Egalement sur : 1000 jours en mars
Ce matin la place était vide, pas un seul hacktiviste en vue. Le sergent-chef arborait un large sourire à la vue de cette place déserte qui avait vu se dérouler 753 jours de lutte. L’ordre avait gagné, comme toujours, pensa-t-il. Le camion de nettoyage de la voirie passait et repassait, effaçant toutes les plus infimes traces des conflits passés. C’est finalement cette idée toute bête, qui avait obligé tous les manifestants à quitter les lieux : du son ! Très fort, à la fois très grave et très aigu, pénétrant la chair, faisant trembler le corps, et perdre l’esprit. C’était comme cela que les forces de l’ordre avaient gagnés. Le sergent-chef allait surement être décoré pour son idée. Il fallait maintenant s’assurer de son succès définitif durant les prochaines 24h. Mais pour lui, point de doute, il n’y avait aucune chance que les N’Deboutistes et autres hacktivistes se repointent, la majorité d’entre-eux devaient être momentanément sourds ou avec un mal de crâne qui leur empêchait d’envisager un retour sur la place. Les plus combatifs avaient été appréhendés par la Police ou étaient devenus définitivement sourds après avoir osé faire face de trop près face aux membranes vibrantes géantes déployées par les CRS.
A mesure que la luminosité sur la place augmentait, quelques pigeons survolaient les pavés à la recherche de nourriture, en vain. Le sergent-chef donna une série d’instruction au talkie-walkie puis en observa les conséquences. Un fourgon banalisé rentra en marche arrière sur la place, quatre agents en sortirent avec un bloc d’environ 2 m3 qui devait peser facilement trois tonnes. Ils le déposèrent au milieu de la place au moyen de chariots hydrauliques, et repartirent. A la suite de cela, toutes les voitures de polices stationnées autour de la place mirent en marche leurs gyrophares et partirent. Le sergent-chef rentra dans sa 208 banalisé et attendit. Au bout de 30 longues minutes, une camionnette de la voirie arriva, le conducteur ne semblait pas pressé. Il prit tout son temps pour sortir du véhicule, en descendre puis aller ouvrir la porte arrière du véhicule. Le sergent-chef suivait la scène des yeux, sans aucun signe d’inquiétude mais néanmoins passablement agacé par l’attitude décontracté de l’agent public. Celui-ci sortit une perceuse à béton du véhicule et commença tranquillement son chantier. Il perça des trous aux quatres coins du cube. Une fois les trous achevés il fixa le cube à l’aide de cours câbles de large diamètre et de pieux métalliques. La fixation du cube achevé, il remonta dans son véhicule et quitta la place. Le sergent-chef regarda alors sa montre il était 11h45. Quelques passants regardaient le cube de loin à peine intrigués. Il faut dire que le cube était de même couleur que le macadam de la chaussée, ce qui à première vue, le fondait parfaitement dans le décors. Le sergent sortit prestement de son véhicule, se dirigea en direction du cube et une fois tout proche en palpât la surface avec ses doigts. Au bout de quelques secondes son index gauche trouva ce qu’il cherchait. Un petit bouton quasi-invisible se trouvait sur une des arrêtes du cube, il le pressa imperceptiblement puis s’en retourna à sa voiture. Une fois de retour dans l’habitacle il sortit une sorte de smartphone, et lança une application. Sur son écran une vue en plan large d’un des coté de la place se matérialisa. L’image en noir et blanc, était en réalité une image proche infra-rouge, visible en haute définition, de jours comme de nuit. Il glissa son doigt sur l’écran et une autre de vue de la place apparut. La mine satisfaite, le sergent-chef, posa le smartphone sur le tableau de bords, démarra et quitta la place. Il était grand temps d’aller chercher à manger, il continuerait de tester la bête cette après midi…
De retour sur la place, vers 13h, le sergent-chef eu la bonne surprise de voir un petit groupe d’adolescents aux cotés de son cube. Deux d’entres eux étaient même assis dessus. La première crispation policière passée, il se dit que c’était l’occasion de tester le système en situation réelle. Il saisit le smartphone de commande, le déverrouilla rapidement puis entra sur l’application de contrôle. Les fesses des deux ados masquaient en partie la vue. Cela ne l'empêcha pas de prendre quelques clichés HD de trois d’entre eux. Je leur ai tiré le portait entre les jambes de leurs camarades pensa-t-il amusé. Il ouvrit un sous-menu, sélectionna le signal “periodic chirp” entra les valeurs de “15” à “20” kHz, positionna le curseur de décibel sur 80%, puis pressa “Execute”. On entendit rien. Enfin un adulte de plus de 30 ans n’entendait rien, car tous les jeunes présents autour du cube, vraisemblablement saisis par le bruit intense, s’était instinctivement écartés du cube. L’un d’entre eux, initialement assis sur le cube, était même tombé par terre. Lorsque le sergent-chef appuya une seconde fois sur “Execute”, les ados quittèrent la place en courant. Le sergent-chef était aux anges, il la tenait son arme anti-manif, pour lui s’était définitif ! A la suite de cela, il rentra faire son rapport à son son supérieur à la préfecture de police.
