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Billet de blog 9 oct. 2015

De grands "pouvoirs" impliquent de grandes "responsabilités"

Étienne Samson
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je prends ma plume aujourd’hui, imbibée d’humilité pour vous présenter la transcription retravaillée d’une conférence que j’ai eu la chance de donner lors de l’événement Paris Web 2015 ; elle s’intitulait : « De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités ».

Merci pour votre bienveillance et vos encouragements, Je me lance ; donc.

Introduction

J’ai depuis tout petit été assez fasciné par l’univers des super-héros.

J’allais chaque semaine chez mon libraire pour dépenser mes dix francs d’argent de poche pour m'abreuver de la suite des aventures de mes héros favoris.

Je trouvais incroyable que des gens puissent voler, lancer des boules de feu, devenir invisible ou jouir d’une puissance cosmique incommensurable…

Avec le temps, cette passion dévorante s’est apaisée et j’ai depuis jeté mon dévolue sur l’observation des gens, le comportement ; sur ce qu’est « Être humain ».

Je passe beaucoup de temps à observer les personnes autour de moi ; que ce soit, dans le métro ou dans le bus, au boulot, à la maison ; peu importe le lieu en fait.

J’avais envie de traiter d'un sujet qui me permettrait tout à la fois de parler de cette passion passée tout en l’associant à nous, être humain dans notre vie au quotidien.

Selon Wikipédia, un héros est un personnage exemplaire dont les hauts faits valent qu’on chante son geste.

Alors je sais, la tournure fait un tantinet moyenâgeuse, mais en fait ça veut juste dire que c’est quelqu’un qui a fait un truc de foufou.

Par truc de foufou, j’entends qui dépasse par ses actions, la condition humaine.

Un personnage héroïque peut tantôt être :

  • Un demi-dieu
  • Un personnage légendaire
  • Un surhomme
  • Un personnage courageux…

Ils sont souvent des tirés d’histoires extraordinaires et bien souvent, les auteurs de ces histoires écrivent les aventures tantôt à des fins

  • de propagande politique ou religieuse,
  • de simple divertissement,
  • ou pour servir un message, pour donner un sens moral à leur récit.

Nous concernant nous allons plutôt nous pencher sur les aspects les plus proches de nous au quotidien.

Pas de force incroyable, de demi-dieu, d’outils de propagande ou de suppôts de l’Entertainment ; mais plutôt des gens comme nous.

En sommes des gens normaux, avec des capacités normales possédant, peut être, un certain sens morale.

Cette présentation

Le but premier de cette présentation est égoïste car je l’utilise pour rédiger un code de bonne conduite vers lequel je souhaite tendre, une sorte d’ensemble de résolutions en somme.

Par ailleurs, je vous remercie du fond du porte monnaie, car cet exercice me permet d’économiser une à trois séances chez mon psy.

Ensuite, cette présentation a pour but de faire légèrement bouger la manière dont on peut percevoir nos congénères, les gens dans le métro, nos collègues, notre famille ou nos amis ; mais également nous même.

Je penses, que le monde est une sorte de grosse patte à modeler malléable sur laquelle, que nous le voulions ou non, nous laissons notre empreinte.

Cette empreinte n’est pas nécessairement négative et par ailleurs, elle peut tout à fait se révéler bénéfique pour peu que nous veillons à y prêter une attention particulière et que nous mettions nos comportements en action en ce sens.

Ce texte est une sorte de manifeste ; un engagement personnel qui tend à me pousser à me mobiliser pour prendre la mesure du rôle que nous jouons dans la préservation des écosystèmes dont nous faisons partie intégrante.

Humaniste ?

Je m’appel Étienne donc, et, en toute humilité… … je fonde de grands espoirs dans l’humanité.

Quand je parle d’Humanité, je ne pense pas à la politique, au pouvoir, à la recherche constante de puissance de profits ou de vitesse.

Dans Humanité, j’entends plutôt la recherche d’un épanouissement individuel et collectif, dans l’adoption d’une démarche qui tend nous voir comme des acteurs et actrices du monde qui nous entoure.

En fait dans Humanité, je nous vois nous, tous ensemble et tout ce que nous sommes potentiellement capable de construire.

