Turin, la femme enceinte renvoyé à la frontière de Bardonecchia est décédée.

Les autorités françaises ont-elles perdu toute humanité ? : Turin, la femme enceinte renvoyé en Italie par la gendarmerie française à la frontière de Bardonecchia est décédée. L’enfant est né.

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La Republica - Carlotta ROCCI, 23 mars 2018


Hospitalisée à Sant’Anna elle a donné vie au petit Israel avant de céder à son mal.

Les secouristes : « Les autorités françaises semblent avoir oublié toute humanité ».

Elle s’appelait DESTINITY, avec son mari elle voulait rejoindre sa sœur en France.


Destinity essayait de rejoindre la France car elle était malade, savait que probablement elle arrivait au terme de sa vie et voulait que son enfant ait quelqu’un auprès de lui après sa naissance. Avec elle, la nuit du 9 février quand, au septième mois de grossesse, elle a tenté de passer le col de l’Échelle, il y avait son mari, nigérien lui aussi, demandeur d’asile. La gendarmerie française les a interceptés et ramenés en Italie. « Il les ont laissés devant la « saletta » * de Bardonecchia sans même sonner pour appeler et prévenir la doctoresse qui était de garde à l’intérieur », raconte Paolo Narcisi, président de l’association Rainbow4 Africa qui depuis le début de l’hiver a secouru au moins un millier de migrants à Bardonecchia.
Destiniti, 31 ans, allait mal. Elle n’arrivait pas à respirer ni même à rester assise, du fait d’un lymphome qui avait grandit dans sa poitrine. La femme a été transportée à l’hôpital d’abords à Rivoli et ensuite à Sant’Anna de Turin où elle a été hospitalisée plus d’un mois. Elle est morte dans la salle d’accouchement, jeudi dernier, tout de suite après avoir donné vie à un petit garçon, tout petit. Israel, c’est le nom qui lui a été donné à l’hôpital, pèse moins d’un kilo.
« Les autorité françaises semblent avoir oublié toute humanité - dit Narcisi – les transporteurs traitent mieux leurs paquets » Les gendarmes, au lieu de l’accompagner à l’hôpital voisin de Briançon, l’ont déposée devant la « saletta » comme on dépose un paquet », affirme encore Narcisi.
Il y a quelques jours on apprenait qu’un guide alpin français risquait jusqu’à cinq ans pour avoir secouru une autre migrante enceinte de plus de 8 mois.
Destinity et son mari avaient demandé l’asile en Italie. Lui pour quelque temps avait même trouvé du travail mais l’avait ensuite perdu et depuis peu ils avaient appris que la femme était malade. C’est pour cela qu’ils avaient cherché de rejoindre la France où habite la sœur de Destinity.
Elle est resté hospitalisée un mois à Sant’Anna, suivie par le service d’obstétrique et de gynécologie dirigé par le professeur Tullia Todros et par le service d’hématologie hospitalière des Molinette dirigé par le docteur Umberto Vitolo. Elle a été maintenue en vie le plus possible, pour lui permettre d’avancer dans sa grossesse. Le nouveau-né est maintenant hospitalisé en thérapie néonatale à Sant’Anna, dirigé par le professeur Enrica Bertino, assisté par le père, lui aussi repoussé à la frontière. « L’enfant va bien, bien qu’il soit né prématurément – explique Todros – nous avons essayé de porter la grossesse le plus en avant possible au regard de l’état de la maman. Lorsque nous avons décidé de le faire naître c’est qu’on ne pouvait plus attendre »
« Le bébé pèse maintenant 900 grammes. Au début il a eu besoin d’assistance respiratoire mais il va mieux. Il devient progressivement toujours plus autonome et nous sommes raisonnablement optimistes mais ce sera un processus long », explique Enrico Bertino de la néonatalogie.
Il y a le papa auprès d’Israel et tout le personnel hospitalier. Grâce aux soins en service de réanimation à Sant'Anna, du docteur Evelina Gollo, en une semaine il a déjà pris 200 grammes. Un miracle de la vie, dans la tragédie de la mort de la jeune maman, qui a laissé seul le jeune père pour prendre soin du bébé. Entre les médecins de Sant'Anna s’est créé une émulation de solidarité pour aider Israel et son père. »Nous participons volontiers » dit Narcisi, qui invite à ne pas avoir peur et à s’ouvrir à l’accueil. « Par-ce qu’un jour – conclut-il – ça pourrait nous arriver à nous aussi »
Chaque soir ils sont au moins une dizaine de migrants qui séjournent dans « la saletta » près de la gare de Bardonecchia …/… et où depuis décembre se succèdent à tour de rôle les volontaires de Rainbow4Africa ? Depuis quelques semaines il y a de plus en plus de femmes avec enfants, même petits, qui se présentent à Bardonecchia, où on arrive par train, pour tenter de passer la frontière. Bardonecchia n’est pas le seul lieu de passage : beaucoup tentent la traversée de Claviere à Montgenèvre. Là Benoit Ducos a été arrêté par la gendarmerie alors qu’il tentait de secourir une femme enceinte en plein travail. Les poursuites consécutives à l’intervention de la gendarmerie a donné lieu à une campagne de solidarité dénommée « la solidarité n’est pas un crime »

* « la saletta » : littéralement « petite salle », dispensaire? Refuge ?

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