En France, quand on entend le mot "design", on pense généralement à Philippe Starck, alors qu'il en est plutôt le contre-exemple...

Suite à l'article de ujamaa et surtout des commentaires qui montrent un réel manque d'information sur ce qu'est le "design", voici quelques informations issues d'un excellent livre, original, que je recommande à mes lecteurs : "Jeux de société".

J'en résume ici le contenu auquel j'ai choisi de donner le nom de "Dessein de vie". 

C'était le sujet d'un exposé que j'ai fait il y a un an dans une réunion franco-allemande de décideurs ayant pour thème le design. Je le partage avec vous dans son résumé le plus détaillé:

 

 © Jeux de société © Jeux de société

 

Depuis le début des années 2000 la globalisation, la rapidité de l'information et  Internet, ont précipité les processus de changement.

Les pays de culture latine ont des structures de type bureaucratique ou mécaniste, rationnelles et centralisées. Les entreprises de culture anglo-saxonne ont été les premières à avoir repensé leurs organisations. Elles sont maintenant suivies par l'ensemble des secteurs et dans la plupart des pays.

L'approche contemporaine de l'organisation définit une entreprise comme un système

Un système est « un ensemble d'éléments en interaction dynamique organisés en fonction d'un but. »  Ces éléments constitutifs de l'entreprise doivent en permanence s'adapter pour survivre. Une logique rationaliste ne peut s'appliquer à la vie d'un système complexe qu'est une entreprise.  Le management doit prendre conscience que l'entreprise est un système où des acteurs interagissent. Son rôle est de lier les hommes par une dynamique de partage d'un projet, d'un rêve commun, et non pas de les opposer.

Le travail du management est de mettre en sécurité l'ensemble des acteurs de l'entreprise.  Pour aller de l'avant, innover, chercher. Il faut leur donner cette liberté de "jouer la partie". La liberté fait partie du jeu. Sans liberté point de jeu, de plaisir, de désir.  Une entreprise où le dialogue n'est pas possible, qui n'offre pas de marge de manœuvre, ni de perspectives à ses employés, périclitera.

Quels sont les symptômes du manque de jeu ?

Le psychologue américain Rollo May situe quatre niveaux dans l'apathie, caractérisée par le retrait, l'impuissance, le désespoir, l'engourdissement en une totale indifférence

La violence contre soi ou les autres est l'exutoire final.  On constate cette progression chez tout individu, famille ou société - voir la situation de certaines banlieues en rupture - quand le dialogue n'existe plus.

Le rôle du manager est de garder la qualité du jeu en valorisant le travail par le dialogue. Il définit les objectifs, attribue des moyens, apporte son soutien, privilégie le collectif et la qualité de l'environnement de travail.   Il développe ainsi le plus puissant des moteurs chez chaque individu : l'estime de soi.  Quand elle est bâtie artificiellement sur les seules logiques opportunistes du marketing, des gestionnaires, de la concurrence effrénée, l'identité de l'entreprise se détériore.

Une identité n'est forte, et surfe sur l'environnement sans s'y noyer, que si elle se fonde sur l'humain.

L'entreprise a sa propre frontière-contact avec la complexité du monde dans toutes ses dimensions, culturelles, sociales, économiques, politiques.  Celle qui cherche le contact s'enrichit d'informations, crée de nouvelles aspirations socioculturelles, place ses produits et services sur les flux, acquiert une agilité, un sens de l'improvisation.  Complexité et complication sont deux situations qui s'opposent. L'une se fonde sur l'intelligence quand l'autre en manifeste le manque.   En système ouvert, ces cultures fortes génèrent de la performance.

Une culture sclérosée, un système fermé, étouffe toute velléité de changement. L'entreprise se sent sécurisée pour un temps, p. e. à la suite de grands succès.  Devenus rois du monde, le manager et son entreprise oublient leurs fondamentaux, l'écoute du marché, l'humilité, le travail de terrain, le processus de vente, les gestes décisifs.  "Se reposer sur ses lauriers, c'est comme prendre un moment de repos en marchant dans la neige. On s'assoupit et meurt dans son sommeil."   L'environnement extérieur devient une menace. L'affronter met en cause la bureaucratie existante.  L'entreprise bureaucratique n'a plus foi dans l'avenir, ne croit plus en elle-même. Les cadres sont désabusés.

Un parallèle est à faire avec le développement d'une entreprise et celui de notre cerveau.  Plus le contact avec l'environnement est riche, plus les ramifications des neurones se développent.  "Quand les entreprises restent figées dans un système fermé, le contrôle lancé comme une balle par le décideur vers l'environnement est renvoyé, c'est finalement le décideur qui est contrôlé par le système."

"Ce qui ne se régénère pas, dégénère" (Edgard Morin).   Les portes fermées existent avant tout dans la tête...

A contrario, une entreprise organisée en système ouvert, curieuse de son environnement, en contact permanent avec celui-ci, le questionnera, et se questionnera sans cesse.  Ces explorations et découvertes inspirent la création.  Résultat visible, les lancements de produits s'enchaînent.  Ce contact excitant avec l'environnement emporte l'adhésion de chacun, et renforce l'entreprise.

Un système ouvert requiert un management riche d'une certaine complexité. 

Dans la vision classique quand apparaît une contradiction  dans un raisonnement, c'est un signe d'erreur.  Dans la vision complexe, cela signifie l'atteinte d'une nappe profonde de la réalité qui ne peut pas être traduite dans notre logique.

Le manager utilise l'environnement, en tire avantage.  Il maintient ainsi l'équilibre de l'organisation.

