Riches, Riches, mes chers compatriotes

La face cachée du discours du 13 Avril. Attention humour jaune et rire noir

Voici une version "en creux" du dernier discours présidentiel. Je l'ai écrit à la demande d'un ami qui souhaitait en faire une vidéo parodique. Vous pouvez la retrouver ici : https://youtu.be/xoDmCUJwXdQ

"Françaises, Français, Riches, Riches, mes chers compatriotes,

Nous sommes en train de vivre des jours difficiles. Nous ressentons tous en ce moment la peur, l’angoisse pour nos entreprises, pour notre économie face à ce virus redoutable, invisible, imprévisible et qui fait cruellement chuter nos actifs, au risque inimaginable de nous appauvrir.

La fatigue et la lassitude s’empare peut-être ce certains d’entre vous, obligé de maintenir votre activité alors que vous êtes tenu de mettre en place des mesures de sécurité pour vos employés, d’imaginer une nouvelle organisation du travail, tout en sachant que vos résultats futurs ne seront pas à la hauteur.

Le deuil et le chagrin, pour d’autres qui ont été obligé de stopper leur production tout en étant obligé de maintenir une part, voire la totalité, du salaire de leurs employés… Je pense à vous, Je compatis. Et croyez bien que je mets toute mon énergie à vous donner les moyens de redémarrer vos activités dans les plus brefs délais car il en va de la survie de notre mode de vie.

Je vous voudrais aussi avoir un mot pour notre première ligne, nos banques d’affaires, nos traders qui, partout dans le monde, se battent pour éviter l’effondrement de la bourse et de l’économie mondiale. Ils donnent toute leur énergie et mettent tout en œuvre pour sauver ce qui vous appartient… Et ils tiennent ! Oui, ils tiennent, envers et contre tout… Ces journées, ces semaines ont été et resteront leur honneur, en France comme partout ailleurs.

Une pensée pour notre deuxième ligne également, tous vos cadres supérieurs, vos managers, qui depuis leur domicile, veillent à ce que vos employés en télé-travail effectuent correctement ce pour quoi ils sont payés… Je sais qu’ils ne ménagent pas leur peine et que, jour et nuit, ils ne laissent aucun repos à leurs équipes. Leur effort mérite d’être salué.

A notre troisième ligne, ces policiers, gendarmes qui, malgré le peu de protection que nous sommes capable de leur donner, maintiennent pourtant d’une main de fer le couvre-feu… Pardon ! Le confinement… pour éviter l’engorgement des services hospitaliers et, par conséquent, une révolte qui rendrait encore pire la crise que nous traversons.

Je veux, ce soir, les remercier très chaleureusement pour tout ce dévouement et leur dire toute ma reconnaissance.

Alors, étions-nous préparés à cette crise ? A l’évidence, pas assez, mais nous avons fait face en France comme partout ailleurs. Nous avons donc dû parer à l’urgence, prendre des décisions difficiles à partir d’informations partielles, souvent changeantes, nous adapter sans cesse, car ce virus était inconnu et il porte encore aujourd’hui beaucoup de mystères… Le moment, soyons honnêtes, a révélé des failles, des insuffisances.

Mais dès l’instant où ces problèmes ont été identifiés, nous nous sommes mobilisés. Vous avez pu le constater, sous le couvert d’une loi d’urgence dite « sanitaire », nous avons d’ores et déjà pris des mesures d’exceptions qui vous permettront encore plus d’exploiter vos salariés.

Ainsi, très souvent, ce qui semblait impossible depuis des années, nous avons su le faire en quelques jours. Nous avons innové, osé, agi au plus près du terrain, beaucoup de solutions ont été trouvées. Nous devrons nous en souvenir, car ce sont autant de forces pour le futur. J’ai beaucoup réfléchi, beaucoup appris de ces mesures et ce que j’en ai retiré permet d’envisager une sortie de crise qui vous permettra d’aller encore plus loin dans vos objectifs.

Mes chers compatriotes, Riches, Riches, si je tenais à m’adresser à vous ce soir, après vous avoir largement consulté ces derniers jours, c’est pour vous dire en toute transparence ce qui nous attend pour les prochaines semaines et les prochains mois.

J’ai annoncé, vous le savez, une fin du confinement pour le 11 Mai prochain. Ainsi, toutes les entreprises à l’arrêt pourront redémarrer. Mais ce n’est pas pour autant que votre activité pourra reprendre normalement, cela prendra malheureusement du temps. Ceci étant, je peux d’ores et déjà vous annoncer que je resterai votre plus fervent soutien, notamment en matière de mesures fiscales. Je vous l’ai déjà dis : je vous sauverai quoi qu’il en coûte aux petits et moyens contribuables. Ayez confiance. Je ne vous trahirai pas, c’est vous qui m’avaient offert la place que j’occupe. Je ne l’oublie pas.