Car Oui ! Nous avons un rôle à jouer dans le monde qui nous entours et j’entends bien m’inscrire en contre des messages dépressifs et obscurs du genre :

  • On ne peut rien faire
  • On n’a pas notre rôle à jouer
  • C’est pas nous qui sommes au pouvoir

Pour tout vous dire, bien que je sois assez d’accord pour dire que le monde tel qu’il est à l’heure actuel, renvoie un tableau de misère ; je ne peux me résoudre à cautionner ces idées reçues.

Ces messages déprimants servent de véhicules à un immobilisme généralisé et confortable.

C’est par ces idées reçues que les gens ne se mettent plus en mouvement et deviennent les témoins passifs d'un écosystème écologique, social ou plus globalement humain en état de délabrement rapide.

Ils sont le reflet de notre inertie face au monde qui nous entoure.

C’est un petit peu comme si le train des engagements passait devant nous et que nous sommes tellement blasés qu’il n’y ait plus rien qui puisse nous motiver à tenter de prendre de nouveau ce train en marche.

Gardons en tête que la finalité n’est pas de sauter dans le wagon en marche, mais bien de ne jamais arrêter de courir pour tendre à rattraper le train de nos engagements respectifs.

Certaines personnes tiennent ces propos :

"C’est pas en votant une fois tout les 5 ans pour des pantins etc."

Avons nous besoin d’attendre l’arrivée prophétique de quelqu’un qui tiendrait ses promesses pour commencer à faire évoluer le monde qui nous entoure ?

–Dé–Sacralisation du pouvoir

Nous projetons souvent le pouvoir à la manière d’une pyramide.

Ho, la belle pyramide de pouvoir. © 

Ce n’est pas de mon fait, ce n’est pas mon schéma de prédilection, c’est juste un reflet de l’image du pouvoir tel qu’il est souvent dépeint dans notre sociétés, dans les entreprises ou dans les administrations…

À sa cime une instance qui incarne la notion de pouvoir…

Plus on descend dans la pyramide, moins les personnes ont l’amplitude de prendre des décision importantes.

À la base de la pyramide, des gens, vous et moi par exemple.

Ne nous trompons pas sur l’importance de la base et le rôle qu’elle joue dans ce schéma qui semble être à sens unique.

Ce ne sont pas les « élites » qui distribuent à la base, c’est bien la base qui supporte cet édifice et permet à cet ensemble de tenir.

Dans se schéma pyramidal, deux notions sont également importantes ; la densité et la distance.

Plus nous descendons dans la pyramide, plus la densité est importante.
Cette importante densité contraint psychologiquement les personnes à se figurer qu’elles n’ont pas d’amplitude de liberté pour être actrice du monde qui les entoure.

Cela renvoie à une sorte d'entravement des libertés par une densité croissante.

L’autre notion, la distance entre la cime et la base, soumet un éloignement entre ces deux parties.

Que ce soit pour la base ou la cime, la distance favorise un désintéressement de chaque partie l’une pour l'autre.

Nous sommes à un stade ou nous devons composer avec une image pyramidal du pouvoir, pour autant rien ne nous oblige de nous représenter ce schéma de cette manière.

Je le rappel, c'est un concepts, nous devons les manipuler, les déformer, les ajuster pour qu'ils nous permettent d'être un appui, non une gène.

Il existe un principe mathématique simple pour tenter de se figurer ce schéma pyramidal différemment et se mettre en disposition plus favorable à la recherche de la mise en engagement.

Cela consiste à étendre en largeur la base de la pyramide.

Ho, la belle pyramide avec une base étendue © 

Par ce biais nous bénéficions d’une base plus large, ce qui nous permet de lutter contre cette image de densité importante et nous offre un meilleur sentiment d’amplitude au sein de la base pour exercer notre liberté au quotidien.

De plus en étendant la base, nous réduisons cette notion de distance entre la cime de la pyramide et la base ; cela nous place en attention sur les autorités de pouvoir qu’elles qu’elles soient dans notre quotidien.

Ne pensez pas que je sois un partisan de l’ordre du chaos.

