Aquarius - Journal de bord, le 1er février 2017
Mathilde Auvillain
Y., ivoirien, 26 ans, raconte les épreuves qu’il a traversées en Libye avant d’être poussé en mer à bord d’un canot pneumatique, et d’être secouru en mer par l’Aquarius le 13 janvier dernier.
Alors que l’Aquarius s’approche de Messine, les sommets enneigés des monts Nebrodi apparaissent à l’horizon. Un vent glacial balaye le pont arrière du bateau, les volontaires de SOS MEDITERRANEE et le personnel médical de Médecins Sans Frontières distribuent des tasses de thé chaud sucré aux 300 passagers qui grelottent.
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« Je me suis parti seul, je suis passé par le Burkina, la Côte d’Ivoire le Niger et puis la Libye pour arriver à Al Qatrun la première ville libyenne dans le désert. J’ai passé deux semaines pratiquement sans manger et sans boire. J’étais là-bas, sans aucun papiers, sans aucun document de valeur, traité comme une marchandise » raconte Y. Il explique qu’il s’est ensuite retrouvé dans un camp, où il n’avait droit qu’à « une cuillérée de nourriture et un pain par jour et rien jusqu’au lendemain».
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« En Libye, on nous traite comme des esclaves » explique Y. « On nous fait faire des travaux que des machines peuvent faire, tout ça pour une cuillérée de nourriture par jour. J’ai des traces dans le dos. J’ai été frappé. On me mettait un truc électrique sur la cuisse chaque matin. Et puis j’ai eu une fracture, je suis tombé, j’ai perdu connaissance. Mais il fallait que je retourne travailler. Ils ne nous payent jamais pour le travail que nous faisons, ils nous frappent. C’est pour tout le monde pareil. Et tu ne peux pas t’échapper. Il y a des enfants de dix ans, de douze ans avec des armes, ils nous chassent, ils disent « ici c’est chez nous » et ils n’hésitent pas à tirer »
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