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Billet de blog 11 juillet 2015

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Lettre d'Italie - Erri de Luca "L'histoire d'Irène"

Traduction par mes soins d'un billet  sur sa page facebook de mon amie Mariapia Metallo.Écrit qu'elle a eu l'amabilité de rédiger à ma demande à l'attention des lecteurs de ce blog. 

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Traduction par mes soins d'un billet  sur sa page facebook de mon amie Mariapia Metallo.
Écrit qu'elle a eu l'amabilité de rédiger à ma demande à l'attention des lecteurs de ce blog.

L'histoire d'Irène …… l'hommage d'Erri de Luca à la terre Grecque.
C'est une histoire profonde, intense, symbolique qui nous est ici racontée par l'écrivain, dans laquelle le souvenir de l'auteur trouve sa juste place à travers l'usage fréquent du flash-back et des digressions qui  ébranlent la tiédeur de notre époque.

Irène, du grec  Ειρήνη qui signifie paix, est une jeune fille de 14 ans. Orpheline dès l'enfance, elle a perdu ses parents durant un naufrage et son nom est le vêtement de son destin. Elle a été sauvée de la mer et de ses habitants. Pour les gens de son village elle est sourde et muette mais Irène, qui de nuit vit en mer et de jour sur terre, perçoit et produit des vibrations. Elle connaît le langage des dauphins et sait l'utiliser pour communiquer.


L'histoire d'Irène est une grande allégorie qui requiert une lecture et une réflexion attentives.

La mer est la métaphore d'un monde plus honnête en regard de la terre - la terre est haute et basse, elle n'offre pas le même sort à tous. La mer est plus juste, une vague s'élève plus que les autres puis elle descend. Les dauphins respectent parfaitement les concepts de partage et de fraternité jusqu'à même l'accouplement, il n'y a pas de suprématie. Ils embrassent ce dont les hommes  se moquent. La guerre s'enracinent là où les hommes endossent les vêtements de l'égoïsme, lèvent la bannière de l’indifférence et s'agitent dans une société qui a perdu le sens des valeurs. Il n'y a de guerre que sur terre, là où nous répétons parfaitement un « Notre Père » appris par cœur – donnes-nous aujourd'hui notre pain quotidien - quand dans le même temps en une journée nous recevons ce qui est suffisant pour longtemps.

Le raconteur d'histoires a besoin de parcourir un chemin tortueux que les critiques aiment à définir comme une page noire de l'histoire de l'Italie et du monde : la seconde guerre mondiale.

Ainsi comme cela arrive avec les poupées russes, l'histoire d'Irène nous offre un second récit, cette fois issue de la mémoire de Aldo De Luca, sous-lieutenant  des chasseurs alpins, père de l'écrivain. « Le ciel dans une étable » semble être inséré au beau milieu du livre sans raison évidente, mais témoigne combien la guerre peut être atroce et réduire la liberté à l'espace étriqué d'une étable, le logement parfait des bêtes de boucherie ou pire encore détruire nos semblables pour un stupide concept de race. Cela témoigne comment « dans le chaos il y a la compétition » et que tout ce qui compte c'est de survivre malgré tout, malgré tous, même de son propre sang. Mais là encore c'est la mer qui sauve, quand Aldo De Luca et cinq autres compagnons parmi lesquels un juif, serré contre la coque d'une petite barque,  rament dans le petit bout d'espace qui sépare Sorrento de Capri pour accoster dans un port salvateur et leur offre cette même liberté qui appartient aux dauphins ou a Don Saverio dans les dernières pages du livre.


Don Saverio est le protagoniste du dernier récit avant que l'écrivain donne place aux remerciements : « Une chose très stupide ».

Ce sont des pages chargées de tendresse et de tristesse celles qui décrivent le microcosme de Don Saverio qui, courbé sous le poids de ses 81 ans, partage le moisi d'une petite maison avec son fils, sa bru et son petit-fils.
A travers une prose quasi poétique, riche en métaphores, comparaisons et autres artifices techniques qui démontrent une travail stylistique attentif, l'auteur nous amène à réfléchir sur les maux que le bien-être de notre société produit, en nette opposition des lois simples de la nature.

Trois histoires en des temps et des lieux différents, unis par un seul fil conducteur, pour dénoncer le mal d'une société phagocytée par son propre progrès qui paradoxalement a conduit vers l'ingratitude et la guerre civile, comme celle de la Grèce ou militaire, comme toutes celles combattues par nos ancêtres au nom de principes trop souvent piétinés par l'égoïsme et l'indifférence.

Voilà pourquoi le baiser devient le symbole absolu de la gratitude et tous les protagonistes concluent leur  propre histoire avec ce geste.

Irène

                             embrasse

la mer lui offrant en cadeau la vie qu'elle portait en son sein.

L'ancien

                       embrasse

la terre lorsqu'il arrive sauf à Capri.

Don Saverio

                  embrasse

l'amande, graine de vie qui renaît dans son corps.

Erri De Luca    

             embrasse

la Grèce et sa langue, soldant ainsi sa dette grecque –

Erri De Lucca

Histoire d'Irène


[Storia di Irene]

Trad. de l'italien par Daniele Valin

Collection Du monde entier, Gallimard

Storia di irene

La Felrinelli

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