Je même à peine Anar, je ne saurais dire ; par contre je penses que nous sommes des êtres libres, responsables et que nous sommes tous potentiellement des exemples à suivre.

En vous figurant les états d’autorités de manière différentes vous faites également bouger vos états de libertés.

La Liberté est un concept souple et multiple, qui perd ses mues à mesure que nous en jouissons.

Pour nous approprier ces nouveaux espaces de libertés voyons comment nous en saisir et parlons des notions de « capacités », « talents » et de « pouvoirs » qui représentent les outils de construction de nos engagements.

Capacités, talents, pouvoirs

Petit, j’ai été fan de super-héros, mais je ne crois plus aux mecs en slip qui volent.

Pour moi une personne douée d’une capacité, d’un talent ou d’un pouvoir se résume à être face à quelqu’un qui possède une faculté qui m’est étrangère.

Prenons un exemple grossier pour nous figurer cette notion ; je croise parfois des gens qui apprécient manger des endives aux jambons, du surimi, des escargots ou encore des choux de Bruxelles.

Et bien moi, je suis proprement incapable de manger ces plats là.

Ces gens sont doués d’une faculté exceptionnelle car ils peuvent manger un plat que je suis incapable de manger.

Plus sérieusement, si on l’applique au monde du travail par exemple.

Autour de moi, des gens ont développés des facilités rédactionnelles, d’autres sont pourvus de talents pour le design ou l’expression graphique ; d’autres encore sont dotés de capacité organisationnelles…

Bien entendu, ces capacités ne nous sont pas tombé dessus tout crue dans le bec ; c’est souvent le fruit d’un labeur pour acquérir ce savoir faire mais la notion d’apprentissage n’est pas vraiment le sujet qui nous anime présentement.

D’une certaine manière cette propension à distinguer nos capacités et nos incapacités nous permet de mieux discerner le potentiel de personnage héroïque qui sommeil en chacun de nous.

Ces facultés qui nous distinguent sont importantes car ce sont des outils sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour mettre en action nos engagements

Ce qui est également important, c’est de savoir à quelles fins on met ces outils à contribution.

Ce qui est plus important encore, c’est comment utiliser nos facultés pour permettre aux autres d’utiliser les leurs au mieux.

La question qui vient donc naturellement ensuite, est la question du but ; le « pourquoi » ou le « à quoi faire ».

Tentons maintenant de percer le mystère qui gravite autour des valeurs morales.

Valeurs morales

En préambule, tâchons de nous poser sur un ensemble de bases communes et partons du postulat suivant.

Nous sommes tous pourvus de toutes les valeurs morales qui existent ; que ces valeurs soient positives, comme le courage ou la générosité où qu’elles soient négatives comme la crainte ou la cupidité.

Figurez-vous une valeur morale, comme un conteneur qui serait plus ou moins remplit selon notre comportement ou nos actions au quotidien.

Tentons un petit exercice de « Hacking ».

Le « Hacking », grossièrement définit ce qui consiste à détourner un objet ou un concept de son office initial afin qu’il soit utile à un autre but.

Soyons fou et mélangeons deux mondes qui sont rarement enclins à s’entrelacer ; à savoir la morale et la finance.

Partons du postulat que nous sommes tous, en qualité d’être humain pourvu d’une bourse des valeurs morales interne.

Chaque valeur morale est représentée par un cours propre au sein de cette bourse.

Nos actions et nos comportements au quotidien font varier ces cours des valeurs morales en chacun de nous.

Mieux encore, nos actions et comportements à venir seront influencés, en quelques sorte nourrie par les montants de ces valeurs.

C’est ainsi que cette bourse des valeurs morales internes contribue à tisser notre personnalité au fil de nos expériences respectives.

Quand nous nous mettons en action pour défendre les valeurs morales auxquelles nous croyons nous augmentons notre propension à nous porter en défenseur de ces valeurs à l’avenir.

Cela induit une notion importante qui attrait d’une certaine manière à l’apprentissage de l’engagement.

Là ou cela prends toute son importance c’est quand nous appliquons ces images au concept d’entités sociales.

Entités sociales

Une entité, telle que je l’entends est un individu ou un regroupement d’individus.

