En Hesse, les sociaux-démocrates s’effondrent

Les Sociaux-démocrates ont perdu la première manche. A l’occasion des élections régionales en Hesse, coup-d’envoi d’une « super » année électorale en Allemagne, le SPD encaisse l’une des plus importantes défaites de son histoire : 23,7% des voix, soit 13 points de moins que lors du dernier scrutin. En 2008, les électeurs de la région de Francfort et Wiesbaden avaient déjà voté mais les partis avaient été incapables de former une coalition.

Les Sociaux-démocrates ont perdu la première manche. A l’occasion des élections régionales en Hesse, coup-d’envoi d’une « super » année électorale en Allemagne, le SPD encaisse l’une des plus importantes défaites de son histoire : 23,7% des voix, soit 13 points de moins que lors du dernier scrutin. En 2008, les électeurs de la région de Francfort et Wiesbaden avaient déjà voté mais les partis avaient été incapables de former une coalition.

Cette fois-ci, les chrétiens démocrates de la CDU arrivent largement en tête avec 37,5% des suffrages exprimés (+0,4 pt) devant le SPD. Suivent les grands gagnants de cette élection : les Libéraux du FDP avec 16,2% (+6,8 pts) et les Verts avec 13,7 % (+6,2 pts). De leur côté, la gauche radicale représentée par Die Linke confirme son entrée au sein du parlement régional de Wiesbaden avec ses 5,4%. A un peu plus de huit mois des élections parlementaires, les Sociaux-démocrates peuvent donc se faire du souci quant à leurs chances de victoire le 27 septembre prochain.

Une chute sans fin

 

Certes, cette défaite du SPD s’explique d’abord pour des raisons régionales. Selon les analystes, beaucoup d’électeurs ont voulu sanctionner le manque de cohésion du parti après l’élection de janvier 2008 et la volonté de sa dirigeante de l’époque, Andrea Ypsilanti, de se rapprocher de la gauche radicale. Les sociaux-démocrates avaient alors manqué la victoire pour 0,1%. Andrea Ypsilanti, avait tenté de constituer un gouvernement avec les Verts et les voix de Die Linke. Elle avait échoué par deux fois, victime du désaveu de quatre députés de son propre parti.

Mais en vue des élections parlementaires, ce scrutin confirme surtout la chute des Sociaux-démocrates allemands, incapables de battre la CDU dans les régions et d’atteindre la barre des 30% dans les sondages. Depuis cinq ans, le parti a été incapable de récupérer le moindre Land à ses adversaires de la CDU. Tout juste a-t-il gardé ses quelques bastions (Berlin, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Brandebourg, Brême, Rhénanie-Palatinat). Et son candidat à la chancellerie, le Vice-chancelier Franck-Walter Steinmeier, est toujours loin derrière la chancelière Angela Merkel dans les intentions de vote.

Fin de la Grande coalition en vue

 

En revanche, même si le résultat en Hesse est loin d’être un triomphe pour la CDU, les Chrétiens-démocrates se réjouissent du principal enseignement du scrutin : dans la configuration politique à cinq partis que connaît le pays depuis 2005, une coalition entre les Chrétiens-démocrates (CDU) et les Libéraux (FDP) est bel et bien possible.

Après les élections en Basse-Saxe l’an passé, ces deux partis confirment en Hesse qu’ils peuvent réunir suffisamment de voix à eux deux pour former une coalition et ce malgré l’arrivée de Die Linke en tant que cinquième force politique. Plutôt de bon augure pour le parti d’Angela Merkel qui aimerait bien bénéficier d’une telle situation au Bundestag en septembre pour éviter, soit de reconduire une Grande coalition avec le SPD, soit d’être contrainte à une négociation difficile en vue d’une coalition à trois avec les Libéraux et les Verts.

Plus de majorité au Bundesrat

 

Sur le plan national, la mise en place d’une coalition CDU-FDP en Hesse a également une conséquence sur la composition future du Bundesrat (chambre Haute constituée de représentants de chaque Länder). En effet, l’arrivée de représentants FDP supplémentaires au sein de la chambre des régions ôte la majorité absolue dont bénéficiait jusqu’ici la Grande coalition. En période de crise, un handicap supplémentaire pour la Grande coalition soucieuse de faire passer rapidement les réformes négociées entre la CDU et le SPD.

Toutefois, cette lourde défaite peut permettre au SPD de trancher enfin sur l’attitude à adopter face à Die Linke au niveau national : alliance ou rejet total ? En Hesse, les électeurs ont clairement sanctionné le manque de clarté sur le sujet et les querelles internes dans le parti. Cette élection passée, le parti dispose de 240 jours pour décider d’une ligne politique claire vis-à-vis de Die Linke et surtout d’un programme censé incarner une alternative crédible au camp CDU-FDP, lequel risque bien d’engranger les bénéfices de cette victoire en Hesse. Prochaine manche : le 7 juin. En même temps que les Européennes, plusieurs millions d’électeurs allemands sont appelés à renouveler leurs conseils municipaux.

Lilian Alemagna

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