L'Economie légale est-elle encore possible ?

En premier, un petit rappel de la création des vraies banques en Occident, au delà des lettres de change pratiqué par les Grecs ou du système des bons à tirer utilisés par les Templiers et autres billets au porteur par la suite …

Le lieu : l’Angleterre. L’époque : fin du XVIIe siècle, avec l’arrivée au trône de Guillaume III d’Orange-Nassau, en 1688. Celui-ci autorise un certain écossais, William Paterson (1658-1719), à faire un emprunt public de 1,2 millions de livres. Son plan a réussit et la première Bank of England se crée, en 1694 ! A la suite de quoi, Paterson propose au roi, pour l’aider à payer ses dettes, de lui prêter 1,2 millions de livres en or, à 8%. Il ajoute une condition : qu’il puisse aussi émettre des billets garantis par une charte, à hauteur de la même somme, qu’il peut ainsi prêter aux citoyens à 8%… Ce qui fut fait ! Il y eut bien sûr après quelques hauts et bas financiers ! Mais qu’importe ! Puis, c’est en 1727, que la première banque commerciale classique voit le jour : la Royal Bank of Scotland.

Cependant, il fut interdit aux banques commerciales d’imprimer leurs propres billets, c’est pourquoi par la suite, elles créèrent les chèques, que l’on connait. (Pour la petite histoire, le tout premier chèque connu en Europe, fut pourtant émis à Pise, en 1374 !). Il est certain qu’ensuite, les emprunts de guerre et autres bouleversements géopolitiques et commerciaux, firent des couacs et de redoutables cracks  divers et variés dans le monde. Car même aujourd’hui, notre modèle économique DSGE (Dynamic  Stochastic General Equilibrium : modèle d’équilibre général dynamique et stochastique ) soit disant amélioré, ne parvient pas à prendre en compte les demandes de coopération, d’égalité ni  de conscience écologique. D’où l’émergence aux Etats Unis, du Green New Deal, porté par Alexandria Casio-Cortez et Bernie Sanders et inspiré de la théorie hétérodoxe la MMT (théorie monétaire moderne)... En effet, il est évident et indispensable de ne plus laisser les banques créer la monnaie, mais seulement les états. 

C’est le premier point… Il y a aussi une très importante face cachée dans l’économie mondialisée. Peu, ou partiellement évoquées : les pratiques criminelles qui infiltrent, soutiennent et sont même favorisées par les marchés dits légaux. Lire à ce sujet la maîtresse de conférences en économie (Université Paris 8), spécialiste de l’infiltration mafieuse dans l’économie légale, Clotilde Champeyrache (in : »La face cachée de l’économie. Néolibéralisme et criminalités » Puf 2019). Elle évoque et dissèque toutes les intrusions mafieuses peu visibles et acceptées, soit parce que le PIB d’un pays, en est dans certains cas, augmenté et donc recherché, (voir pages 49-52 :« Pour le SEC, Système Européen de Comptabilité 2010, la volonté de mesurer l’économie dite « non observée ». Depuis 2013, Eurostat, l’institut de statistiques européen, a exigé des pays membres de l’Union Européenne qu’ils intègrent certaines activités illégales au calcul de leur PIB. L’idée est que les activités illégales productives au sens économique du terme, doivent être prises en compte pour des raisons de comparabilité et de biais statistique… Elles sont donc considérées non plus sous l’angle de l’illégalité mais de la création de richesse. Les activités étant celles de la prostitution, de production et trafic de drogues, ainsi que la contrebande d’alcool et de tabac… Pour la France, depuis janvier 2018, l’INSEE a finalement accepté  d’intégrer les activités liées au trafic de drogues, mais refuse pour la prostitution. »  (!!!) Cette auteure révèle entre autre, comment la territorialité est l’une des bases incontournables de la mise en place des mafias, et se trouve être une des explications de leur si longue existence, si indéboulonnable. Et la liste est encore très longue lorsqu’elle évoque les déviances entrepreneuriales,  les pratiques bancaires illégales du off-shore, en mettant en lumière les micro-états connus bien sûr, mais aussi le petit état américain du Delaware, jamais mentionné, mais qui pourtant grâce a sa faible fiscalité accueille (page 217) : »Plus de 40% des entreprises cotées à la bourse de New York et plus de 60% des entreprises du Fortune 500 (les plus grosses entreprises américaines) sont domiciliées au Delaware… On y trouve notamment Google, Apple, JP Morgan Chase, Bank of America, Coca-Cola, Ford, General Electric… Aujourd’hui, le Delaware compte plus de sociétés domiciliées (plus de 1,2 million) que d’habitants ( 950 000). » … Elle aborde aussi les accords de libre-échange, qui sont perçus comme bénéfiques, alors que (page 261): »Le corollaire de cette fluidification du marché consiste en une diminution des contrôles sur la nature des marchandises, capitaux et personnes circulant… Dans l’optique  de dissimulation des marchandises illégales, les zones portuaires fonctionnants à flux tendus sont dans la ligne de mire. Plus le trafic y est dense, mieux c’est. Si l’état hébergeant le port, professe aussi une passion pour « la chose marchande » et le « doux commerce » alors il est probable que les obligations de contrôle sur les marchandises seront minimales, face à la perspective de devenir la première place portuaire d’Europe et d’accroitre le PIB du pays. » Les opérations de contrôle doivent être très vite effectuées évidemment, exemple (page 267) : »Pour un conteneur classique, le coût moyen d’un déchargement est estimé aux alentours de 1 OOO euros et peut prendre jusqu’à une journée de travail. Le rechargement impliquera la même charge de travail. »

On a bien compris … Il y a beaucoup de boulot pour redresser la barre et se retrouver dans une légalité équilibrée, respectueuse des droits de l’homme et de la nature ! De plus, à ces problématiques économiques, se juxtapose l’extinction très rapide des ressources terrestres, qui fondent justement une partie de notre économie. Petit tour édifiant de leur fin approximative et selon leur consommation en expansion non prévisible  : l’or métal en 2025, l’argent métal en 2030, les diamants en 2030, le plomb en 2030, le cuivre en 2039, l’uranium en 2040, le pétrole en 2050, le graphite en 2060, le fer en 2080  l’aluminium crée avec la bauxite en 2130… 

 

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