Ce concept d’entités sociales est important car il permet de comprendre en quoi nous avons réellement un rôle à jouer sur le monde qui nous entoure.

Chacun de nous sommes, tout à la fois, une entité individuelle, mais nous faisons également partie de plusieurs entités multiples.

Prenons quelques exemples d’entités sociales pour nous faire à l’idée.

Moi, Étienne, je suis une entité individuelle.

Ma famille est une entité multiple, tout comme le groupe de pote, de musique ou l’équipe de sport à laquelle j’adhère.

Au sein de l’entreprise qui m’embauche, le service et le sous service auxquels je suis rattaché sont des entités sociales multiples.

L’entreprise, l’administration ou l’association qui m’embauche ou à laquelle j’adhère sont des entités multiples.

En tant que citoyen, la ville, la circonscription, le département ou le pays sont des entités sociales multiples.

Là ou c’est encore plus rigolo, c’est quand on ajoute la notion de temporalité.

Ainsi je peux jouer et me dire que lorsque je prends le métro, les gens qui partagent la rame durant mon trajet ; ensemble, nous formons une entité sociale multiple.

Toutes les personnes présentes dans la salle, lorsque j’ai donné cette présentation, nous formions une entité sociale multiple.

Vous et moi, qui me lisez, nous formons une entités sociale multiple ; détachée peut être, mais tout de même, ce n'est pas rien ; enchanté par ailleurs.

Tous les habitants de la terre à un moment T. forment une entité sociale multiple.

Chaque entité multiple est habitée par une bourse des valeurs morales partagée.

La bourse morale individuelle de chaque membre du groupe fait fluctuer les cours des valeurs morales du groupe.

Ce partage des valeurs va donner le niveau moral moyen du groupe.

Si par exemple une personne a un très fort taux de générosité, elle va faire monter le cours moyenne de générosité des entités auxquelles elle appartient.

Le groupe sera alors plus disposé à s’inscrire en défense des valeurs les plus hautes et poussera ses actes en ce sens.

Pour prolonger cet exercice de hacking entre la finance et la morale nous allons sauter à pieds joints dans le concept de dette humaine.

Dette humaine

La dette humaine définit en une expression simple l’histoire de la relation qui s’est tissée entre deux entités.

Prenons un moment en préambule pour parler d’Histoire via le prisme du devoir de mémoire.

Le devoir de mémoire est important pour deux raisons, d’une part, nous ne sommes pas des poissons rouges.

Ensuite, nous laissons notre empreinte sur le monde, la société, nos collègues, nos amis, notre famille, sur nous même et nous en portons la responsabilité.

Le devoir de mémoire ne se réserve pas le luxe d’être l'apanage d'événements historiques tragiques ; il s’applique à chacun de nous dans notre quotidien.

Chaque acte, action ou comportement entraine son lot de conséquences.

Et je ne vous parle pas d’un hypothétique effet papillon pour lequel un battement d’aile pourrait faire péter Venus ; je suis trop pragmatique pour cela.

La dette humaine est le reflet des réverbérations de notre comportement au quotidien.

Par ailleurs, la dette humaine n’est pas forcément négative, c’est ce qui désigne le fait d’être tous redevables de l’histoire que nous vivons avec les autres.

Prenons deux exemples de dette humaine, l’un négatif, l’autre positif.

Ce sont des exemples, toutes similitudes avec des personnages de la vie réelle serait fortuites, voir Malte n'est pas le propos…

Exemple négatif : Thomas T, politicien, à hautes responsabilités ne paye pas ses impôts pendants plusieurs années et argue son manquement auprès de l’appareil fiscale par une phobie administrative.

Voici les conséquences potentielles de son acte sur les différentes entités multiples.

  • Avec lui même, entité individuelle, son vernis professionnel est ternie et perd sa place au gouvernement.
  • Sa famille peut potentiellement voir son niveau de vie baisser un petit peu ; pire, les membres de sa familles peuvent se faire railler au quotidien par les citoyens rattachés à la circonscription que ce monsieur gouverne.
  • Le gouvernement dont il a été limogé n’avait vraisemblablement pas besoin d’une casserole de plus à se trainer.
  • Sur ses électeurs, dont il a certainement élimé la confiance.
  • Sur toute la classe politique, dans son ensemble qui ressort encore salie par une nouvelle histoire.
  • Sur l’ensemble du peuple, nourrit d’un sentiment d’amertume et d’injustice.

