Evitons de fabriquer des djihadistes

 

Évitons de fabriquer des djihadistes

 

Face à la menace terroriste, tout le monde s’accorde à proclamer la nécessité d’un « état d’urgence ». Et une majorité écrasante de Français oublient ou font semblant d’ignorer qu’un « état d’urgence » est inéluctablement synonyme de « bavures » parfois très graves. Car jamais une police n’a été formée pour faire dans la dentelle. De plus le terrorisme barbare des uns nourrit les exactions musclées des autres.

C’est ainsi qu’on a vu le 19 novembre 2015 à Nice une unité d’élite en tenue de guerre faire exploser en pleine nuit la porte d’un appartement, habité par un « suspect » ayant le malheur de n’être pas un Français de souche. Il s’est avéré qu’il s’agissait d’une erreur d’adresse !

Ce n’est qu’un exemple parmi des centaines mais c’est ce genre d’opérations qui va alimenter la propagande diabolique et déjà terriblement efficace des recruteurs fanatisés de la guerre totale contre l’Occident. Ils vont hurler : « Voyez comme on bafoue notre liberté religieuse ! » Des jeunes, crédules, les croiront et partiront faire le djihad. Des jeunes, victimes d’abord avant de devenir bourreaux.

Et c’est ainsi que le piège qui nous est tendu va se refermer sur notre incroyable simplisme. Il n’est évidemment pas question de contester des condamnations rigoureuses de la justice ou de  nier la nécessité de mesures d’extrême précaution.

Mais ces mesures doivent être prises en y réfléchissant à deux fois, sans passion outrancière et sans précipitation démagogique. Il est intolérable de voir au plus haut niveau des responsables oublier de garder la tête froide pour se griser de déclarations lyriques, vengeresses et guerrières dans le but de flatter un électorat.  Il est particulièrement inadmissible de balayer d’un revers de main les avertissements solennels de juristes compétents et sages ou de chercheurs avertis.

Le risque est trop grand de voir le remède se révéler pire que le mal et c’est alors notre démocratie, déjà gravement mise à mal, qui va sombrer peu à peu mais toute entière dans un régime autoritaire, nourricier d’un fascisme dont on ne peut plus exclure la survenue.

Etienne de Saint Laurent  (Plestin-les-Grèves)

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