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« Aucun ménagement à garder »: pour une autre histoire de la Mission Congo-Nil

Entre juillet 1896 et mai 1899, la mission Congo-Nil a mené le capitaine Marchand, treize militaires français ainsi que cent-cinquante tirailleurs africains, de Loango sur la côte Atlantique à Djibouti au bord de la Mer Rouge.

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Encore un très beau texte d' Olivier Favier qui nous rappelle que s'il est un traducteur d'italien hors-pair, il est aussi (d'abord ?) un historien qui sait restituer dans ses écrits toute la rigueur de ses travaux et qui a aussi la délicatesse de trouver les mots justes et de les mettre en forme pour nous y intéresser.

« Aucun ménagement à garder »: pour une autre histoire de la Mission Congo-Nil, par Olivier Favier

Entre juillet 1896 et mai 1899, la mission Congo-Nil a mené le capitaine Marchand, treize militaires français ainsi que cent-cinquante tirailleurs africains, de Loango sur la côte Atlantique à Djibouti au bord de la Mer Rouge. À cette « prouesse » s’est ajouté un face-à-face tendu au bord du Nil, à Fachoda, entre le corps expéditionnaire et les troupes britanniques de Lord Kitchener venues l’intercepter. Lors de cet épisode, on a craint un temps l’irruption d’un conflit armé entre les deux grandes puissances européennes en Afrique.

.../...

Nés après la guerre de 70, ils n’ont pas la germanophobie de leurs aînés -qu’on pense à Gallieni par exemple, qui, élève-officier, vécut avec stupéfaction l’effondrement du Second Empire en septembre 1870. Leurs ambitions coloniales alimentent en revanche un grand sentiment d’anglophobie. Surtout, ils sont convaincus que la colonisation civile et pacifique prônée par Brazza est -ce sont les mots de Marchand lui-même- « une politique négrophile dans toute sa prestigieuse pureté ». C’est d’ailleurs ce dernier qui précipite le renvoi de Brazza après avoir obtenu les pleins pouvoirs et le droit de faire réprimer la révolte des Batékés en 1896. Il écrit alors à Mangin, chargé des aspects les plus directement militaires de la mission:

« Je vous avertis que la région Comba-Brazzaville vous est livrée à discrétion, ainsi que ses plantations, récoltes sur pied, etc. Aucun ménagement à garder. »

 L’ordre est bien compris, et le chef de la mission agit en cohérence

.../...

Il faudrait surtout instruire le procès des atrocités commises en renversant les perspectives. Quelles furent-elles et quelles furent leurs ampleurs ? Comment furent-elles justifiées et qui en eut réellement connaissance ? Quel discours accompagnait et légitimait la mise entre parenthèses de toute considération morale ?

C’est à prix peut-être qu’on commencerait à comprendre que la « banalité du mal » était déjà longuement ancrée dans la civilisation européenne quand Hannah Arendt l’analysa lors d’un célèbre procès à Tel Aviv.

Comme l’écrit Sven Lindqvist:

« Et lorsque ce qui avait été commis au cœur des ténèbres se répéta au cœur de l’Europe, personne ne le reconnut.

Personne ne voulut reconnaître ce que chacun savait. »

Ce texte est la mise en forme d’une conférence donnée au lycée Faidherbe à Lille le 22 septembre 2016.

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