AREVA LA HAGUE PERMIS D' EMPOISONNER AU TRITIUM

Tritium Kit Marker - Dangerous radiation © crnazvijezda

En préambule à la réaction de la Criirad concernant mon billet sur les rejets de tritium à l'usine de retraitement de la Hague, j'ai publié cette vidéo en Anglais qui montre les difficultés à détecter la radioactivité β du tritium. (le tritium est contenu dans l'enveloppe transparente en plastique du petit porte clés lumineux) 


Bruno CHAREYRON

Ingénieur en physique nucléaire

Responsable du Laboratoire CRIIRAD:

Compte tenu de l’opacité qui règne dans le domaine nucléaire en général et militaire en particulier, on ne peut exclure a priori une fuite liée par exemple à un sous-marin nucléaire, mais l’hypothèse à examiner en priorité concerne les rejets des usines de retraitement du site AREVA de la Hague.

 En effet, il s’agit d’une des installations les plus polluantes de France car l’Etat a autorisé AREVA à effectuer des rejets colossaux de substances radioactives dans l’atmosphère et en mer, et en particulier des rejets de tritium. Il s’agit d’un véritable permis de polluer (autorisation de rejet annuel de tritium en mer de 18 500 TBq selon l’arrêté du 10 janvier 2003 modifié le 8 janvier 2007).

L’arrêté de rejet du 10 janvier 2003 précise en outre  : « L'activité volumique moyenne quotidienne ajoutée des effluents rejetés en mer, après dilution à un kilomètre du point de rejet, sera inférieure à 4000 Bq/l pour le tritium et 200 Bq/l pour les radioéléments autres que le tritium. »

Les rejets dans le milieu marin sont effectués par une conduite sous-marine dont la partie immergée mesure 5 kilomètres (voir croquis ci-dessous extrait du rapport TSN 2011 d’AREVA La Hague). Le point de rejet n’est qu’à quelques kilomètres de la baie d’Ecalgrain.

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AREVA indique avoir rejeté par exemple 8 920 TBq de tritium en 2011. Cela représente 8 920 mille milliards de becquerels et une valeur 140 fois supérieure au rejet de la centrale nucléaire de Flamanville (63,5 TBq en 2011 selon EDF). Ces rejets entraînent une contamination « légale » de l’eau de mer et de la faune et de la flore marine. Il faudrait avoir les résultats de 2012 et 2013, jour par jour.

 La question de l’impact des rejets des usines de la Hague a été dénoncée par de nombreuses associations dont la CRIIRAD depuis le milieu des années 1990 (voir références ci-dessous), mais AREVA a réussi néanmoins à obtenir de l’Etat le maintien d’autorisations de rejet très élevées. Il y aurait beaucoup à dire sur cette question, par exemple sur la manière dont ont été conduits, en 1999, les travaux du GRNC (Groupe Radioécologie Nord Cotentin) pour statuer sur l’impact sanitaire des rejets des installations nucléaires du Nord Cotentin. Pour dénoncer ce processus, la CRIIRAD a démissionné à l’époque de ce groupe de travail, contrairement aux autres associations….

Pour aller plus loin dans l’interprétation des résultats particuliers publiés par l’ACRO, il serait bien évidemment utile de disposer de, puis d’analyser  :

-          les chroniques détaillées des rejets de tritium effectués par l’usine de la Hague et les autres installations nucléaires du secteur,

-          les résultats des mesures de tritium effectués quotidiennement par AREVA, dans l’eau de mer à Goury et dans l’Anse des Moulinets (ainsi qu’au large en 3 points),

-          les résultats des modèles de dispersion permettant de prédire l’activité volumique de l’eau de mer sur la côte à partir des rejets effectués au large.

 Note : pour mémoire voici une liste non exhaustive des études réalisées par le laboratoire de la CRIIRAD sur l’impact de l’usine de la Hague.

 

-           Contrôles radiologiques dans l'environnement des installations nucléaires de la Hague / CRIIRAD / B. Chareyron / Décembre 1995 / Etude réalisée pour Greenpeace.

-          Rapport d'étude N°970526 : Contrôles radiologiques sur des organismes marins à la Hague / CRIIRAD / B. Chareyron / Mai 1997 / Etude réalisée pour Greenpeace.

-          Communiqué de presse CRIIRAD du 11 mars 1997 : « Cap de la Hague –Anse des Moulinets. Du fait des grandes marées, pêcheurs et promeneurs ont pu être irradiés par la canalisation qui sert aux rejets radioactifs de la COGEMA ».

-          Communiqué de presse CRIIRAD du 26 mai 1997 sur l’impact des rejets radioactifs des usines de retraitement de la Hague sur le milieu marin.

-          Contrôles radiamétriques et prélèvements réalisés par le laboratoire de la CRIIRAD à la Hague / CRIIRAD / B. Chareyron / Mission de juin 1998 / Etude réalisée pour Greenpeace.

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