Mais il faut pourtant que vous ayez conscience que je dois diriger un peuple d’irréductibles gaulois réfractaires et vous savez, comme moi, que leurs mouvements sociaux répétés nuisent à la bonne marche de notre économie. Voilà pourquoi il nous faudra prendre un certain nombre de mesures destinées à juguler toute contestation. Il ne saurait être tolérable, ni aujourd’hui, ni demain, que ce fussent les Riens, les Sans-dents, qui nous dictent comment nous devons mener nos affaires. S’ils ne sont pas contents, il nous faut donc leur imposer.

C’est pourquoi j’ai autorisé la réouverture des crèches, écoles, collèges et lycées. D’une part pour que leurs parents puissent retourner au travail, mais aussi et surtout parce qu’étant porteurs sains de la maladie, les enfants vont infecter une grande partie du corps enseignant que nous pourront isoler en quarantaine. Cette mesure s’accompagnera évidemment de l’interdiction d’avoir tout contact… Comment pourraient-ils alors s’organiser pour contester ?

A l’inverse, l’enseignement supérieur, et notamment les universités, resteront fermées afin de prévenir tout mouvement étudiant.

Certes, le plus gros effort sera demandé aux entreprises qui reçoivent du public : les cafés et restaurant notamment, que je suis contraint de garder fermé sans pouvoir donner de délai quand à leur éventuelle réouverture. Mais à ces entrepreneurs, je veux encore une fois annoncer mon soutien indéfectible. Ils seront intégralement remboursé de leur manque à gagner sur la base de l’exercice de leur meilleure année.

Si je suis amené à prendre une telle mesure, c’est tout simplement pour pouvoir garder fermé les théâtres, cinémas, salles de concerts, bibliothèques, médiathèques… En un mot, tous les lieux d’échange social, et plus particulièrement ceux dédiés à la culture, qui sont… Comme vous le savez… Des foyers de contestations. Ceux-ci relevant plus généralement d’associations ou d’équipement publics ne seront pas concerné par les mesures de soutien destinés aux entreprises et seront donc amenées rapidement à cesser définitivement leur activité.

Les structures privées relevant du domaine culturel pourront, quand à elles, bénéficier de ces mesures de soutien, mais conditionnées, non seulement à des mesures de distanciation sociale draconiennes et à une censure sur leur contenu. C’est moi-même qui dictera ce que sera la « bonne » culture et c’est moi-même qui nommerai les responsables en charge de la faire appliquer.

Il va de soi que les mesures de sécurité qui ont été prises dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire seront maintenues bien au delà du confinement et, qu’à terme, elles seront intégrées dans le droit commun comme ce fut le cas avec le précédent état d’urgence contre le terrorisme.

Ainsi, tous regroupements sur la voie publique pourront être interdit sous couvert de risque sanitaire, sans avoir besoin de remettre en question le droit de manifester. Le fait de dé-confiner la population le 11 Mai, alors que le dépistage ne sera pas généralisé, permet d’envisager un rebond dramatique de l’épidémie qui justifiera durablement ces mesures dans l’opinion publique. Le traçage informatique de la population permettra également de prévenir tous regroupements dans les logements et autres lieux privés et de les sanctionner sévèrement, notamment par des peines de prison.

Mes chers compatriotes, Riches, Riches, vous le voyez, tout est prévu et, à partir du 11 Mai, c’est le visage tout entier de notre pays qui va être transformé de manière à vous garantir le meilleur avenir possible. Vos employés n’auront plus le choix : ils ne pourront se déplacer que de leur domicile à leur travail et n’auront plus aucun moyen de fomenter des révoltes sociales dont la multiplication, ces dernières années, a considérablement entravé la bonne marche de notre économie. L’attestation de déplacement sera maintenu et sa délivrance transféré à vos directions, qui pourront à loisir et en fonction du rendement de chaque employé, décider de qui a le droit de se déplacer.

Françaises, Français, Riches, Riches, Mes chers compatriotes, l’espoir renaît. Nous connaîtrons bientôt des jours meilleurs et nous retrouverons les “jours heureux”. J’en ai la conviction. Les vertus qui aujourd’hui nous permettent de tenir seront celles qui nous aideront à bâtir l’avenir, notre solidarité entre fortunés, notre confiance mutuelle et notre capacité à toujours tirer le meilleur parti des crises que nous traversons.

Je reste votre serviteur.

Vive l’Argent."

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