De la complémentarité entre l'internationalisme et le souverainisme populaire

Souvent critiqué par les libéraux assumés, le souverainisme n'est pas non plus à l'abri des attaques régulières des sociaux-démocrates et des anticapitalistes trotskistes. Pourtant, un souverainisme de gauche est nécessaire afin de passer de la mondialisation capitaliste à un internationalisme.

Le souverainisme : la grande peur des libéraux

 

Chez les organisations qualifiées traditionnellement de "partis de gouvernement", l'aversion pour le souverainisme est compréhensible même pour les moins politisés d'entre-nous. 

 

Une raison socio-électorale

 

Premièrement, le socle électoral des partis concernés (PS, LR, MODEM, LREM..) est composé, au moins en partie, des "gagnants de la mondialisation". Cadres du secteur privé, professions libérales, grands patronats [...] ces électeurs forment ce que S. Palombarini et B. Amable ont nommé le "bloc bourgeois" (dans un livre éponyme).

Minoritaire électoralement, le "bloc bourgeois" possèdent cependant un capital culturel ou économique très important. De même, ces derniers s'abstiennent peu (contrairement aux "perdants de la mondialisation" que sont les classes populaires) ce qui est se montre généralement déterminant lorsque les citoyens sont appelés aux urnes.

Conscients de tirer une partie de leurs réussites de la mondialisation, les individus composants le bloc bourgeois n'ont pas d'intérêt direct à mettre un terme au processus de diffusion du libéralisme. Il serait donc dangereux électoralement pour les organisations libérales de s'opposer à la mondialisation ou à ses effets. Car sachons le, la mondialisation aurait pu ne pas rimer avec le libéralisme triomphant comme nous le verrons plus tard.

 

Une raison idéologique

 

Au delà des considérations purement stratégiques des libéraux (que l'on retrouve résumées dans le rapport de Terra Nova "Quelle majorité électorale pour 2012?"), les organisations citées supra ont évidemment des raisons idéologiques de défendre ainsi la mondialisation.

En créant des interdépendances entre les États, la mondialisation a pérennisé le système capitaliste et a contribué à l'imposer partout dans le monde. Ainsi, la recherche de la "compétitivité" et l'accumulation des profits dans les mains de quelques uns sont légitimés par la concurrence internationale. Comment justifier la stagnation des salaires, la baisse des retraites et des dépenses publiques sans la pression exercée par la concurrence internationale ? Comment justifier la baisse des impôts sur les grosses fortunes de France sans la peur de l'exil fiscal rendu possible par l'absence de contrôle des capitaux ?

Ainsi, les libéraux et les capitalistes imposent leurs modèles aux pays récalcitrants grâce à la mondialisation. Petit à petit le monde s'uniformise et il devient alors compliqué de citer quelques pays non-capitalistes car il devient compliqué de pas être capitaliste.

 

Pourquoi les trotskistes et les sociaux-démocrates n'aiment-ils pas le souverainisme ?

 

"Les travailleurs n'ont pas de patrie" peut-on régulièrement lire dans le journal "Lutte Ouvrière". Ce principe explique donc que les trotskistes du NPA et de LO recherchent l'abolition des frontières et voient d'un bon œil la mondialisation.

Confondant le nationalisme d'extrême droite et le souverainisme de gauche, les trotskistes ont réussi une jolie conquête idéologique en faisant abandonner au PCF ses références à la patrie (jusque dans les années 1980-1990 le parti communiste tenait un discours clairement souverainiste). Plus important encore, les "anti-frontières" ont converti les sociaux-démocrates, dont le souverainisme n'a fait que décliner depuis le début du XIXe siècle pour disparaître [presque totalement] en 1983.

