Sport : Bundesliga, Ligue 1, même combat ?

Les Français ont eu une semaine d'avance. Sept jours après la première journée du championnat français de football, la Ligue 1, c'est au tour des équipes allemandes de reprendre le chemin des terrains. Si la Bundesliga passionne toujours autant le public allemand, elle n'intéresse guère, comme la Ligue 1 française, en dehors des frontières de son pays.
Les Français ont eu une semaine d'avance. Sept jours après la première journée du championnat français de football, la Ligue 1, c'est au tour des équipes allemandes de reprendre le chemin des terrains. Si la Bundesliga passionne toujours autant le public allemand, elle n'intéresse guère, comme la Ligue 1 française, en dehors des frontières de son pays. A côté de la Premiere League anglaise, de la Liga espagnole et du Calcio italien, la Bundesliga et la Ligue 1 ressemblent de plus en plus à une seconde division européenne. Pourtant, loin des côtés ennuyeux de notre Ligue 1 nationale, le championnat allemand vaut encore le détour. Petite présentation de l'exercice 2008-2009 et des bonnes raisons qu'il y a de suivre la Bundesliga cette saison...

 

Olympiastadion de Berlin, le stade du Hertha, club de la capitale. Olympiastadion de Berlin, le stade du Hertha, club de la capitale.

 

Du jeu et des buts !

La plus grande différence entre la Bundesliga et la Ligue 1 se trouve sûrement dans la philosophie de jeu montrée par l'ensemble des équipes. En Allemagne, toutes les équipes jouent pour gagner et non pour ne pas perdre comme c'est souvent le cas en championnat de France. Les équipes, même à l'extérieur, pensent d'abord à attaquer et ensuite à défendre. Le refrain lancé par la grande majorité des entraîneurs des 18 équipes de Bundesliga : "récupérer le ballon et l'amener devant le plus rapidement possible". Le résultat : 859 buts marqués l'an passé, une moyenne équivalente à 2,8 buts par matches. La cuvée 2008-2009 semble prendre le même chemin. 29 buts marqués en 9 rencontres lors de la première journée, ce qui offre une moyenne de 3,2 buts... Ce jeu d'attaque offre des actions et des buts spectaculaires. La saison dernière, seulement 16 rencontres sur 306 au total se sont terminé sur un score vierge de 0-0, 48 matches ont connu cinq buts ou plus en 90 minutes. La palme revient au Werder de Brême, vainqueur 8-1 de l'Arminia Bielefeld et meilleure attaque l'an passé avec 75 buts. Petite parenthèse, si le championnat de France, à juste titre, paraît quelque peu ennuyeux dans le type de jeu présenté, lors de la saison dernière, 868 buts ont tout de même été inscrits en 380 matches, ce qui donne une moyenne de 2,3 buts par matches.

Mais retour de l'autre côté du Rhin. Pourquoi suivre la Bundesliga ? Parce qu'elle offre du beau jeu, des buts et remplit les stades. La saison dernière, les tribunes ont été remplies à plus de 86%. Au total, près de 12 millions de supporters se sont déplacés les samedis après-midi pour assister aux rencontres. Et le tout sans le moindre incident. La Bundesliga, à l'image de la Premier League anglaise, a réussi à conserver un public de passionnés qui vient encourager leur équipe en famille et à se débarrasser des hooligans dans les tribunes de première division. Entre-temps, ils se sont reportés sur les stades d'équipes amateurs, mais ceci est un autre débat...

Une star : Franck Ribéry

Et pour offrir du spectacle, il faut des joueurs. De bons joueurs. La star de la Bundesliga est française. Elle s'appelle Franck Ribéry. L'ancien Messin et Marseillais a été élu meilleur joueur par ses pairs l'an dernier pour sa première saison passée sous les couleurs du Bayern de Munich. Trois titres à la clé : Championnat, Coupe d'Allemagne et Coupe de la Ligue. Mais Ribéry n'est pas la seule belle attraction de ce championnat. Certes on est loin des Cristiano Ronaldo, Didier Drogba, Fernando Torres qui enchantent le championnat anglais et les soirées de Ligue des champions, mais on retrouve en Allemagne quelques belles surprises que l'on aurait bien aimé avoir du côté français à commencer par trois champions du monde italiens : Luca Toni (Bayern de Munich), Andrea Barzagli et Cristian Zaccardo (Vfl Wolfsburg). Le premier d'entre eux a terminé l'an passé meilleur buteur avec 24 réalisations.

A côté des Italiens, les Hollandais et les Croates, deux nations qui ont séduit lors du dernier Euro, sont également présents en nombre dans les équipes de Bundesliga. Pour les premiers, si Rafael Van der Vaart a décidé de quitter Hambourg pour le Real Madrid peu avant le début du championnat, il reste encore des internationaux néerlandais comme Nigel de Jong et Joris Mathijsen (Hambourg) ou encore l'une des révélations du dernier championnat d'Europe, le longiligne milieu défensif Orlando Engelaar, arrivée à Schalke 04 à l'intersaison en provenance du Feyenoord Rotterdam. Côté croate on retrouve des joueurs comme le défenseur Josip Simunic (Hertha Berlin), Mladen Petric et Ivica Olic (Hambourg) ou encore l'un des grands espoirs, Ivan Rakitic, 20 ans et meneur de jeu de Schalke 04. Et que dire des brésiliens ! Si Ronaldinho a choisi l'Italie et Robinho risque de retrouver l'Angleterre, l'Allemagne compte toujours dans ses rangs Diego (Werder Brême), meneur de jeu de la sélection brésilienne depuis deux ans, Ze Roberto (Bayern de Munich) avec ses 84 sélections sous le maillot Auriverde et 3 autres défenseurs internationaux : le capitaine Lucio (Bayern de Munich), le jeune espoir Rafinha (Schalke 04) et le défenseur central de Brême, Naldo.

