Avez-vous déjà ressenti du plaisir à attacher quelqu’un ? Moi oui. Mais ce n’était pas ma partenaire…
Lorsqu’un psychotique (un fou pour résumé) pointe son nez aux urgences, pour avoir annoncé l’arrivée de Satan en pleine rue d’une petite ville de province (Chabrol si tu nous regarde…), il n’est en général que peu enclin à rester parmi nous… Moi et mon service avons mauvaises presses auprès des schizophrènes et autres tarés du genre… Parce qu’en général chez Mc Fol-nalds ça se passe ainsi :
Arrivée aux urgences avec les flics ou une famille au bord de la crise, ou bien les 2 quand la famille à une fourchette plantée dans le bras… constatation par une infirmière du léger dérèglement interne de notre cher patient connu en général des services psychiatriques.
Appel de l’urgentiste, qui appelle à son tour rapidement son confrère psychiatre, non pas pour ses capacités d’écoute mais simplement car les urgences somatiques (celles que vous connaissez tous pour résumé) ont peur des patients psy. Et dans ce cas-là, à qui fait-t-on appel? Votre serviteur messieurs dames! Enfin votre serviteur, son psychiatre (pas le mien à proprement parler hein…) et ses collègues ! Non pas pour parler calmement et résoudre ses angoisses innommables mais afin de l’empêcher de nuire à la société. Si par miracle notre futur patient souhaite rester alors la suite est bien ennuyeuse à raconter… mais si notre homme (ou notre femme) par son désir d’aller assassiner Obama, Chirac ou bien un autre chef d’état mort ou encore en fonction…ne souhaite pas séjourner parmi nous alors l’équipe de choc intervient…
Evidemment quelques questions, quelques réponses, quelques paroles encourageantes, bienveillantes, mais bientôt la meute d’infirmiers bloque la proie dans un coin de pièce, les sorties se bloquent, l’angoisse monte pour le psychotique, l’adrénaline chez le soignant…Nous savons tous comment cela va se passer, un geste va partir, une dernière tentative désespérée de fuir vers son univers lovecraftien…
C’est le moment ! Les mains se liguent contre celles tentant de frapper, les corps se collent, les bras bloquent les mouvements, une masse tombe à terre et 6 ou 7 autres le suivent dans le mouvement afin de l’empêcher de se relever. Un cri surgit, pas un cri simple, mais profond, empli de rage et désespéré, toujours le désespoir de l’homme que l’on ne croit pas, victime de la société qui ne veut pas voir, ne veut pas le croire…
L’immobilisation faite, l’infirmière la plus fluette est assujettie à l’IM (injection musculaire), un neuroleptique du style Tercian… un nouveau cri, parfois des menaces de mort, mais nous y sommes habitués à force…
La mise en contention reste à faire, emmener l’agité dans la chambre d’isolement, le contentionner totalement et attendre que les traitements agissent…agir puis parler… J’avoue que je suis plutôt de la vielle école… un certain psychiatre devenu député depuis pourrait vous en parler. Communiquer avec un halluciné faisant 1m96 104Kg, voulant repartir en croisade contre des zombies-infirmiers ? Vous m’avez pris pour un taré ????
PS : Oui j’ai pris mon pied à attacher des êtres humains en souffrance…et alors ?