« La Voix du Nord » et « Le Télégramme » refusent une interview collective de Macron

Le quotidien du Nord n’accepte pas la relecture des propos du président, qui a accordé lundi un entretien à la presse régionale.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/05/20/la-voix-du-nord-refuse-une-interview-collective-de-macron_5464707_823448.html?fbclid=IwAR0tZvfJ_aU73ghl8uH5NylIdvJxSiQgcgrGdpr67RlJk_vYrdbqCtHBh_8

lemonde.fr - Par François Bougon , Cédric Pietralunga et Sandrine Cassini,  le 20 mai 2019

La presse régionale se rebelle. Deux quotidiens régionaux, La Voix du Nord et Le Télégramme ont refusé de participer, lundi 20 mai, à une interview collective du président Emmanuel Macron. Ce dernier, de plus en plus engagé dans la campagne des élections européennes, avait négocié cet entretien consacré à l’Europe avec le Syndicat de la presse quotidienne régionale, qui regroupe une cinquantaine de titres, tels que Le Dauphiné libéré, Ouest-France, Le Parisien, Sud Ouest, Le Télégramme, et une dizaine de groupes de presse.

Les journalistes, qui se sont rendus à l’Elysée lundi, ont prévu de faire paraître leurs articles, pour certains, dès lundi soir sur leur site, sinon mardi, dans les éditions papier. Dans un Tweet, le rédacteur en chef de La Voix du Nord, Patrick Jankielewicz, a jugé qu’« à cinq jours du scrutin, cela perturberait l’équilibre du traitement de la campagne auquel nous essayons de veiller ». « Et la publication est soumise à la relecture préalable de l’Elysée. Donc c’est sans nous », a-t-il ajouté.

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lavoixdunord.fr - Patrick Jankielewicz,  21 mai2019

 

Élections européennes: Cette interview que vous ne lirez pas dans nos colonnes

Vous ne trouverez ni dans ce journal ni sur notre site l’interview complète qu’Emmanuel Macron donnait ce lundi à la presse quotidienne régionale (PQR) ou, plutôt, à une partie d’entre elle devrait-on écrire. Nous vous devons donc quelques explications. Neuf journalistes de « grands titres » régionaux, dont La Voix du Nord, avaient été conviés à poser leurs questions sur l’Europe au président de la République. Une interview d’une heure trente, encadrée de façon inédite puisque les participants devaient s’engager à coécrire sur place une version unique des réponses présidentielles, puis à la soumettre à la relecture de l’Élysée avant toute publication du texte validé.*

La PQR, c’est 18 millions de lecteurs, une soixantaine de titres, autant de lignes éditoriales et de pratiques différentes. À La Voix du Nord par exemple, depuis le 15 janvier 2018, nous n’acceptons plus la relecture des interviews avant parution, une demande quasi générale des politiques français de portée nationale dirons-nous. C’est notre décision, nous respectons ceux qui font le choix inverse avec des arguments qui s’entendent. En tout cas, cet engagement très soutenu à l’époque par nos lecteurs aurait suffi à expliquer qu’on laisse la chaise vide.

Mais une autre préoccupation nous habite : l’équilibre dans le traitement politique d’une campagne électorale. Même si les directives du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ne s’appliquent ni à la presse papier ni aux sites internet mais aux chaînes de télévision et aux radios, nous veillons à ne pas avantager une liste par rapport à d’autres. En s’invitant dans la presse régionale à cinq jours du scrutin, alors que son engagement pour la liste Renaissance ne fait aucun doute, il nous a semblé qu’Emmanuel Macron rompait cet équilibre essentiel * au débat démocratique. En tout cas dans nos colonnes, si nous avions décidé de publier ce texte.

 

* souligné par moi e.p.

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