Tout cela pour dire qu'il me semble, au vue de la dette humaine que ce monsieur a contracté, que ses enuis avec le fisc devraient être le cadet de ses soucis.

Prenons un exemple positif cette fois.

Bob E. est salarié dans une entreprise et après mûre réflexion, il a décidé de poser sa démission et de quitter son entreprise.

Il va en parler à son « manager », Gary, qui le prends en entretien individuel au cours duquel il tente de convaincre le salarié de rester.

À la suite de cette discussion Gary a bien compris que la décision de Bob est prise ; rien ne pourrait lui faire changer d’avis.

Gary souhaite alors bonne route à Bob et l’encourage même dans sa démarche, cela même si Gary sait que cela le met en difficulté sur les projets en cours et à venir.

Revenons sur les réverbérations de cet acte de la part de Gary le « manager » :

  • Avec lui même ; Il ne rumine pas, organise les choses, les projets et tente d’organiser l'avenir, la vie est belle en somme.
  • L’équipe dispose de beaucoup de temps pour se préparer au départ de Bob, la passation de projet et simple, plus important encore, le temps est pris pour que le collectif puisse dire « au revoir » à Bob.
  • Coté RH ; elle peut rapidement se remettre en recherche de nouveaux profils et préparer le départ de Bob.
  • Les salariés de l’entreprise sont en confiance avec l’entreprise car ils voient qu’un départ ne se passe pas forcément dans les pleurs les larmes et le sang
  • La direction ; gagne également en crédibilité si elle ne s’interpose pas.
  • Bob enfin ; qui part sur un souvenir positif et sera certainement disposé à conseiller l'entreprise autour de lui ; à aider Gary à trouver un remplaçant.
    Qui sait, Bob sera même peut être disposé à revenir dans l’entreprise si son expérience à venir ne le satisfait pas autant qu’il l’avait projeté.

Ces deux exemples de dette humaine nous montre que le comportement d’une entité sociale individuelle ou collective a des conséquences sur l’histoire qu’elle tisse avec son entourage.

D’une certaine manière, être responsable, c’est prendre la mesure des réverbérations que notre comportement produit au quotidien, même sur des circonstances qui peuvent sembler anodines.

La notion de dette humaine ne fait pas qu’exiger de nous d'entrer en accord avec les valeurs qui nous sons chères.

Plus important encore, elle exige de nous d’être attentif et conscient de potentiellement pouvoir être pris pour exemple.

La notion de responsabilité induit de manière sous-jacente la notion d’exemplarité.

Ce qui nous fait doucement glisser sur les terrains de l’influence.

Influence

Que nous le voulions ou non, nous sommes tous des Êtres sous influence.

Il est important cependant de distinguer emprise et influence.

Là ou l’emprise se fait sous la contrainte, dans l’absence de libertés, l’influence est la perception de quelque chose ou d’un concept qui produit une sorte d’adhérence.

Nous ne sommes pas qu’influencés par la publicité ou par la politique.

Il me semble que nous sommes socialement influencés par nos pairs, nos proches et les gens qui nous entourent ; qui font partie des entités sociales multiples auxquelles nous adhérons.

Ce sont eux qui animent nos débats, font vivre et évoluer nos pensées, nous donnent à réagir, nous poussent à nous mettre en action.

Je passes beaucoup de temps à regarder les gens ; donc.

Et dans le métro par exemple, c’est pratiquement immanquable.

Lorsque une personne fait la manche dans une rame de métro, il suffit qu’une personne donne pour que d’autres gens se montrent plus disposés à sortir leur portefeuille et donner à leur tour.

Comme si la plupart d’entre nous attendions patiemment l’approbation des autres pour faire le pas de passer à l’acte.

Si vous souhaitez faire évoluer le monde comme vous l’entendez, n’attendez pas de voir une personne prendre les devants, soyez cette personne ; assurément d’autres vous suivront.

