Belgique : Moi Dounia hébergeuse de migrants, arrêtée menottée emprisonnée

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Moustique - Gauthier De Bock, 9 novembre 2018

Moi, Dounia, hébergeuse de migrants, arrêtée, menottée, emprisonnée

.../... Dounia, 45 ans, célibataire, sans enfants. Professeure de chant, issue d’un milieu bourgeois, c’est une femme joyeuse, bien dans sa peau et à la carrière professionnelle épanouie. Un dimanche d’octobre dernier à 5h30 du matin, dans son appartement ixellois, elle est réveillée par des bruits et des faisceaux de lumière qui proviennent de la cage d’escalier. Une porte ajourée, qui donne sur le palier, condamnée par une étagère dans laquelle sont rangées des affaires de toilette craque puis cogne le meuble qui se renverse. Elle se lève, jette un œil dans la pièce voisine. Ses deux invités soudanais, âgés de 18 et de 25 ans, dorment encore, à poings fermés… Elle décide d’aller voir ce qui se passe dans le couloir et se dirige vers la porte d’entrée.

.../... J’ai ouvert la porte et j’ai dit: "Mais qu’est-ce que vous faites ?!". Et là, il y avait 15 policiers en gilet pare-balles qui rushent à l’intérieur. Deux ou trois m’ont sauté dessus, m’empoignent, me poussent contre le piano, et on me fait une clef de bras. Douloureuse, donc je crie. Immédiatement, ils hurlent à leur tour "Elle résiste, elle résiste! Note-le, écris-le, elle résiste !". La pression sur mon bras se fait plus forte, je crie encore. On me dit "Taisez-vous, vous êtes privée de liberté, vous avez perdu vos droits !".

.../... Ils les ont emmenés dans une pièce adjacente où ils les ont déshabillés, pris en photo, ils leur ont pris leurs empreintes en les chambrant méchamment, grassement. Puis c’est mon tour. Ils ne m’ont pas déshabillée. Face à l’appareil photo, j’ai fondu en larmes : j’étais "dans le film". Je ne voyais plus rien. Puis, ils m’emmènent dans des bureaux aux étages. On passe dans les couloirs tapissés de cellules. Je sens l’odeur.

Ca sent la peur – ça a une odeur, la peur – l’urine, les excréments, le vomi. Ca sent fort. Et à l’intérieur des cellules, c’est encore pire. Ils font sans doute exprès de ne pas nettoyer.

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