Sa légitimité lui permet de rassembler ses collaborateurs vers une vision commune.  Pour animer la dynamique de l'entreprise, il fait partager un certain nombre de règles concernant les domaines de compétences et d'autorité, les processus de validation, de vérification.  Il porte une attention continue sur l'action, en suivant le jeu comme un entraîneur, conscient que son équipe doit réagir comme un corps vivant maintenant ses fonctions essentielles.  Il sait que "Les lois du jeu font l'essence de ce jeu."

Quelles sont les clefs d'une entreprise en système ouvert ? L'éducation, la détection et l'imagination.

Éducation  dans tous les sens du terme. Les nouveaux employés sont souvent mal reçus dans une entreprise. Le bureau n'est pas prêt, personne n'est disponible, rien n'est vraiment préparé...

La détection,  curiosité fiévreuse sur l'environnement. Détecter plus, plus vite que les autres : opportunités d'affaires, phénomènes avertisseurs, nouvelles technologies, talents, idées, etc.  Détection est synonyme de découverte.  Un bon pêcheur n’est rien s’il ne sait pas où est la rivière.

L’imagination. Le pouvoir de l'idée est fascinant, remet en cause les immobilismes, et cynismes.

Le rôle essentiel du manager ?

Donner l'amour de la confrontation. En y allant, en s'exposant lui-même comme un éclaireur. Sans exemplarité, personne ne suit.  L'enjeu des projets consiste à donner de la liberté, de la confiance, de l'autonomie.  La réussite sociale d'une entreprise est dans cette mutation de l'employé en citoyen.  

Beaucoup d'entreprises refusent de créer de peur de se recréer. Le manager ou l'employé en situation d'échec est montré du doigt. Un tort, l'expérience de l'échec est féconde. Celui qui prend un risque et perd est répudié. Le droit à l'erreur n'existe pas. Les transgresseurs ont toujours tort. Leurs idées seront récupérées par des suiveurs, fidèles affidés, qui s'en attribuent le mérite.  Dans l'entreprise, les hommes ne sont pas seulement là pour produire ensemble de la richesse, ils sont aussi là pour s'affronter, avec leurs stratégies personnelles sous-jacentes.  Logiques collectives contre logiques individuelles.

Seul le manager est en mesure de réguler ces oppositions.  On ne peut pas gagner une course sans bonnes conditions d'entraînement, d'équipement, sans une équipe autour de soi.  Le talent seul ne fonctionne pas longtemps, ni une équipe sans talent.  Philippe Askenazy propose de reposer le travail.

La juxtaposition de ces deux mots, repos et travail, semble antinomique. "Reposer le travail" veut dire soigner son environnement ergonomique et spirituel.

Faire son travail c'est bien, mais y croire c'est beaucoup mieux.  Pour cela, l'environnement de l'entreprise est déterminant.  Le manager stressé stresse. Le mode de management est au cœur de la problématique du stress.  Le manager doit se projeter dans le futur, le faire aimer, et surtout ne pas le transformer en un film d'horreur.   Oser, simplement oser, permet de gagner.  Aimer le futur est indispensable.

Un manager digne de ce nom doit toujours réprimander en tête à tête, jamais en public.  Le coup de pied aux fesses, c’est le mode de management le plus inadapté qui soit, par la menace ou la récompense.  Les deux premiers facteurs d'insatisfaction et de stress dans l'entreprise sont la surveillance et la réglementation.  Le contenu qualitatif du travail est constitutif des facteurs créant l’ambiance d’une entreprise.

Le professeur de psychologie sociale et organisationnelle à Harvard, Richard Hackman, a créé le MCT, Modèle des Caractéristiques du Travail. Le travail y est décrit en cinq dimensions :

1) la variété des compétences
2) l'identité de la tâche - quand elle est menée du début à la fin
3) l'importance de la tâche - son impact sur les autres
4) l'autonomie
5) le feedback

Ce sont les cinq dimensions du plaisir du jeu.

L'espace de travail a une influence directe sur l'humain.  Il est impossible de séparer organisation et espace, de séparer l'homme de son environnement.  S'installer dans un espace sans accepter de le créer, en y exprimant ses références, est aberrant.  La culture structure l'espace.  Les individus et leur environnement forment donc une culture.  L'aménagement intérieur de l'entreprise révèle son identité, sa personnalité, ses valeurs, sa vision, en un mot sa culture.

Une entreprise qui se veut attractive, désirable, afin d'attirer les talents et les clients, doit investir dans son imageDifférents publics traversent le contexte environnemental : employés, clients, medias, fournisseurs, sous-traitants, banques, pouvoirs publics, actionnaires, filiales, consultants, candidats à l'embauche...

Un environnement de travail de qualité est directement producteur de performance.  Il exprime une culture forte, renforce la motivation, améliore la communication, les conditions de travail, favorise le compagnonnage et le travail en équipe, au final la reconnaissance du talent.

Le design pour soi-même, pour sa propre entreprise, naît avant tout d'une réforme intérieure.  L'entreprise archaïque voit fuir ses clients, elle est moins consultée dans les appels d'offres. Le processus de momification est enclenché. Cette entreprise ne se regarde plus dans les yeux des autres.  Toutes les expressions d'une entreprise sont interconnectées entre elles, il en va de sa crédibilité. Un mot, une phrase, engagent l'entreprise, la reflètent tout autant qu'un lieu ou un produit. 

Pour se connaître une entreprise doit s'observer dans les yeux de ses différents publics. L'entreprise peut s'enrichir de rituels, en soigner les détails, offrir des "moments" à ses publics que sont :
- les employés, leurs familles, amis
- les filiales
- actionnaires
- fournisseurs
- clients
- consultants
- médias
- pouvoirs publics
- organismes financiers...

