Etienne Grangier

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Billet de blog 1 février 2026

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Episode 28 : Et si...?

Il ne quitte plus son lit, ou très rarement quand le médecin l’y force. L’escarre au sacrum devient une puanteur… Celle du talon… Mais assez de force pour être conscient, et demander à ce que ça se termine.

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-S’il vous plait…

Cela fait plusieurs semaines qu’il va mal. Je suis arrivé à la même époque.
Il se dégrade lentement mais sûrement.
Il ne quitte plus son lit, ou très rarement quand le médecin l’y force.
L’escarre au sacrum devient une puanteur… Celle du talon…
Mais assez de force pour être conscient, et demander à ce que ça se termine.

-S’il vous plaît… répète-t-il en me serrant la main.

Cette phrase il me la répète depuis plusieurs jours.
Je sais ce qu’il veut.
Ce n’est pas le premier qui me fait cette demande.

Le corps médical s’efforce à maintenir les gens en vie pour qu’ensuite, la porte à peine refermée les patients supplient les infirmières d’en finir.

Je comprenais mais je n’avais jamais cédé à la demande.
A leur souffrance j’avais choisi mon diplôme.
Alors pourquoi, avais-je un doute  aujourd’hui?
Pourquoi lui  ? Il ne m’était pas sympathique, il n’avait rien de plus ou de moins…
-Oublie ça Etienne…

-J’ai mal…
-Je reviens Mr Sacot, je vais voir le médecin afin de savoir si je peux vous administrer quelque chose

Le Docteur Saragne, me prescrit de la morphine, et me dit qu’elle viendrait le voir. Docteur Saragne était petite, bientôt la cinquantaine et terriblement sexy. Il m’arrivait d’aller la voir juste pour le croisement de jambe devant mes yeux. Forcément volontaire selon moi.
En terminant de remplir le cahier de stup’, j’eu le souvenir de mon grand-père. Qui avait décidé d’en finir par lui-même il y a fort longtemps. Bref  …

Arrivant dans la chambre, j’installai mon matériel, et je m’aperçois que Mr Sacot dormait. Devais-je attendre pour la morphine  ? La garder pour plus tard  ?
Quitte à être revenu dans la chambre…La seringue à la main, j’allais injecter et m’arrêtai soudainement.
Certains instants changent vos vies, et parfois une voix vous guide. Le destin  ? Dieu  ? L’inconscient  ?

Je retirai la seringue de 5ml sans injecter.
Je pris celle de gavage à 50 ml. Je la remplis tranquillement de vide et la branchai à la perfusion.
Personne n’irait chercher la cause du décès. Un futur résident attendait déjà la chambre depuis longtemps alors un départ maintenant ou plus tard…

PS  : Et si…  ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.