Le discours trotskiste sur le sujet se comprend aisément : une politique souverainiste, à l'instar de celle proposée par le Front National, ne s'attaquera qu'au libéralisme supra-national et non au système capitaliste national représenté en France par le MEDEF. Ainsi, le discours patriotique de la France Insoumise serait, aux yeux des fidèles de Poutou et Arthaud, une manière de ne pas parler des vrais problèmes : licenciement boursier, exploitation des travailleurs, dégradation qualitatif des services publics... Cela est bien évidemment faux.

 

Les deux formes de souveraineté

 

Au souverainisme nationaliste du Front National nous opposons en effet un souverainisme populaire de gauche. Basé sur l'idée que la souveraineté appartient au peuple, et non à l'idée fantasmée de "nation", le souverainisme de gauche est philosophiquement bien différent du chauvinisme de droite.

Ainsi, nous considérons que les délégations de souveraineté à l'Union Européenne ne sont pas un mal en soi. Le problème est que cette délégation s'est déroulée sans le consentement du peuple (référendum de 2005 rejetant le TCE) et dans le but d'organiser et d'imposer juridiquement le capitalisme et le libéralisme au niveau européen. La souveraineté du peuple n'est donc pas pleine et entière puisqu'elle est censée se plier désormais à la volonté de la commission européenne et du conseil des ministres européens (Junker, le président de la commission a dit par exemple qu'il "ne peut y avoir de vote démocratique contre les traités").

Autre différence importante entre le souverainisme de gauche et le souverainisme nationaliste, nous ne sommes pas opposés à ce que la France verse à l'Union des contributions financières plus importantes que ce qu'elle reçoit en retour. Cela uniquement si cette solidarité européenne est organisée dans l'objectif de participer aux développements des pays d'Europe du sud et d'Europe de l'est.

Nous sommes donc pour un souverainisme défendant le peuple français contre le capitalisme et le libéralisme international et non pour un souverainisme qui s'attaquerait aux autres peuples.

 

L'absence de souverainisme : une impossible lutte contre le capitalisme

 

A en croire les trotskistes, la France pourrait unilatéralement décider d'augmenter les salaires, de renforcer les droits des travailleurs français et cela sans prendre aucune mesure de défense contre la concurrence internationale déloyale et le capitalisme mondialisé.

Or, il est évident que sans barrière économique aux frontières de l'Europe et de notre pays, l'économie française serait balayée par la concurrence chinoise, indienne... Cela n'est pas faire insulte aux travailleurs chinois et indiens (qui ne sont pas nos ennemis). C'est simplement une forme de réalisme économique : nous ne pouvons sortir du capitalisme dans notre pays sans nous protéger des effets du capitalisme ailleurs.

 

De la mondialisation à l'internationalisation

 

Une fois les mesures de protection nationale en vigueur (refus d'importer des produits polluants ou fabriqués par des enfants, protection des industries stratégiques comme le fer, fin de la directive travailleurs détachés, création de normes favorables au développement de l'économie sociale et solidaire française, soutien aux petites et moyennes entreprises du pays...), nous pourrons ainsi passer à la deuxième étape de la lutte. Lutte pour un nouveau modèle économique humainement plus juste et écologiquement plus responsable.

Cela passera par le soutien à l'idée chinoise de monnaie commune (et non pas unique comme l'est l'euro) mondiale, par le rapprochement économique et culturel avec les pays méditerranéens, par la fin des politiques néo-coloniales en [France-]Afrique, par l'entrée des Antilles et de la Guyane dans l'Alliance Bolivarienne (précisons au passage que la France est déjà dans une alliance économique avec le Venezuela : l'AEC)...

 

Cela aura pour objectif de renforcer la coopération entre les peuples au détriment de la concurrence. Car effectivement, les travailleurs n'ont pas de patrie et le capitalisme crée une concurrence injustifiée entre les peuples (concurrence qui est responsable de la montée de la xénophobie).

 

 

Le souverainisme de gauche n'est pas l'ennemi de l'internationalisme : il est son allié

 

La France ne peut sortir du système capitaliste sans souverainisme populaire, et elle ne peut lutter contre l'asservissement des peuples sans internationalisme.

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