pour un salaire à l'embauche de 26k€ bruts. Bien sûr, c'était un prix en deça des fourchettes de l'APEC qui donnaient des salaires compris entre 28K€ et 32 k€ annuels. Son père fut étonné d'un tel salaire, et demanda à Antoine pourquoi un tel bradage:

"Pour être sûr de trouver un emploi et ne plus dépendre de l'aide financière que toi, maman et tes parents m'avaient prodigués"

Cela n'empêchait pas Antoine de réfléchir à son projet professionnel: il avait le sens du contact en clientèle, tout en ayant la capacité d'exploiter ses connaissances et de pouvoir donner aux clients ce qu'il voulait. C'est ce qui le poussa à envisager de tenter le diplôme d'expert comptable. Sans prévenir, il envoya de nombreuses candidatures pour trouver un potentiel employeur. La chance lui souriait quand il reçu un appel du cabinet parisien Mazard. Il passa l'entretien et les tests et fut rappellé par les associés lui proposant un contrat en tant qu'expert comptable stagiaire avec une rémunération annuelle pour la première année de 29000 € Annuel. Cette rémunération bien sûr fut revu à la hausse et passa la deuxième année pour 35000 € annuel. Antoine passait beaucoup de temps à se former à son nouveau métier,notamment la déontologie et à rédiger son mémoire consacrée à la prévention des difficultés économiques des entreprises. Il paufinait chaque week end ses analyses, en usant et abusant de macro-économie, des publications d'institutions financières et de banques. Le sujet était fort interessant. Chaque jour, il suivait de nombreuses sociétés dont certaines devaient se financer par d'autres moyens que l'emprunt bancaire classique.Les banques en effet, ne jouaient plus leur rôle de financement de l'économie réelle et cherchait des placements plus volatiles mais ô combien plus rentables pour elles.

Il réussisa l'épreuve de déontologie du DEC, sans oublier l'épreuve de cas pratique lors de sa deuxième année. En troisième année il put enfin faire sa soutenance sur son mémoire. Sa rémunération était passé à 40K€. Le DEC en poche, il put obtenir le titre d'expert comptable et aussi l'inscription au tableau des commissaires aux comptes. En 2016, il avait pu avoir ce parcours surtout grâce au réseau familial.

"Sans l'intervention de mon père pour mon parcours, je n'aurais jamais eut ce parcours. L'alternance m'a offert une expérience pratique non négligeable et c'est un avantage comparatif non négligeable par rapport aux étudiants qui ne préparent le cursus en alternance que dès le DSCG.

Comment ai je eut mon entretien chez Mazard? Via la connaissance de mon ex patron. Et je ne m'attendais pas à être embauché. Sans sous estimer, ni sur estimer la concurrence, je pensais que le poste serait rafflé par un diplômé d'école de commerce. Celui qui m'a embauché m'a même avouer apprécier ma modestie et la qualité de mon travail. Je ne sais pas qui était en poste avant moi mais par ces temps de crise, la suffisance de certains diplômés n'est pas quelque chose qui sert systématiquement le candidat. Mon sort comparé à quelqu'un qui n'avait pas ce réseau en serait tout autre. Finallement tout s'est joué sur un coup de Poker et sûrement pas sur un processus de recrutement plus rationel. Il y'avait des candidats plus brillant que moi d'après ce que j'ai cru entendre mais la sur-technicité n'est pas le critère décisif: c'est beaucoup plus subjectif ce qui se joue et ce point jamais je ne l'ai vu dans mes cours de relations professionnelles.

Comment je me vois chez Mazard? Et bien déjà de prendre du galon comme expert comptable. A voir si il faut une autre formation pour intégrer un poste de direction . Es ce que le fait que je sois sortit de l'ESSEC Paris, de la faculté de Paris-Dauphine, de HEC aurait changé la donne? Je ne peux pas le dire. Mon parcours m'a permis d'être en phase avec la valeur de l'argent, la réalité de la vie et pas dans une sorte de bulle déconnecté du réel.