L'espace doit aimer ses publics, juste à temps, pas dans huit jours.  Demander à chaque entreprise où pourrait être son cœur, ce qu'il doit contenir, c'est commencer l'audit de son design.

Le design est exigeant.  Le visiteur regarde toujours le faire, écoute moins le dire. Regarder, à la différence de lire ou de penser, est un processus « omni-englobant ». Le corps fait partie du paysage.  Travailler dans une entreprise aux objectifs de design élevés commence par un travail sur son propre design. Cet œil qu'on porte sur soi.   Et comment vendre un produit transparent, simple, intelligent, élégant, si l'on n'essaie pas soi-même d'être un brin transparent, simple, intelligent, élégant ? Et vice-versa.

Le design n'est pas une question de bon ou mauvais goût, mais une recherche de qualité.

Comment le design qui par nature est contre toute "ornementation" peut-il collaborer avec la société du kitsch, de l'ornementation, du gadget, de la dissimulation, du maquillage, de l'effet d'annonce ?  La philosophe Isabelle Stengers a cette phrase :

« Reconnaître qu'il faut inventer, c'est déjà fabriquer une nouvelle esthétique. »

L'Allemagne, la Suisse, l'Italie, placent le design et son management au centre de l'entreprise.  En Allemagne le design est ancré dans la culture industrielle

Le Deutscher Werkbund  a été fondé en 1907 à Munich par Herman Muthesius. Il mettait déjà la notion d'esthétique industrielle en avant : 

« Choisir les meilleurs représentants des arts, de l'industrie, des métiers et du commerce ; coordonner tous les efforts vers la réalisation de laqualité dans la production industrielle, créer un centre de ralliement pour tous ceux qui ont la capacité et la volonté de faire des produits de qualité. »  

La doctrine esthétique et moderne du Deutscher Werkbund visait à favoriser une cohérence sociale.

Le design doit être enseigné au lycée ! Si un jeune n'est pas formé à la notion de qualité comment peut-il apporter de la qualité à sa propre vie ?

Les entrepreneurs ont appris l'anglais, le monitoring, le marketing, le merchandising, le controlling, le benchmarking... mais rien concernant le design et son management.   Il faut du caractère : les mouvements du design ont souvent été en conflit avec les pouvoirs en place, ou ont été détruits par ceux-ci.

Le design offre une autre voie pour les entreprises. Infiniment plus puissante que n'importe quelle théorie de marketing.  Le design sans interrogation morale perd son unité vivante.   L’éthique est à la mode. « Design » et « développement durable » sont souvent utilisés en vaches à lait, souvent avec cynisme. 

Mieux vaut utiliser les expressions «devoir de responsabilité», «sollicitation de la conscience», ou «interrogation morale».  Elle s’organise autour de l’authenticité de la parole, de la cohérence entre le dire et le faire.   Le design d'Apple est Apple.  Une entreprise est son design.

Le design a toujours existé, il appartient à tous comme l'écriture, ou la musique. 

« Le bon travail ne se conçoit que si l'on vit et travaille dans un environnement sain et agréable. Le bonheur réside dans l'artisanat : un ouvrier ne peut s'épanouir et être fier de son ouvrage que s'il participe à chaque étape. »    The Nature of Gothic

Extrait du livre Stones of Venise de John Ruskin qui constitue le credo du mouvement artistique et réformateur Arts & Crafts dont William Morris est le leader.  John Ruskin et son livre Unto This Last que Gandhi découvre :

« Voici tels qu'ils m'apparurent, les trois enseignements de cet ouvrage:

1- Que le meilleur de l'individu se retrouve dans le meilleur de la collectivité

2- Que le travail de l'homme de loi ne vaut ni plus ni moins que celui du barbier, dans la mesure où tout le monde a également droit à gagner sa vie par le travail

3- Qu'une vie de labeur - celle du laboureur ou de l'artisan par exemple - est la seule qui vaille la peine d'être vécue.»

Qu'est-ce que le design ?  « Ah... c'est le styyyyyyle ! »  

En novembre 1975, Jean Baudrillard faisait déjà le procès du design dans le Crépuscule des Signes. Il met à jour trois terribles contradictions :

1) Le design a été récupéré par la mode et fait la mode.

2) Le design a perdu de vue l'objectif social et politique du Bauhaus. Il s'est définitivement fait phagocyter par "le système", en étant le promoteur d'une hyperconsommation élitiste et artificielle.

3) Si le design s'occupe de la vie de ses objets, il ne se préoccupe pas de leur mort, et de la pollution gigantesque qui s'ensuit.
Les objets sont plus faciles à produire, à vendre, qu'à détruire.

L'analyse des mouvements de l'histoire du design met en évidence cinq constantes que sont 
1) la culture
2) la transparence
3) le respect
4) l'innovation
5) la simplicité

les cinq piliers fondateurs, interdépendants, de la maison design. 

Un design sans respect des hommes et de la nature n'est même pas pensable.  Le design authentique n'est que dépassement. Il provient d'une intention, il est le fruit d'une pensée.

Le design est une philosophie qui concerne tous les aspects de notre vie, à travers les mots, les signes, les personnes, les lieux, les produits et les services.  Cette philosophie demande un travail personnel.  Avant de penser au design pour les autres, il faut déjà commencer par son propre design, soit le dessein et le dessin de soi.  

Une méditation sur les cinq concepts : culture, transparence, respect, innovation, simplicité.   Que l'un des critères soit manquant, alors les guillemets s'installent autour du mot "design".  Le design ne peut être mutilé.

