Macron : pourquoi ça ne peut pas marcher

On peut reconnaître à Macron une certaine nouveauté dans les formes mais il ne faut pas que cela fasse illusion et cache une continuité profonde avec les idées rétrogrades de ce qu'il est convenu d'appeler le néolibéralisme. Car Macron c’est toute une philosophie, -ou une idéologie- celle de la libre concurrence et de la compétitivité dans tous les domaines y compris les services publics.

 

 

Macron : pourquoi ça ne peut pas marcher.

 

 

 

On peut reconnaître à Macron une certaine nouveauté dans les formes mais il ne faut pas que cela fasse illusion et cache une continuité profonde avec les idées rétrogrades de ce qu'il est convenu d'appeler le néolibéralisme. Car Macron c’est toute une philosophie, -ou une idéologie- celle de la libre concurrence et de la compétitivité dans tous les domaines y compris les services publics. C’est le libre-échange un peu partout à l’ échelle mondiale, y compris le projet trop peu connu de libre échange entre l'Europe et l'Afrique de l'Ouest (APE) qui va ruiner les petits producteurs locaux. C’est donc la guerre déclarée des prix. Mais en réalité c'est la guerre généralisée de tout le monde contre tout le monde. Celle des consommateurs contre les producteurs, des producteurs contre les distributeurs, des bus contre les trains, mais aussi la guerre de l'État contre les collectivités territoriales.

 

En clair cela signifie que tout devient marchandise monnayable et comptable et que l’être humain n’est plus qu’une variable statistique et numérique. C'est d'ailleurs dans cette logique que le citoyen lamda qui cherche désespérément une aide ou un renseignement par téléphone se heurte à la brutalité d'un robot phonique par définition in-humain.

 

Prenons l’exemple de l’agriculture. A force de vouloir produire toujours moins cher, le producteur de lait n’est plus payé pour le travail qu’il fait et des paysans broyés par cette inexorable compétitivité se suicident. Mais qu’importe pour ces productivistes : chaque suicide entraînera une nouvelle concentration et le prix du litre de lait pourra encore baisser de quelques centimes.

 

Autre exemple : Macron  dans le cadre de la loi Sapin 2 s’est montré un farouche partisan de confier la construction des hôpitaux (mais aussi des prisons, des aéroports et des autoroutes) à de grands groupes privés. (Voir à ce sujet l’excellent article de Martine Orange – Médiapart-12 juillet 2016) . Dès lors l’hôpital est géré comme une entreprise. Les médecins, les infirmières et tout le personnel doivent se soumettre à la logique de la productivité. Le malade doit être rentable ! Cela permet sans doute quelques économies « comptables » mais aux dépens de la santé publique et de coûts supplémentaires différés. Sans parler d’infirmières surmenées qui craquent et mettent fin à leurs jours.

 

           En matière d'urbanisme également, Macron  a frappé fort en faisant voter une loi  qui, sauf exception, interdit désormais la démolition d’une construction jugée illégale par les tribunaux. Un promoteur peut s'entendre avec un maire pour obtenir un permis illégal. Si une association dépose un recours, ce recours n'est pas suspensif, et le promoteur peut construire en toute tranquillité. En cas d'annulation définitive du permis la démolition est devenue impossible. Macron a donc fait voter une loi pour empêcher l'application de la loi!

 

         Certains semblent séduits par l’idée d’une autonomie accordée aux établissements scolaires et par la possibilité de leurs chefs  de choisir leurs enseignants. Pourtant c’est là encore prôner la libre concurrence et, à terme, créer une discrimination entre des écoles prestigieuses et bien dotées et les autres.

 

Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Un vrai service public est un service de solidarité entre tous les citoyens qu’ils habitent dans les beaux quartiers d’une métropole ou dans un petit bourg de campagne, ou encore dans une banlieue délaissée. Vouloir qu’un service public soit à tout prix rentable est un non sens et une régression sociale intolérable. Supprimer toute ligne de chemin de fer déclarée non rentable, signifie que les citoyens qui ont le tort d’habiter loin d’une gare TGV sont des citoyens de seconde zone, tous comme les mères forcées d’aller accoucher dans une lointaine maternité.

 

Cette pseudo-logique de la productivité et de la compétitivité, purement comptable, est au sens propre in-humaine et nous mène à la catastrophe. Hélas Macron n’a retenu des trois mots de notre devise républicaine que LIBERTÉ, négligeant les deux autres ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.

 

Les propagandistes de la « productivité », en plein accord avec l’idéologie macroniste mettent constamment en avant la réussite de l’Allemagne (en négligeant une réalité sociale pas vraiment exemplaire). Ils oublient simplement que dans un système de compétition tous azimuts la réussite des uns suppose l’échec des autres. Il est rigoureusement impossible que tous les pays aient une balance commerciale excédentaire… et tout aussi impossible que tous les pays fassent comme l’Allemagne ! On peut comprendre qu'une entreprise qui a remporté un marché s'en réjouisse, mais la contrepartie c'est que d'autres entreprises ont été évincées.

 

Aucun économiste sérieux ne peut ignorer que si le système économique néolibéral est menacé d’effondrement, c’est à cause de l’inégalité croissante et sans frein des revenus et des salaires. De même on est stupéfait de constater à quel point nos grands entrepreneurs ont oublié une loi économique élémentaire. S’ils veulent faire tourner leurs usines et vendre leurs produits, il faut que leurs salariés puissent les acheter, et disposent d’un revenu suffisant. Il est tout de même curieux que ceux qui croient à toujours plus de croissance soient à ce point illogiques. Comment continuer à prétendre que c'est le manque de souplesse du code du travail qui est un frein à l'embauche, alors qu'en réalité c'est avant tout la faiblesse du pouvoir d'achat.

 

Force est de constater que cette « philosophie » macronique est complètement à l’opposé d’une économie respectueuse de l’environnement et soucieuse de la sauvegarde de notre planète. On pourrait se réjouir de voir créer un ministère de la Transition énergétique et solidaire mais on ne voit vraiment pas comment deux conceptions aussi éloignées pourront se concilier. Rappelons pour ceux qui ne le sauraient pas que le ministre Macron a signé le décret autorisant une gigantesque exploitation de sable coquillier dans la Baie de Lannion, à proximité immédiate de deux zones Natura 2000 et de la réserve ornithologique des Sept-Îles. Ce serait la destruction catastrophique de toute la biodiversité marine. Il est vrai que le candidat Macron en tournée électorale à Quimper a osé affirmer qu’il n’avait rien signé ! Comment tolérer un tel mensonge ? De même le ministre Macron a apporté tout son soutien au projet d’une société canadienne visant à l’industrialisation de la filière or en Guyane avec des effets dévastateurs sur la forêt et la biodiversité.

 

Ce qui est probable c’est que le président Macron va lâcher un peu de lest, au moins jusqu’aux législatives pour rendre un peu crédible Nicolas Hulot. En fait renoncer à Notre-Dame des Landes ou fermer Fessenheim, par exemple, ce ne sont que des broutilles pour lui. Mais les ambiguïtés du mariage de la carpe et du lapin ne pourront pas durer très longtemps. Certains disent : « Attendons de voir… ». Mais quand ils verront, il sera trop tard.

 

 

 

 

 

 

 

 

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