Fondazione Erri de Luca - Blog- le 16 décembre 2024
Ils reviennent
Les réfugiés syriens reviennent après des années d'exil et de campements frontaliers, dispersés entre les nations.
Ils reviennent en longues files aux frontières, identiques à celles de leur fuite, dans un sens de directions inversé.
Trois olympiades et demie se sont écoulées, quatorze ans, le temps pour faire hommes les enfants. Leurs statures grandies dans les camps de réfugiés n'ont pas l'air différentes, mais elles le sont. Des centimètres manquent aux vertèbres maintenues sous l'oppression.
Ils reviennent par le renversement du mal par providence, le tyran abattu à l’improviste.
Ils ont gardé les documents périmés et les clés de serrures rouillées.
Ils reviennent là où rien n'existe qui leur appartienne, sauf la langue, l'air, le cimetière et la prison vide.
Les arbres plantés dans le jardin ont poussé au milieu des ronces et de la nature indifférente,
Il faudra se débarrasser des fourmis et des toiles d'araignées, il y a beaucoup à faire dans le verbe revenir. Il y a beaucoup à oublier,
Ils sont le vestige à partir duquel un peuple grandira à nouveau.
Arrive le premier hiver à avoir à nouveau des droits.
L'histoire est inconstante, elle déboulonne les statues, elle met fin aux attentes et aux prières.
Leur « ainsi soit-il » se réalise parfois : et c'est ainsi.