 

Le premier pilier de la maison design est la culture:

La première qualité d'un designer réside dans cette soif d'apprendre.  Le designer doit quitter la superficialité de son temps, et porter attention à son interlocuteur.  Ambassadeur de la civilité et de la politesse, le designer reconnaît de la valeur à l'humain et pratique un véritable art du social.  Il doit être curieux, comme si les événements de la vie ne le rassasiaient jamais assez, dans cette quête d'en apprendre un peu plus.

Le designer doit s'informer, comprendre clairement le contexte social, économique et politique.  Et pour qui, et dans quel but il crée.  Le designer "désigne" la liberté.  Cette liberté s'exerce dans le cadre d'une humanité partagée« Je travaille avec vous et nous nous aidons », devrait constituer la proposition du designer dès qu'il arrive sur un projet.  Comment aller vers l'autre ? Comprendre sa culture ?

Faire le mur de son propre mur, posséder l'art de l'attention en résistant à la tentation de juger, est un signe rare d'intelligence. 

Henri Meschonnic dans « Pour sortir du postmoderne » déclare : « Penser n'est rien d'autre que de travailler contre les clichés. Penser, c'est penser l'étranger... Puisque c'est retourner l'identité contre elle-même. Travailler à en sortir. A sortir.  Montrer que l'identité n'advient que par l'altérité. » 

Edward T. Hall : « Normalement il est impossible de dépasser sa propre culture. Cependant, la compréhension de nous-mêmes et du monde que nous avons créé, et qui à son tour nous crée, est peut-être la seule tâche vraiment importante que doive affronter l'humanité aujourd'hui. »

Comment comprendre ? 

Par le "que sais-je" de Montaigne, ce doute indispensable, courageux, qui permet de dépasser les pulsions, habitudes, évidences et endoctrinements. « L'ignorant doute peu et le fou ne doute jamais » disait Renouvier dans son Traité de psychologie rationnelle.

Le design, à sa source, n'est que doute, détachement de soi, découverte et reconnaissance de la singularité.  Une relation vraie sans superficialité ni manipulation.  Emmanuel Mounier appelle cela l'ascèse de la compréhension

Pourtant les progrès dans la compréhension de la Personne sont irréversibles.  La nounou venue du Sud, l'équipe cosmopolite, le mariage mixte, Internet, accélèrent les échanges de cultures.

Et s'il y a une personne devant comprendre l'altérité, c'est bien le designer.  Le design ne peut se développer qu'au sein d'une équipe interdisciplinaire, dans un monde de cultures entrecroisées.  La transdisciplinarité demande beaucoup d'efforts parce qu'il faut sans arrêt sauter au-dessus des murs de sa propre culture.  Un état permanent de re-création de soi. 

Le monde, lui aussi, se re-crée tous les jours.

Les "élites" ne marchent plus dans la rue. Pourtant celle-ci nous informe sur l'état de notre société : la rue est violente, embouteillée, bruyante, sale, irrespirable, mendiante, markétinguée, quadrillée par les agences bancaires, immobilières, les pharmacies, les hard discounts et les fast-foods.  Il est recommandé de marcher dans la rue.  Nous avons exploré le concept culturel, avec l'approche obligatoire de la culture de l'autre, et de la rue, pour "en" apprendre.  De l'autre côté, il y a la culture générale du designer, et sa culture du design.

L’architecte Prouvé s'exprime sur la question dans l'un de ses cours du CNAM :  « L'homme se doit d'être novateur. Il ne doit jamais copier et doit s'interdire le plagiat »  L'application de ces règles ne peut être efficace qu'en connaissance du passé prestigieux, qu'en imprégnation de culture.  L'objet comme chose complexe.

Selon la clairvoyance des choix, leur générosité, l'ingéniosité pour les traduire, la création produira ou non le plaisir du jeu.

- Apprendre
- lire le contexte
- élévation de la personne
- travailler ensemble
- faire le mur
- culture du design, de la rue, des virtuosités, des objets et des systèmes...

Voici la tentative d'exploration du premier critère du design : la culture.

 

La transparence, second pilier du design

Elle parle de liberté, d'accessibilité, d'honnêteté des buts dans les architectures physiques ou mentales.  Quoi de plus transparent que le vide, ce "rien du tout" ?  Toute forme, structure, tout objet existant, est modelé par l'espace.  Chaque forme a ses limites de dimensions : il n'existe pas de goutte d'eau comme une balle de tennis.  Le design dans la nature comme chez les humains est affaire de vide.

La nature exprime son époustouflante beauté dans une recherche constante de soustraction, soit la configuration de moindre énergie, le meilleur ajustement pour survivre.  Paul Valéry disait :

« Quelque chose est beau quand on ne peut plus rien enlever ».

La recherche de transparence, et donc du vide, et par conséquent d'écoulement, de fluidité, de mouvement et de liberté, a été le fil conducteur de l'architecture.  La transparence de l'espace est étendue jusqu'à la notion d'abstraction.  L'abstraction procure une infinie liberté.  Une architecture est un système d'éléments libres, en interaction, créés en fonction d'un but qui doit servir l'humain.   Un système ouvert procure de la liberté et du jeu, au contraire d'un système fermé.  Un système peut présenter (n'importe quel système: une tour de cinquante étages ou un photocopieur) plus ou moins de transparence dans ses buts.