Si je peux être influencé par un inconnu qui a donné à cette personne qui a fait la manche, cela veut également dire que je peux être un être influents grâce à mon comportement au quotidien.

Vue que je peux potentiellement être un exemple à suivre, je porte la responsabilité d’entrainer d’autre personnes dans mon sillon ; je dois donc prêter attention à mon comportement, sans relâche, même pour des situations qui peuvent me sembler anodines.

Ne nous méprenons pas, le devoir d’exemplarité ne s’applique pas qu’aux instances de pouvoirs, aux puissants, ou à des personnes qui jouissent d’une certaine notoriété.

Ces gens là sont des gens comme nous ; veiller à être une personne digne d’exemplarité est un devoir commun, il s’applique à chacun de nous dans notre quotidien.

Alors c’est bien beau de parler de tout ces concepts super capilo-tractés mais on sait tous que parfois, on se relâche.

Trop picolé la veille, un petit peu le blues, ou juste levé du mauvais pied et on relâche son attention.

Tout ça pour dire qu’il faut d’une certaine manière veiller au contexte dans lequel des situations interviennent.

Ces contextes peuvent être autant des aides que des battons dans les roues de notre quête d’attention au quotidien.

Prenons un moment pour en décortiquer un exemple.

Contexte

Reprenons cette image pyramidale, pour ne garder en tête que cette notion de densités importante à sa base.
Prenons un exemple, toujours dans le métro autour du thème des actes d'agression.

Figurez vous que nous sommes dans le métro, et que nous devons découvrir quel sera le niveau de probabilité pour qu’un témoin d’une agression déclenche l’alarme ; selon trois contextes différents :

  • La rame est presque vide,
  • La rame est à densité, disons habituelle,
  • La rame est bondée.

Si la rame est à densité habituelle, la probabilité est plutôt bonne pour qu’un témoin donne l’alerte.

Dans le cas ou la rame est presque vide, la probabilité chute drastiquement ; sans surprise car les témoins de la scène car ils se sentent plutôt isolés, manquent de soutiens potentiels et ne souhaitent pas être à leur tour agressé.

Là où c’est plus intéressant c’est dans le cas ou la rame est bondé.

Dans ce cas précis, le niveau de probabilité pour qu’un témoin sonne l’alarme est aussi bas que si la rame était presque vide ; par contre, ce n’est pas du tout pour les mêmes raisons.

Dans ce cas les témoins ne passent pas à l’action ni par un manque de courage ou par peur de se faire blesser.

Le groupe nivelle l’implication personnelle des individus ; qui délaissent au groupe la responsabilité de s’approprier de ce dont chacun est témoin.

À l’intérieur d’un groupe, chaque individu partage ses valeurs, mais il partage également les responsabilités.

L’individu laisse au groupe la responsabilité de se préoccuper de ce qui se joue ; au risque d’avoir à porter à plusieurs le poids de cette histoire collective.

C’est le contexte de groupe dense qui produit un effacement ou une dilution des individualités.

Il existe beaucoup d’exemples similaire pour lesquels différents contextes peuvent influer en faveur ou en défaveur de notre propension à nous saisir de ce qui se joue autour de nous au quotidien.

Conclusion

Bien qu’il soit difficile d’en prendre conscience, nous sommes tous et toutes potentiellement des héros du quotidien.

Nous laissons nos empreintes sur le monde, qu’elles soient positives ou négatives ; produites délibérément ou dans un état d'inconscience totale.

Que nous le voulions ou non, nous portons la responsabilité de la dette humaine que nous contractons chaque jour avec les différentes entités multiples et individuelles avec lesquelles nous sommes en interaction.

Tout comme le devoir de mémoire ne se réserve pas à des faits historiques exceptionnels et/où tragiques, le devoir d’exemplarité ne s’applique pas qu’à des personnes ou des groupes qui jouissent d’une certaine notoriété.

Ce sont des devoirs qui nous incombent à tous et à toutes, au quotidien.

Ne laissons pas filer le train de nos engagements sans tenter de le rattraper, il est temps d’entrer en défense des valeurs auxquelles nous croyons, sur un chemin qui tend à nous rapprocher de nous même et des autres jours après jours.

Merci à tous et toutes pour vos encouragements.

Références

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