Après avoir reçu les félicitations de sa hiérarchie, lors de l’exposé de sa présentation concernant les observations sur les deux jours passés, le sergent-chef s’affala à son bureau. Il resta ainsi immobile dans cette position un moment. Ce devait être sa manière à lui de récupérer de ces missions nocturnes interminables. Cependant le répit fut de courte durée. A peine, deux minutes s’étaient écoulées lorsque le téléphone du bureau sonna. Il décrocha, et sa mine fatigué se décomposa encore plus à l’écoute de son interlocuteur. On lui signalait que la place était de nouveau occupée. Il était 19h. Son équipe était en repos, lui aussi normalement, mais il était le seul à savoir opérer le cube. Il répondit qu’il ne fallait pas intervenir tout de suite, qu’il se rendait sur place en civil, et qu’il allait tester le cube avant toute intervention. Une fois le téléphone raccroché, il saisit sa veste et se rendit en voiture banalisé aux abords de la place. Elle était pleine à craquer.
Aucun être humain n’était cependant sur la place, une nuée de drônes, plusieurs centaines de robots roulants de toute tailles ainsi que quelques dizaines de robots-serpent occupaient l’intégralité de la place… Les hacktivistes s’étaient passés le mots. Si certains robots n’étaient rien d’autres que des robots du commerce sur lesquels étaient scotchés un papier ou carton de revendication, d’autres étaient bien plus complexes et personnalisés. Pour le sergent-chef, fin technologue, cela n’était pas possible. Il fallait piloter tous ces robots de quelque part. Il scruta des yeux la place et les immeubles qui l'entourait à la recherche d’une planque, ou d’un potentiel poste de commande. Mais il ne vit rien. Certains robots devaient être les hotspots de connections sans-fil des autres robots contrôlés à distance, mais lesquels ? Qu’a cela ne tienne, il allait trouver une solution. Il ne lui fallut que 3 minutes de réflexions pour envisager l’une des meilleures. Il passa deux appels, l’un à la caserne de pompier la plus proche, l’autre au préfet de police. Il demanda l’envoi de camion à lanceurs d’eau. Si les ondes acoustiques ne servait plus à rien contre des robots, une bonne douche froide ferait très certainement l’affaire.
Lorsque les camions de pompiers arrivèrent, la flotte de robots hakctivistes commença à s'agiter dans tous les sens. Et lorsque les pompiers sortirent de leur véhicule pour tenter de dérouler une lance à eau, des drones fusèrent de partout, les agressant de toutes parts. On se serait crus dans les oiseaux d'Hitchcock. Malgré tout, au bout de quelques minutes, ils réussirent à cinq hommes à se dégager suffisamment pour dérouler sur quelques mètres une lance incendie et à la mettre en marche. Au même moment un camion lanceur d’eau arriva sur la place. Les jets d’eau faisait de gros dégâts parmi les robots. Les drones touchés était systématiquement hors-jeu. Cependant certains robots semblaient être étanches, d’autres très compacts et monoblocs se remettait en marche malgré les chocs ou les translations forcées. Mais les robots n’allaient plus résister très longtemps. C’est alors qu’un son intense se fit entendre du cube. Un bruit tellement intense notamment aux basses fréquences qu’il provoquait la vibration des carcasses de robots les unes contre les autres, ce qui rendait le bruit global encore plus insupportable. Ce son émanant du centre de la place était insoutenable pour tout humain. Les pompiers retournèrent très vite dans la cabine de leurs camions et se bouchaient les oreilles. Les camions lanceurs d’eau s’étaient brusquement arrêtés. Le sergent-chef qui suivait la scène d’un peu plus loin depuis sa voiture, était perplexe. L’application de contrôle sur son smartphone était ouverte, il avait visualisé, depuis le début de la soirée, l’ensemble de la place sous tous les angles. Il n’y avait eu aucun problème technique. Mais ce n’était pas lui qui avait exécuté une requête d'émission de son intense. Il tentait d’appuyer frénétiquement sur le bouton stop du générateur de son de l’application, mais rien n’y faisait. Il n’avait plus le contrôle. Le bruit lui devenait vraiment insupportable malgré la distance. En colère il démarra en trombe et alla garer sa voiture un peu plus loin. Il ne comprenait pas comment c’était possible. Les hacktivistes avaient pris le contrôle du cube à distance… Pour eux cette nuit-là, la victoire fût totale !
EtienneLunaire