Une chaise en plastique non recyclable qui ira directement à la benne ou à l'incinérateur, des recharges d'encre au final plus chères que l'imprimante, voilà un design qui a été pensé ainsi...  Des pièces détachées fragiles, nécessitant d'être remplacées fréquemment, à prix d'or. Il n'y a pas de hasard... Il y  a trente-six mille exemples de petites perversités.  Il existe des milliers de possibilités malhonnêtes de cacher un agent intrusif dans un système.  Tous les jours nous sommes confrontés à cette notion de transparence via une masse de systèmes déjà pensés, étudiés par le marketing afin de capturer.

La fidélité se subordonne au chantage : un appareil nouveau à moindre prix engage le consommateur dans un contrat prolongé.  L'expression "obsolescence préméditée" fait penser à l'expression "meurtre avec préméditation". Le designer américain Clifford Brooks Stevens est le père de l'expression planned obsolescence. Ce concept vise à réduire sciemment le cycle de vie des produits, et à provoquer sans cesse de nouveaux désirs de consommation, un nouveau statut ou confort, avec un produit plus récent,meilleur. Brooks Stevens y voyait un effet bénéfique pour l'industrie et le plein emploi.  Plus tard, ce système s'est révélé pernicieux par ses conséquences psychologiques, écologiques, économiques.

Ce qui s'opposera particulièrement à la perversion du marketing, sera la montée en puissance du consommateur.  Le bon design ne peut y voir que des avantages car il est par définition du côté du consommateur.  Gouvernements de droite ou de gauche ignorent le citoyen consommateur en ne lui accordant que peu de pouvoir.  Cependant le consommateur devient de mieux en mieux informé par Internet, et il commence par exemple à savoir où trouver les produits et entreprises qui le rendent libre.

Marketing et design s'opposent. Qui va tuer l'autre ?

On a depuis longtemps cru le design mort et enterré par le marketing et la com'.  Le design est politique dans le refus de la com' irresponsable, du scandale écologique, du software pervers, du composant toxique.  Le designer a toujours le choix de baisser ou de remonter le curseur de liberté.  Le concept de transparence concerne des milliards de systèmes sous forme de produits ou services, qui contrôlent et réduisent notre liberté, ou qui l'accroissent.

Le designer se confronte au marketing qui lui dit :

« C'est notre plus gros annonceur, soyez gentil avec lui...  Ce produit est un brin polluant ? Donnez-lui le nom d'un lagon polynésien...  Faites-nous une imprimante qui consomme encore plus de recharges, qui multiplie les achats, nous avons des usines à faire tourner, des actionnaires, des familles à faire vivre ! »

Le métier d'un designer est de se confronter à des choix politiques et à la force des pouvoirs.  Il faut mériter d'être un designer comme il faut mériter d'être un Homme… et non une carpette.


Troisième pilier du design : le respect

Le manque de respect tend vers la destruction de la vie.  Et le design respecte fondamentalement la vie.  Sans impératif de respect, le design est une arme dangereuse, il peut créer de beaux uniformes nazis.  Mies van der Rohe disait « le design doit servir la vie ».  Pour être utile, il faut commencer par prêter attention à cette vie.  Aimer la vie dans son universalité.

Le regard du designer doit embrasser toute la vie sans la mettre en tranches, portions, niveaux, fractions, divisions, sections, quotas, hiérarchies, classements, échelles, nomenclatures, espèces et catégories.  Il doit faire entrer la vie dans son travail et non le contraire.   Le design n'est pas une pensée pour soi, il est une pensée pour l'autre. Vie et design sont un, et l'objet conçu devient "une chose exquise de la vie".   Porter attention à l'autre reste une des premières règles d'un art de vivre, comme un code du designer.  Respecter l'homme passe par une réelle attention.

L'attention est une chose prodigieuse. Il suffit de placer son regard une seconde dans les yeux d'un enfant, ou d'un animal... d'un seul coup un lien se crée.  Nos yeux sont des interrupteurs, éteignant ou allumant la vie.  Il y a un art de l'attention, sous peine de rater le plus important, cet inventaire humain, écologique, technique, économique. 

Le designer sans attention passe à côté du sujet, de sa singularité, et tombe dans le standard, le classique, le quelque chose, la "tendance", le kitsch.

Écrits à partir de 1992 par William McDonough et Michael Braungart, en vue de l'Exposition universelle Expo 2000, les Neuf Principes de Hanovre réaffirment les responsabilités du designer.  Ces principes lui permettent d'adapter son travail à une perspective de développement durable.

1) Défendre la coexistence de l'homme et la nature
2) Reconnaître l'interdépendance
3) Respecter la relation entre l'esprit et la matière
4) Accepter la responsabilité des conséquences du design sur le bien-être humain
5) Créer des objets sûrs avec une valeur à long terme
6) Éliminer la notion de déchet
7) S'appuyer sur les flux d'énergie naturelle
8) Comprendre les limites du design
9) Chercher l'amélioration constante par le partage des connaissances

Le designer est tenu de choisir des matériaux dont la technologie de recyclage existe. Le design "après moi le déluge", c'est fini. 

Beauté n'est pas vérité - La bonté, c’est la vraie beauté.  Ce n'est pas parce qu'un ouvrage est bien fait qu'il est chargé de sens. Un pâtissier meilleur ouvrier de France peut faire des gâteaux superbes, mais pas très bons, alors qu'un autre pâtissier en fait de délicieux mais pas très beaux.  Il y a des objets que nous aimons, parce que le designer les a chargés d'amour.  Chaque produit ou service transmet un sentiment, une expérience, une image psychologique.