Tous les vices champions d'Europe... sans Ballack

Mais contrairement au championnat de France qui voit ses meilleurs joueurs prendre le chemin de l'exil anglais, italien ou espagnol, l'Allemagne parvient à garder ses internationaux dans les clubs de son championnat. Les vice champions d'Europe évoluent, à deux exceptions près, au sein de la Bundesliga (seuls le capitaine Michael Ballack (Chelsea) et le défenseur central Christoph Metzelder (Real Madrid) jouent à l'étranger) et c'est généralement le Bayern de Munich qui accueille le plus gros contingent : Lukas Podolski, Miroslav Klose, Bastian Schweinsteiger, Philipp Lahm, Marcell Jansen et le dernier arrivé, Tim Borowski. Et cette saison, ils seront sous la houlette de leur ancien sélectionneur lors de la coupe du monde 2006, Jürgen Klinsmann. Cette présence des internationaux allemands mais aussi des espoirs à la porte de l'équipe première, renforce considérablement le niveau de jeu d'une Bundesliga contrairement à la Ligue 1 qui ne réussit pas à garder ses meilleurs éléments.

Et les Françaisdans tout ça ? Ils sont très peu à tenter l'aventure en Bundesliga, malgré les succès passés de joueurs comme Bixente Lizarazu, Johan Micoud, Willy Sagnol et aujourd'hui Franck Ribéry. Ils ne seront que neuf cette saison à fouler les terrains de première division allemande : Franck Ribéry et Willy Sagnol en Bavière, Mathieu Delpierre patron de la défense du Vfb Stuttgart, tout comme Valérien Ismaël à Hannovre, puis d'autres moins connus, l'ancien strasbourgeois Habib Bellaid à Francfort, Ibrahima Traoré au Hertha Berlin, Jean-François Kornetzky à Karlsruhe, Marc Pfertzel à Bochum et Christian Bassila dans les rangs de l'Energie Cottbus.

 

Le Bayern aura des concurrents

 

Les ingrédients sont donc là pour offrir une belle saison et s'y intéresser : une philosophie de jeu tournée vers l'avant, des buts, des internationaux dont des champions du monde, vice champions du monde et la quasi-totalité de l'équipe vice championne d'Europe et un public présent qui enflamme les stades à chaque journée. Mais l'expression française, "le football est un sport qui se joue à onze et à la fin c'est l'Allemagne qui gagne", pourrait s'appliquer de l'autre côté du Rhin en remplaçant "Allemagne" par "Bayern". L'an passé, les Bavarois ont pris la tête du championnat dès la première journée et ne l'ont plus quitté. Ennuyeux me direz-vous... Oui peut-être, mais cette saison, les autres équipes ont les armes pour contrer une formation entraînée désormais par Jürgen Klinsmann, lui aussi adepte du jeu vers l'avant et qui a révolutionné et rajeuni la sélection lorsqu'il en avait les commandes entre 2004 et 2006. Schalke se présente avec une équipe renforcée devant avec le Péruvien Farfan en provenance du PSV Eindhoven et dans l'entrejeu avec le Néerlandais Orlando Engelaar. Le Werder Brême a gardé l'essentiel de son effectif, mis à part Tim Borowski mais enregistre le retour d'un autre Péruvien, Claudio Pizarro. De leur côté, Hambourg et Dortmund, tout comme la jeunesse de Leverkusen ou de Stuttgart devraient poser de sérieux problèmes aux Munichois, désireux de conquérir un 22e titre de champions. D'ailleurs, si en France l'Olympique lyonnais est sans concurrent sérieux depuis quasiment quatre saisons et souhaite un 8e titre consécutif. Il convient de rappeler qu'en Allemagne, le champion 2007 ne s'appelait pas le Bayern, mais Stuttgart...

Des difficultés sur la scène européenne

 

Néanmoins, si la Bundesliga continue d'être plus attractive que la Ligue 1 (stades plus importants et plus remplis, budgets et salaires des joueurs supérieurs, plus d'argent pour les droits télévisuels), les équipes de ces deux championnats peinent sur la scène européenne. Les résultats en Ligue des champions ou bien en coupe UEFA sont révélateurs de leurs difficultés à concurrencer les meilleurs équipes anglaises, espagnoles et italiennes (voire portugaises, hollandaises et désormais russes) qui disposent de budgets de plus en plus importants et dépensent des sommes en transferts et salaires de joueurs que les meilleurs clubs allemands ou français ne peuvent se permettre. Pour tenter de rester attractif et de rester compétitif sur la scène européenne (celle qui rapporte le plus d'argent et le plus de sponsors), l'Allemagne, contrairement à la France, réussit pour le moment à garder ses internationaux et à faire émerger de jeunes joueurs prometteurs qui s'en vont ensuite dans d'autres clubs anglais, italiens ou espagnols (le Hollandais Rafael Van der Vaart est le dernier en date, le prochain sera peut-être Diego ou Ribéry). Mais surtout pour ne pas se retrouver avec un championnat sans Allemand et donc un appauvrissement de la sélection nationale, prenant exemple sur la France, les Allemands ont mis le paquet sur la formation. La 3e place à la coupe du monde, la finale du dernier Euro et la victoire des -19 ans cet été aux championnats d'Europe juniors avec des joueurs qui évoluent quasiment tous en Bundesliga illustrent l'attractivité de ce championnat qui lutte, comme le championnat de France pour se faire une place plus grande en Europe.

 

Lilian Alemagna

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