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Billet de blog 27 août 2008

En Allemagne, le SPD déboussolé

La sociale-démocratie européenne est malade. "Sans programme, ni idées", "pas assez à gauche", "incapable d'incarner le changement", les critiques sont les mêmes à l'égard des Allemands du SPD qu'envers les Francais du PS.

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La sociale-démocratie européenne est malade. "Sans programme, ni idées", "pas assez à gauche", "incapable d'incarner le changement", les critiques sont les mêmes à l'égard des Allemands du SPD qu'envers les Francais du PS.

A l'image de leurs voisins, les sociaux-démocrates allemands sont divisés sur la tactique à adopter dans un paysage politique nouveau (à gauche toute ou bien parier sur le centre) et se querellent (à un degré moindre) sur des questions de personnes. A treize mois des prochaines élections parlementaires le SPD est crédité de moins de 25% des intentions de votes dans les sondages quand son adversaire et partenaire de coalition, la CDU, trône à 40%. Pour la première fois dans l'histoire de la République fédérale, le SPD compte, depuis juillet, moins de militants que sa rivale chrétienne-démocrate, la CDU. Tout cela sent fort le retour dans l'opposition après 10 ans de présence dans les gouvernements rouge-verts de l'ère Schröder (1998 - 2005) et de Grande coalition (2005 - 2009).

Cet été, trois événements ont remis un coup de projecteur sur le SPD, révélé ses difficultés actuelles et ses tiraillements entre aile gauche et aile droite du parti : la mise à l'écart de l'ancien ministre de l'économie Wolfgang Clement ; la volonté, une nouvelle fois affichée, de la chef du SPD en Hesse de former un gouvernement minoritaire avec le soutien de l'extrême gauche ; le retour au premier plan de plus en plus probable de l'ancien vice-chancelier Franz Müntefering dans le jeu politique.

Le cas Wolfgang Clement

Sa sortie avait été mal vécue par les sociaux-démocrates. Wolfgang Clement, ancien ministre de l'économie de Gerhard Schröder et porteur des réformes structurelles de l'Agenda 2010, s'était exprimé durant la campagne électorale des élections régionales en Hesse en janvier dernier contre le programme de la représentante de son propre parti. Clement avait vivement critiqué la politique énergétique proposée par Andrea Ypsilanti (renoncer au nucléaire et aux centrales à charbon pour investir dans le renouvelable) dans une tribune publiée dans le magazine die Zeit. Il avait également ajouté que s'il devait voter pour ces élections, il ne donnerait pas sa voix à la représentante de son parti. Ces propos avaient été vivement critiqués par l'aile gauche du parti (dont fait partie Andrea Ypsilanti) et affaiblis le SPD qui s'inclinait quelques jours plus tard lors du crutin en Hesse de 0,1%. Ces critiques étaient d'autant plus fondées que, depuis son départ du gouvernement après les élections de 2005, Clement est desormais membre du conseil d'administration de RWE Power AG, une filiale de l'entreprise d'électricité RWE et propríétaire de centrales à charbon et nucléaire.

Début août, une commission disciplinaire de la section SPD de Bochum (à laquelle appartient Wolfgang Clement) a décidé d'exclure celui qui, de 1998 à 2002 dirigeait en tant que ministre-président le Land de Rhénanie-du-Nord-Westfalie avant de prendre les commandes du ministère de l'économie au sein du cabinet Schröder. Cette exclusion a eu l'effet d'une bombe dans le milieu politique allemand et comblé le "Sommerloch" traditionnel dans les médias. Wolfgang Clement, après excuses publiques devant caméras de télévision, a fait appel de la décision auprès de la commission de discipline du parti au niveau fédéral.

La question de l'alliance avec les Linke

Même s'il est peut probable qu'elle soit effective (tous les haut-responsables du parti se sont prononcés pour le maintien de Wolfgang Clement au sein du parti pour les services rendus par le passé), cette exclusion illustre le malaise du SPD et les difficultés existantes entre l'aile gauche du parti et l'héritage des années Schröder. Depuis 2005, le paysage politique allemand a changé. Avec l'arrivée et le maintien, au moins à moyen terme, d'une force politique à la gauche du SPD (Die Linke, issue du rassemblement de l'ancien parti communiste d'Allemagne de l'Est, le PDS, et de formations d'extrême-gauche d'Allemagne de l'Ouest), le jeu des alliances est remis à plat et les sociaux-démocrates se trouvent désormais face à un problème de taille : comment se comporter avec Die Linke et comment assumer les réformes libérales des gouvernements Schröder, responsables de l'érosion de l'électorat de gauche (au profit de Die Linke) et de sa chute historique du nombre de militant ? A gauche toute ou bien jouer au centre, lieu où se gagnent traditionellement les élections en Allemagne ?

Le cas de la Hesse pourrait faire avancer le débat. Depuis fin janvier et les élections remportés sur le fil par la CDU, le gouvernement régional de la région de Francfort et Wiesbaden reste dirigé par le ministre-président sortant Roland Koch, qui ne dispose cependant d'aucune majorité avec ses alliés libéraux. Peu après les élections, la tête de liste SPD Andrea Ypsilanti a, de peu, manqué de se faire élire avec les voix des députés de Die Linke pour cause d'abstention d'une des membres de son propre parti. Cette volonté d'Andrea Ypsilanti de constituer un gouvernement minoritaire avec les Verts mais soutenu (sans participation) par les Linke avait alors déclenché les critiques de certains responsables de l'aile droite du SPD, dont d'anciens proches de Gerhard Schröder.

