Les réformateurs prennent le pouvoir au sein du SPD

Der Putsch. Le titre en Une du site Internet de la Sueddeutsche Zeitung, ne pouvait pas être plus explicite dimanche soir pour expliquer le nouvel épisode qui a secoué les sociaux-démocrates allemands du SPD

Der Putsch. Le titre en Une du site Internet de la Sueddeutsche Zeitung, ne pouvait pas être plus explicite dimanche soir pour expliquer le nouvel épisode qui a secoué les sociaux-démocrates allemands du SPD : Frank-Walter Steinmeier, vice-chancelier et ministre des affaires étrangères de l’actuel gouvernement, sera le candidat du SPD au poste de chancelier lors des élections parlementaires de septembre 2009. Kurt Beck, président du parti a donné sa démission et Franz Müntefering, prédécesseur de Beck doit récupérer ce même poste, abandonné par lui-même il y a moins de trois ans. Les réformateurs du parti, proches de l’ancien chancelier Gerhard Schröder, ont repris les rênes d’un parti social-démocrate allemand sur la voie du recentrage.

 

Kurt Beck "court-circuité"

 

Toute l’histoire a démarré samedi. Le magazine Der Spiegel annonce alors que Frank-Walter Steinmeier sera l’adversaire d’Angela Merkel lors de l’échéance électorale de 2009. Une demie surprise : le chef de la diplomatie allemande bénéficiait, au sein de l’opinion, d’une côte de popularité beaucoup plus favorable que son adversaire au sein du SPD, Kurt Beck. Affaibli par plusieurs luttes internes au parti (pour poursuivre : http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/etudiants-cuej-fz/270808/en-allemagne-le-spd-deboussole), il n’avait plus aucune chance de mener le SPD sur la voie du succès pour les prochaines échéances électorales. La question n’était donc plus de savoir « qui » allait défendre les couleurs du SPD dans la course à la chancellerie mais plutôt de « quand » et « comment » l’annonce allait être faîte.

 

Au départ, elle était prévue pour la fin d’année. Mais les dissensions au sein du parti ont précipité la déclaration de candidature de Steinmeier. Dimanche, les principaux cadres et dirigeants du SPD étaient réunis pour un séminaire à Werder afin de préparer le programme du parti en vue de 2009. Or l’annonce de samedi par les médias de la candidature de Steinmeier et surtout les détails expliquant que Kurt Beck aurait été pressé par le vice-chancelier d’annoncer cette nomination, ont irrité le chef du parti. Voyant sa feuille de route « court-circuitée », estimant son autorité et sa capacité à mener le parti, une nouvelle fois, remises en cause, Kurt Beck a préféré quitter son poste et laisser le champ libre à Steinmeier ainsi qu’aux réformateurs du SPD.

 

Retour gagnant pour Müntefering

 

Toute la confusion de cette journée de dimanche peut laisser présumer d’un coup habilement mené par Steinmeier et ses proches pour prendre le pouvoir dans le parti. Selon plusieurs médias allemands, sûr d’être candidat après quelques discussions menées en privé, ce proche de Gerhard Schröder, dont il était le chef de cabinet à la chancellerie, devenait soucieux de se débarrasser au plus vite d’un Kurt Beck devenu totalement impopulaire et symbole d’un SPD en chute libre dans les sondages, incapable de gérer les dissensions internes entre l’aile gauche du parti et les réformateurs. La priorité était de stopper l’hémorragie (le SPD ne cesse de perdre des militants) et de donner un nouvel élan au parti (selon les derniers sondages, le SPD est à 26% d’intentions de votes contre 36% pour les unions chrétiennes-démocrates de la CDU-CSU). Même s’il s’en défend pour le moment, en « court-circuitant » les plans de Beck, Steinmeier a poussé ce dernier à la démission, et se retrouve désormais en homme fort du parti pour la bataille à venir avec la chancelière Angela Merkel. Il replace au passage le SPD au centre du paysage politique, donc éloigné d’une coalition SPD-Verts soutenue par le parti de la gauche radicale, die Linke.

 

L’autre grand gagnant de cette prise de pouvoir de Steinmeier est Franz Müntefering. Lui aussi est un symbole des années Schröder et de ses réformes rassemblées sous le nom d’ « Agenda 2010 ». Dès l’annonce de la démission de Beck, il s’est vu proposer une nomination comme chef du SPD, poste qu’il a déjà occupé entre 2004 et 2005. Proposition qu’il a acceptée et qui sera soumis au vote des militants lors d’un prochain congrès extraordinaire dont la date reste à définir. L’ancien ministre du Travail et vice-chancelier au sein de la Grande coalition s’était retiré du monde politique il y a un an pour s’occuper de sa femme atteinte d’un cancer et décédée l’été dernier. Il y a quelques semaines, il avait annoncé son retour sur la scène politique et participé à un meeting électoral en Bavière.

 

Dans l'héritage de Schröder

 

Avec la candidature de Steinmeier et le retour de Müntefering à la tête du SPD, c’est une victoire pour les réformateurs du parti social-démocrate et un recentrage évident en vue de la campagne à venir. En revanche, c’est une sévère claque pour l’aile gauche du SPD, favorable à un rapprochement avec la gauche radicale et qui compte malgré tout sur l’élection d’Andrea Ypsilanti pour reprendre du poids dans le parti. La chef du SPD dans le Land de Hesse tente, à la fin du mois, après un premier échec, de se faire élire à la tête du Land avec le soutien de die Linke. Ce serait une première dans une région de l’ouest de l’Allemagne et offrirait une possibilité de coalition supplémentaire pour le SPD en vue de 2009 en cas de réussite. Un cas de figure rejetée catégoriquement pour l'instant par le courant réformateur du SPD.

 

Débarrassé de l’image et de la présence embarrassante de Kurt Beck et disposant désormais d’un futur soutien de poids à la tête du parti avec la nomination quasi-acquise de Franz-Müntefering, Steinmeier a toutes les cartes en main pour relancer un SPD au plus bas dans les sondages et lui éviter une défaite historique en septembre 2009. Le défi à relever sera difficile mais sa position de vice-chancelier et de chef de la diplomatie donne à cet ancien juriste de 52 ans une position intéressante pour affronter Angela Merkel et sa popularité qui bat toujours des records. Reste à savoir si la gauche du parti jouera le jeu et acceptera les orientations politiques proposées par Steinmeier et Müntefering. Car le SPD est loin d’avoir soldé les années Schröder.

 

Lilian Alemagna

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