Les jeunes diplômés de ma fillière sont souvent pleins de talents avec certaines ambitions mais le tris se fait sur des critères implicites dont on ne parle jamais: les aptitudes relationelles, la possibilité de se créer un réseau professionnel .Voilà un capital, couplé avec le train de vie financier et patrimonial des parents un vaste facteur differentiel. Que fera celui qui n'a que sa force de travail et qui n'aura pas tous ces codes implicites lors de l'entretien? Je l'ignore. Sans doute, il devra se réorienter vers autre chose en mesurant que les exigences qu'on attend de lui dépassent ce qu'il ou elle peux fournir effectivement.

Je me suis d'ailleurs connecté il y'a quelques temps sur Linkedin: sur mes trentes camarades de promotions de DCG, la moitié a pu poursuivre en DSCG, les autres sont partits en entreprise ou en cabinet selon les possibilités d'emploie en devant évidément se brader un peu. J'entends par se brader, le fait pour certains d'accepter des rémunérations presque proches de ce qu'on proposerait à un jeune diplômé sans expérience. Pour un système qui a sanctuarisé son renouvellement, cela me semble paradoxal de saboter son renouvellement.Pourtant mes collègues, avaient tous et toutes une mention dont certain venaient de sciences et techniques de gestion. C'est le paradoxe de la massification et de la course aux titres: en les généralisant, leur valeur intrinsèque s'est fortement déprécié à l'instard d'un quantitavy easing de la banque centrale européenne ou de la fédéral réserve.

Mais ce n'es pas tout. Parmis les quinzes camarades survivants venant de DCG, seuls quatres ont put poursuivre par la voie du DEC. Les autres ont continué de rester à un poste de collaborateur comptable.

Et les onze autres ,cettes fois gagent plus car leur diplôme leur permet de faire des dossiers de révision, de commissariat aux comptes ce qui leur confèrent un gain de 5K€ sur leur fiches de paye. Si ils tiennent encore quelques années, ils pourront peut être mais cela n'est pas garantie, obtenir des postes clés de chef comptable, responsable de consolidation, responsable comptable dans des PME importantes ou des grandes entreprises.

Et moi dans tout ça? Avec un salaire de 38 K€ annuel(soit 31000€ net fiscal) ,je bénéficie de 50% de prise en charge de mon abonement naviguo. Admettons que je consacre pour mon loyer à un budget maximum de 1/3 soit 12500 € annuels. Si je reste dans mon studio actuel, je verse un loyer de 850 € par mois soit un total de 10200€. Il faut rajouter un abonement téléphonique de 25.90€ mensuel soit 310.80€ annuel, un abonnement internet de 30€ par mois soit 360€ annuel, une prime d'assurance de 150€ annuel, l'EDF de 600€ annuel. Pour manger, je dépense 120€ par mois sois un budget annuel de 1440€ .Je passe ainsi à un revenu disponible après dépenses fixes de 24939 €. Je n'ai pas d'abonements souscrits pour la presse main-stream. Pour mon impôt je paye évidément un impôt de 30% soit 10333.33€ mon revenu disponible s'élève à 14605.67€. C'est une belle somme que je gagne, il est vraie.

Financièrement je dispose du patrimoine suivant:

-un livret développement durable à 12000 €

-un livret A à 22950 €

-Une assurance-vie qui s'élève à 1000 €

Je dispose aussi d'un intéressement et d'une participation . Bien évidement j'ai souscrit à un abondement de mon intéressement à ma participation qui s'élève pour l'instant à 1500 €.

Le marché immobilier à mes yeux n'est pas encore attractif: c'est même pour l'instant un rêve inacessible.

M'endetter sur 50 ans alors que la conjoncture est plus que jamais incertaine ,je considère que c'est du suicide. Mes parents ont pu le faire, pas moi venant d'avoir pourtant un CDI depuis l'an 2013. J'ai à présent 27 ans, ce ne serait pas éxagéré de dire que je suis l'exception qui confirme la règle."

En bon sportif, Antoine continuait son parcours en s'autorisant une pratique plus régulière sportive le dimanche: un parcours de 80 km sur un vélo de course Gitane (GTN Pro Rider 1). 80 km de routes nationales et départementales pour arpenter l'île de france.

L'année 2016 a été décivie pour lui tant sur le plan professionnel, financier que personnel. Et bien évidément,Antoine avait bien d'autres ambitions dont se trouver une épouse digne de lui.

 

 

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