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Billet de blog 13 janvier 2026

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Episode 8 : La paumée

Je la reçue en entretien, en attendant que le psychiatre vienne la voir. Je fus touché par cette petite chose fragile, par cette paumée n’osant même pas me regarder, pourquoi elle  ? Pourquoi elle et pas une autre  ?

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Je la reçue en entretien, en attendant que le psychiatre vienne la voir. Je fus touché par cette petite chose fragile, par cette paumée n’osant même pas me regarder, pourquoi elle  ? Pourquoi elle et pas une autre  ? Elle provoquait en moi une sensation qui ne devait pas être…l’envie de la connaitre...de rentrer dans sa vie…mais…

Règle n°1 de psychiatrie  : Ne pas confondre patients et vie privée  !

Je me suis rendu compte que cette règle était régulièrement franchi par les soignants…

La paumée me raconta ce qui lui arrivait. Etudiante en BTS, elle n’allait plus en cours, se droguait aux neuroleptiques et à tous les médocs qu’elle pouvait trouver pour l’apaiser, à des doses qui m’auraient fait dormir plusieurs jours…

La paumée dans ces moments de shoot se livrait à des séances de sexe dans les parcs. L’angoisse calmée par le Loxapac ou le Tercian elle se mettait à errer la nuit, se posait sur un banc dans un square et se donnait aux toxicos ou autres pervers de la nuit. Elle pouvait sucer ou se laisser enfiler par 10/15 mecs…

Le lendemain, elle se rendait compte de sa maladie, tentait d’aller en cours, puis après une heure, elle n’arrivait plus à se concentrer. Elle repartait, reprenait un cacheton et se laissait somnoler dans le doux coton… Elle ne réussirait jamais ses études, elle n’avait pas les moyens d’aller plus loin, le bac avait été un miracle pour elle, non pas qu’elle soit feignante, simplement une impossibilité à garder sa concentration et maitriser ses émotions.

Après qu’elle fut vue par la psychiatre, je ramenai le dossier afin de le ranger au secrétariat. Au moment de poser le feuillet, j’eu le mauvais réflexe, je rompis la règle n°1… Je pris un bout de papier et griffouillais le numéro de téléphone noté sur le dossier de ma paumée…

Après maintes hésitations je finis par lui envoyer un message. Elle me répondit. Nous nous mîmes à entretenir une conversation épistolairement SMSienne. Elle se soulageait de ses angoisses tandis que je lui volai sa vie, chaque phrase qu’elle me citait était réécrit dans un calepin, chaque trouble répertorié, chaque sensations, émotions retranscrites mots à mots…

Je fini par lui demander si elle voulait qu’on se revoit mais cette fois-ci chez moi, je lui proposai en échange de lui donner sa dose…Elle accepta. L’échange était simple, elle pourrait s’allonger dans son coton, moi m’allonger en elle durant ce temps… Un infirmier n’était-t-il pas plus indiqué pour elle qu’une bande de toxicomanes  ? Au moins elle serait en lieu sûr en cas de bad trip…

Vous trouvez ça dégueulasse de ma part? Honteux de la part d’un professionnel de santé  ? Mais croyez-vous seulement que je sois le seul  ? Cela n’excuse pas je sais… mais ouvrez les yeux et voyez le monde comme il est  : moche. Si j’ai pu apporter un peu de douceur à cette fille alors ce qui s’est passé n’est pas moche.

PS  : Bise ma paumée…

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