Loin de renoncer à ses chances, quelques jours à peine après l'affaire Clement, Andrea Ypsilanti a présenté une feuille de route visant à se faire élire ministre-présidente de Hesse et constituer un nouveau gouvernement rouge-vert avec soutien des députés de Die Linke. Cette fois-ci, beaucoup plus de retenue de la part de l'aile droite du parti (effet Clement oblige) et plus de discipline de la part de ses propres députés devraient rendre l'expérience possible. Cet épisode montre toute la difficulté qu'éprouve le SPD à trouver une position claire et commune quant à ses relations avec Die Linke. Officiellement, et avant les élections en Hesse, la position était la suivante: "oui aux coalitions dans les anciens Länder d'Allemagne de l'Est car les responsables sont compétents, non dans les Länder de l'ouest et au niveau fédéral car leurs revendications sont irresponsables". Seulement voilà, le SPD ne pensait pas voir Die Linke à 12% des intentions de vote aux prochaines élections parlementaires et passer constamment la barre des 5% lors des élections régionales donc rentrer systématiquement dans les parlements régionaux. Si Andrea Ypsilanti réussit son coup, cela pourrait aider l'aile gauche du parti à tenter de l'expérience au niveau fédéral dans treize mois si besoin.

Müntefering : un retour providentiel ?

Mais l'aile droite n'a pas encore abdiquée. Toujours convaincue qu'une élection en Allemagne se gagne au centre, elle souhaite poursuivre, à l'image d'hommes comme le vice-chancelier et ministre des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier ou encore le ministre des finances Peer Steinbrück, la politique entamée par Gerhard Schröder. Pour eux, en flirtant avec Die Linke, ce sont les électeurs centristes qui s'en iront vers les adversaires libéraux et chrétiens-démocrates. Tout comme le chef du parti Kurt Beck, ils pencheraient plus pour une "Ampelkoalition", c'est-à-dire avec les Verts et les Libéraux du FDP. Encore faut-t-il réussir à convaincre ces derniers de "lâcher" leurs partenaires de la CDU si l'occasion se présente. Pas si facile.

Un homme pourrait relancer la partie : Franz Müntefering. L'ancien chef du SPD, ancien ministre du travail et vice-chancelier de l'actuelle Grande coalition, s'était mis à l'écart l'an dernier du monde politique et avait quitté ses fonctions au sein du gouvernement pour s'occuper de sa femme atteinte d'un cancer et décédée en juillet dernier. Depuis, les proches de Müntefering annoncent son retour dans l'arène politique allemande. Un discours de soutien à la liste SPD en Bavière est déjà prévu et l'ancien chef du SPD devrait reprendre son poste de député au Bundestag. Certes aucun retour au premier plan n'est prévu : ni poste de ministre, pas plus à la tête du SPD. Tout juste la direction de la fondation social-démocrate Friedrich Ebert lui semble promise. Toutefois, dans une période difficile pour le SPD, il semble peu probable de voir un retour aux affaires de Franz Müntefering sans qu'il ne joue un rôle important en vue des élections de l'an prochain.

Manque de personnalité charismatique et de pragmatisme

Franz Müntefering serait une aubaine pour l'aile droite du SPD. Fervent défenseur d'une ligne centriste et refusant toute alliance avec Die Linke au niveau fédéral, proche de Gerhard Schröder, il était l'un des dirigeants du SPD les plus appréciés par les sympathisants sociaux-démocrates avant son départ. Or le retour d'un ancien acteur politique a toujours un goût d'homme providentiel. Qui plus est à un moment où la CDU capitalise sur la popularité dont dispose Angela Merkel et où les personnalités charismatiques depuis le départ de Schröder font cruellement défaut au SPD. Le chef du parti, Kurt Beck, est au plus bas dans les classements de popularité et Frank-Walter Steinmeier, le vice-chancelier, n'arrive pas à se défaire de son image austère de diplomate. Le choix du prochain candidat à la chancellerie semble mal parti.

Dans ce contexte, Müntefering pourrait alors jouer un rôle intéressant. Comme garantie politique d'un des deux hommes ou bien en tant qu'homme providentiel pouvant mener le SPD en campagne et lui éviter une défaite historique déjá annoncée. Mais le dilemne resterait alors entier : proposer une coalition avec le soutien de Die Linke quitte à prendre le risque de laisser les électeurs centristes aller en grande majorité vers la CDU ou bien jouer au centre quitte à retenter l'aventure d'une nouvelle Grande coalition sachant que la première aura été plus très douloureuse pour le parti et que cela encouragerait les électeurs de gauche à se tourner davantage vers Die Linke ? Peut-être est-ce tout simplement le manque de pragmatisme qui manque au SPD d'aujourd'hui. En son temps, le "libéral" Schröder n'avait pas hésiter à former un gouvernement avec l'ancien trotskyste devenu entre temps écolo, Joschka Fischer pour permettre à son parti de revenir au pouvoir après 16 ans d'opposition.

Lilian Alemagna

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