Protection de l'enfance : mouvement d'inquiétude dans le Nord

Mardi après-midi, quelque 650 agents de l'Aide sociale à l’enfance ont manifesté devant l'hôtel du département, à Lille. Ils s'alarment d'un manque de moyens qui aboutit à la mise en danger de ceux qu'ils sont censés protéger.

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Je relatais hier dans ce billet  "L'appel au secours" des juges des enfants de Bobigny une tribune dans laquelle les quinze juges des enfants de Bobigny lançaient un cri d’alarme inquiétant, face à la dégradation des dispositifs de protection de l’enfance.

Les juges faisaient en particulier par de leur inquiétude dans ces termes : Le placement auprès de l’Aide sociale à l’enfance se fait heureusement sans délai. Mais c’est pour toutes les autres situations, que la prise en charge des enfants devient catastrophique, dans des délais d’attente aussi absurdes qu’affolants, par manque de moyens, dans le secteur éducatif. "Il s’écoule jusqu’à dix-mois entre l’audience au cours de laquelle la décision est prononcée par le juge des enfants et l’affectation de suivi à un éducateur. Près de 900 mesures, soit 900 familles, sont attente"

 

Libération - Ana Moran, 6 novembre 2018

Protection de l'enfance :

mouvement d'inquiétude dans le Nord

Ce Mardi après-midi, quelque 650 agents de l'Aide sociale à l’enfance du nord ont manifesté devant l'hôtel du département, à Lille. Ils s'alarment d'un manque de moyens qui aboutit à la mise en danger de ceux qu'ils sont censés protéger.

On apprends que de nombreux placement ordonné par la justice ne sont pas réalisés faute de place en structure d’accueil (en établissement ou en  famille d'accueil), cela dans un contexte ou le département du Nord, avec pour président Jean-René Lecerf [divers droite]», a supprimé 700 lits de foyers sur les 5 000 existants sur la période 2015-2018.

Rien que pour le secteur de Roubaix-Ville, 22 enfants sont actuellement en attente de placement. Pour la ville de Wasquehal, les agents de l’ASE en évoquent au moins dix. A Tourcoing-Mouvaux, le chiffre monte à 24 pour le mois d’octobre. Et le phénomène risque d’empirer : «Lors de la fermeture des 700 lits, on a essayé de replacer le plus d’enfants dans des familles d’accueil. Sauf que ces familles d’accueil ne se démultiplient pas à l’infini. Aujourd’hui, plus aucun assistant familial n’est disponible non plus

Judith Haziza, juge pour enfants à Lille et déléguée régionale du Syndicat de la magistrature pointe que d’un point de vue juridique, le département du Nord se trouve de fait dans une situation strictement illégale. «Lorsqu’on ordonne le placement d’un mineur, celui-ci doit être exécuté immédiatement. Si le département n’applique nos décisions que des mois plus tard, il est dans l’illégalité la plus totale».

Par voie de communiqué, le Syndicat de la magistrature a apporté son soutien officiel au mouvement social, «considérant que le manque de moyens matériels et humains alloués par le département à la protection de l’enfance a une incidence directe sur l’exécution des décisions de justice.» «Ce n’est pas à la justice d’adapter ses jugements en fonction du nombre de places disponibles en structures d’accueil. C’est à la politique départementale de s’adapter à la réalité du territoire et à nos décisions», souligne Judith Haziza.

 

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