Les entreprises japonaises se demandent comment maintenir leur leadership. La plupart des produits sur le marché offrent les mêmes fonctionnalités, les créations sont rapidement suivies par des copies à bas prix.  Le Japon lance son industrie dans l'ère du design émotionnel.  Le « Kansei » (sensibilité) c'est le mouvement qui se produit dans le geste ou le cœur après une perception d'abord visuelle de l'objet.   «Kansei » est issu de la tradition japonaise : hospitalité, gestuelle, rapport avec la nature, qualité brute des matériaux, sens esthétique, simplicité, attention aux détails, aux couleurs, art de la fabrication.

La création est aussi dans le refus de plaire à tout prix, le contraire de l'artistiquement correct, le politiquement correct.  Un créateur sans identité n'en est plus un.  Le futur bouleversera notre relation avec l'objet.  Chaque concept constitutif du design est régulé par les quatre autres. Il ne peut y avoir de respect sans culture (respect de l'altérité, éducation), sans transparence (des buts), sans simplicité (ascèse, absence d'ego) et sans innovation dans la recherche de solutions adaptées.

 

Quatrième concept constitutif du design : l'innovation

L’innovation est l'application d'une découverte ou d'une invention.  On confond souvent innovation et créativité.  La créativité est à la portée du plus grand nombre.  L'innovation est magique, elle apporte une liberté en plus, du jamais vu, du jamais fait.  Une chose qui n'existait pas, le contraire absolu de la reproduction.

Il est impossible de séparer le design de la pensée.  Celui qui innove serait-il donc simplement moins aveugle ?  Le vrai créateur expérimente, tente, s'expose. Sa vérité naît parfois d'erreurs redressées.  Créativité fortuite, suscitée par la chance, une maladresse, une erreur, une rencontre, un imprévu. Encore faut-il être sensible au moindre évènement, chaotique, curieux...   Trouvailles majeures : la pénicilline, le Velcro, les antidépresseurs, l'imprimante à jet d'encre, le courant électrique, les rayons X, le verre de sécurité, le Téflon, la Super-Glue...

Le design refuse le modèle, le standard, le répétitif. A une question posée et dans un contexte donné, il cherche à trouver une solution particulière.  Invention et innovation ont à voir avec le merveilleux. Le designer rêve d'être un « Merlin l'Enchanteur ».  Il y a mille façons d'innover : un nouvel archétype, nouveau besoin, nouveau matériau, nouveau comportement, nouveau mécanisme, nouveau service... ou simplement gagner quelque chose, du temps, des m2, des m3, de l'argent.

 

Cinquième concept constitutif du design : la simplicité

La véritable idée réside dans sa splendide simplicité. Mies intègre le chaos dans le processus de développement. « La forme comme but mène au formalisme. Car cette aspiration ne vise pas un dedans mais un dehors. Or seul un dedans vivant a un dehors vivant »

Un grand nombre d'architectes ou de designers négligent l'inventaire des besoins humains et la réintégration de l'homme avec la nature.  La modernité n'est pas dans l'ego, elle est dans un projet apportant plus de liberté à l'humain.  Il est plus facile et agréable de s'écouter - on se réfugie dans le kitsch d'une création en système fermé.

La simplicité représente l'aboutissement des quatre concepts précédents. Être simple, c'est fuir le décoratif, l'artifice.  Religions et philosophies mettent toutes la simplicité en avant: L'ascèse évoque une vie sobre, faite de rigueur intellectuelle, et d'absence d'ego.  Ce qui ouvre moralement à la reconnaissance de l'autre. La nature a cette économie de moyens dans son architecture. Elle est généreuse mais pas dépensière.

"Le design cherche à faire le maximum avec le minimum de contorsions, de matière, de composants.  Le fameux « Less is more » illustre le paradoxe soustractif-perfectif de la simplicité.  Jusqu'à la notion de rien, de vide.  Une recherche de l'apesanteur.  L'homme cherche la forme suspendue dans le temps et l'espace... 

L'un des principes fondamentaux de la science : "Toutes les autres choses étant égales, la théorie la plus simple est la plus sûrement vraie."

L'architecte Toyo Ito explique la différence sur la notion de vide entre Occident et Orient

"En Occident quand on parle de vide, on pense à une cavité dans une roche.  Au Japon c'est le vide entre deux poteaux, le néant, le vide, le rien... Je vous parle : entre le mot que je viens d'émettre, et celui qui m'intéresse, c'est cet espace blanc que je trouve très important. »

Léonard de Vinci parle de la simplicité comme de "la sophistication ultime".

L'iPhone est un bon exemple de gestalt, un galet poli.  Pourtant, il sera inéluctablement dépassé.  En quoi le prochain iPhone sera-t-il plus moderne?  Par une simplicité soustractive : Exit l'encadrement métallique. L'iPhone se métamorphose en une piscine à débordement. 

Quel sera le prochain iPhone qui ringardisera le précédent ? L'iPhone Loukoum. Léger, souple, angles vifs et mous. Le regarder est un délice.  Le prochain du prochain ? Dématérialisé : un écran souple plaqué sur la peau.

L'iPhone d'après ? Le même, mais c'est un tatouage numérique. On en change comme on veut. 

Next iPhone ? Holographique. Dans tout espace. Petit ou grand volume. Sans barrières de dimensions, il peut s'agrandir ou se rétrécir à l'envi.

Le prochain iPhone ? Une image touch. Oui, touch... on peut toucher la joue de la présentatrice.

Le prochain iPhone ?  On entre dans l'image.

Le prochain iPhone ? Il n'existe plus comme on l'entend.

John Maeda introduit une notion clé dans son livre "De la simplicité" :   « … le mot allemand pour design est GestaltungTraditionnellement, les entreprises allemandes comme BMW, Audi et Braun ont recherché des solutions visant, grâce au design, à s'accorder parfaitement avec l'esprit. »

L'iPhone projette un archétype éternel. Comme un galet, un coquillage… Un héritage de formes inscrit dans notre patrimoine génétique.

La "gestalt" d'un nouveau produit pourrait répondre à une référence de forme en stock dans notre ADN, héritée de la nuit des temps. Un stock qui s'accroît constamment. De nouvelles formes s'engramment dans le cerveau.

Certains designers sont des chercheurs de nouvelles "gestalts".  La recherche d’un nouveau minimalisme, par la force des choses, celui de la frugalité. Nous n'avons plus le choix :

Muhammad Yunus compare la catastrophe écologique à la logique d'un cancer dont les cellules en croissance exponentielle détruisent l'environnement pourtant nécessaire à leur survie.

Un design de la dématérialisation : faire plus avec moins. Moins d'énergie, moins de poids, pour le produit, et tout ce qui l'entoure. Et donc moins d'ordures !  Car nous sommes entourés d'ordures ou de futures ordures. Penser simplement aux 10 milliards d'écrans informatiques en service.

Les mots commençant par la lettre R entrent en jeu : réduire, réemployer, réparer, récupérer, reconditionner, recycler, refuser. Le concept de dématérialisation pour un développement durable.  Protéger l'environnement, c'est recalibrer les entrées et les sorties dans l'industrie.  Concept de dématérialisation, appelé "éphéméralisation".  La Nature a choisi l'architecture qui lui permet de fonctionner avec le maximum d'efficacité et d'économie.

Le pain requiert de la farine, de l'eau et du sel.  Le design requiert de la culture, de la transparence, du respect, de l'innovation et de la simplicité.  Ces cinq critères fondamentaux et indissociables s'appliquent aux champs suivants : mots, signes, personnes, lieux, produits et services.  Une entreprise de télécoms ne peut vanter sa communication et étaler en même temps une situation sociale lamentable.  Tel acteur du nucléaire ne peut proclamer "l'énergie au sens propre", et faire la une avec des fuites radioactives.   Tous les champs du design sont interconnectés entre eux et doivent rester cohérents.

Concernant le champ de la « personne »:  un vendeur dans une nouvelle boutique, par exemple. Si son propos est compliqué, sans transparence, sans consistance, ni réelle attention sur les besoins exprimés par le client.  Que pensera le client ?

"L'attitude de ce vendeur ne correspond ni à la qualité du lieu, de la marque et des produits."

La marque aura investi beaucoup d'argent dans le lieu et le développement de ses produits pour voir ses efforts balayés.  Même démonstration avec un mauvais produit et un bon vendeur.
 

Autre exemple : dans sa pub TV, un groupe alimentaire vend une glace avec le slogan suivant "sans colorants, ni additifs, dans une boîte plus respectueuse de la nature".  Traduction : "jusqu'à présent, je vous ai fait ingurgiter des colorants, des additifs, et mes boîtes polluaient l'environnement."   Nous vivons une époque d'informalités où la com' peut se permettre, suivant le sens du vent, de dire tout et son contraire, d'annoncer sans faire, d'avoir une vérité pour soi, une autre pour les autres.   Le design porte toute son attention aux mots, aux signes car ils peuvent contaminer les autres expressions du design.

Le design engage à observer une discipline, mot souvent galvaudé (éthymologie : latin discipulus, de discere, apprendre).  Self-control,  auto-discipline, auto-critique, ce regard sur soi, s'adressent aussi à l'entreprise. 

Les expressions du design connaissent l'effet domino: quand une entreprise se conduit mal avec ses clients, cela se répercute sur son personnel. La perversité des contrats, le harcèlement commercial, l'absence de service (irresponsabilité, manque de formation, rigidité réglementaire), et une communication à sens unique, créent une agressivité de l'extérieur vers l'intérieur, et vice-versa. 

Tout facteur pathogène, un lieu, une pub, un produit ou un service, contamine comme un virus les autres champs d'expression du design global de l'entreprise.  Une entreprise n'atteindra jamais la maturité d'un vrai design sans passer par le nettoyage de ses contradictions multiples et affligeantes, mensonges indécents, petites et grandes perversités.  Atteindre un haut niveau de design c'est avoir le courage de parier sur l'intelligence des publics, sans les sous-estimer. 

L'entreprise doit avoir envie d'élever le niveau de qualité et d'expliquer pourquoi.

Beaucoup d'entrepreneurs disent "je ne veux pas faire de la qualité parce que mes clients sont idiots ou n'en veulent pas."  Erreur : le plus grand des plaisirs pour un client est celui de la découverte. Encore faut-il lui ouvrir la porte.  L'entreprise doit d'abord cesser de vendre son kitsch. Et de se mentir ainsi. Elle doit se convaincre de l'inutilité des moyens d'expression artificiels et toxiques.  C'est le moment de choisir entre le blabla et l'action. 

La première marche pour un design management placé au centre de l'entreprise?   Comprendre les fondamentaux du design.  Comprendre que le design management apporte une vision globale sur toutes les expressions de l'entreprise.

L'entreprise doit sortir de l'archaïsme du «coup par coup», de ses mensonges et contradictions. Le design est un tout avec une essentielle unité.  Pratiquement comment une entreprise peut-elle commencer ? 

L'entreprise s'apprend dans le regard d'autrui: ses publics, dont son propre personnel.  C'est un appel silencieux qui se développe au fur et à mesure du travail sur soi.  Chercher son design, c'est se débarrasser de ses corruptions exprimées par les mots, signes, personnes, lieux, produits et services.

Pour se connaître, l'entreprise doit faire l'effort de la déconstruction. En examinant toutes ses expressions.  Elle se débarrasse ainsi d'accumulations, stratifications, artificielles et coûteuses, du fatras de ses distractions.  L'entreprise recherche ses qualités authentiques. Ce qu'elle possède en propre, sa substance. Ce qu'elle est réellement, sur quoi elle est bâtie. 

Tous les langages sont analysés, qu'ils s'expriment en gestes, en lettres, en images, en m2, en m3, en sons ou en odeurs.  Les champs d'expression du design concernent les personnes, mots, signes, lieux, produits et services.

L'audit - sous la forme d'une grille de lecture - filtre les cinq champs du design au crible des cinq critères : culture, transparence, respect, innovation, simplicité. Un "connais-toi toi-même".

Surtout pas de questionnaire, juste une simple discussion.  Les entreprises avec un haut niveau de design management n'ont pas besoin de chartes, règles et procédures. L'essence est sous-entendue, rémanente, comme un constant rappel à soi.  Chaque employé est porteur, mieux, un ambassadeur du design de son entreprise.

Le but du design management : des produits, des services, lieux, mots, messages qui offrent du jeu, de la liberté à l'utilisateur, qui le transforment en acteur et non en spectateur.

Le futur passe par l'Histoire. D'un produit, d'un service, d'un homme, d'une marque qui racontent quelque chose de vrai.  Le design management n'est pas une bouée de secours, c'est la façon la plus performante de diriger une entreprise moderne.  Le design bien enseigné peut devenir un formidable moteur dans la vie de beaucoup de jeunes qui fuient la compartimentation du savoir, et le cynisme de la pensée.

La voie du design passe par l'humain.

Cet espoir de faire progresser la société des hommes construit le socle du design. Dans son double sens, le design porte son dessein, cet espoir en lui.

L'ère du design manager est venue.  Il aura un rôle central au sein de l'entreprise.   Ses sphères d'action : l'audit, la design strategy, la marque et son environnement, la conceptualisation et l'approche industrielle des nouveaux produits ou services.  Sans design management, l'entreprise ne sait pas qui elle est, mime tout ce qui semble fonctionner autour d'elle. 

Le portrait d'un bon design manager ?  Il oublie son ego, fait le mur de son mur. Ce designer se moque des modes et du consensus.

Il sait qu'il ne sait rien. Il est curieux, atypique, provocateur, politiquement incorrect, profondément optimiste

C'est un créateur de nouveaux modes de vie et de survie, un maître es-langages, celui des hommes, de l'architecture, de la nature... sans délaisser la conversation des marchés.  Il sait assurer la continuité.  Le changement pour le changement relève d'une hyperactivité théâtralisée. 

Le design manager sait que chaque entreprise a ses qualités authentiques sur lesquelles le processus de création se fonde.

 © Jeux de sociétés © Jeux de sociétés

 

Nous le voyons dans le schéma :

un « design audit » a un processus descendant, en partant des expressions du design en contact avec l’environnement extérieur. Tandis qu’un « design » ou une « design strategy » aura un processus de création ascendant en partant de la source.  Un processus de création constitutif du design. Comme fondations, les qualités authentiques.  Elles garantissent la singularité, l’originalité, de tout design.

 

Les entreprises, particulièrement en France, vont-elles se réorganiser autour du design management ? 

C’est un très gros changement de comportement qui est demandé.  Il faut qu'elles retrouvent leur identité, leur propre marge de liberté et le plaisir du jeu

Pourtant, ce qui fait que certaines entreprises sont les meilleures au monde, c'est que le design par essence les convainc de saisir leur singularité avec profondeur et de la transcender constamment.

 

Je vous invite vivement a vous procurer ce livre intéressant et bien documenté. Vous le trouverez sur amazon ou sur le site "Génie des lieux"

 

Jeux de sociétés

 

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Publié le 8 Octobre 2012

À la Première Ministre du Bangladesh Sheikh Hasina : Ces trente dernières années, la Grameen a permis à des millions de femmes et de familles au Bangladesh de briser le cycle de la pauvreté, en incarnant le fer de lance de la révolution mondiale du microcrédit. Vous pouvez maintenir cet espoir vivace. En tant que citoyens du monde, nous vous exhortons à empêcher le gouvernement de prendre le contrôle de la Grameen Bank, en commençant par obtenir le retrait de l’amendement qui permettrait au gouvernement de contourner le conseil d’administration élu pour choisir le successeur du Dr. Yunus.


Une femme puissante menace l'avenir de millions d'autres. Mais si nous nous indignons tous maintenant, nous pourrons secourir la “Banque du peuple”, qui est une inspiration pour le monde entier.

La Grameen Bank a permis de sortir des millions de femmes de la pauvreté, en leur accordant des petits prêts pour acheter le bétail ou l’équipement nécessaires pour monter leur commerce. Mais la Première Ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, a pris ombrage de ce succès. Après avoir renvoyé son fondateur Mohamed Yunus, prix Nobel de la paix, elle veut prendre le contrôle de la banque, tout ça pour faire taire un adversaire politique. Cette prise de pouvoir risque d’anéantir la banque et l’espoir de millions de personnes.

Hasina a été au centre de scandales compromettants dans le pays -- si nous y ajoutons une controverse de niveau mondial, nous la forcerons à reculer. Quand 1 million d’entre nous se seront mobilisés, Avaaz donnera le coup d’envoi d'une tempête médiatique au Bangladesh et partout dans le monde, afin de la pousser à renoncer à cette attaque vengeresse. Signez la pétition urgente :

http://www.avaaz.org/fr/save_the_world_best_bank_in_fr/?bYdoWab&v=18463