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Calais retient des migrants qui ne veulent que partir

La situation à Calais vue par Xavier Alonso, correspondant à Paris de la Tribune de Genève

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La politique française est malade de son rapport à la réalité. L’exemple de la jungle de Calais, parmi d’autres, l’illustre jusqu’à la caricature. Le plus grand bidonville de France, sinon d’Europe, ne cesse de grossir depuis des mois, et de François Hollande à Nicolas Sarkozy, tous les politiques avec une tonalité plus ou moins autoritaire assurent que la France respectera sa tradition d’accueil mais que tous les migrants n’ont pas «vocation à rester». L’euphémisme est risible. Car si les 10 000 migrants qui s’entassent à Calais ont une vocation, c’est celle de quitter la France. Ils veulent tous aller en Angleterre.

Le fameux système social tricolore? Il serait un puissant aimant pour ces déshérités du vaste monde. En vrai, ils ne le connaissent même pas pour la plupart. Eh oui, si les migrants s’entassent là, c’est parce que Calais est à 20 kilomètres de Douvres et que tous aspirent à s’y rendre. Un rêve, une nécessité ou un cauchemar qui se mesure en milliers de kilomètres de mer et de sable collés aux semelles. Alors les quelques kilomètres de cette si étroite Manche ne pèsent rien.

L’étrange accord du Touquet entre la France et le Royaume-Uni – il doit contenir une mystérieuse clause! – induit que les forces de l’ordre françaises empêchent ces aspirants au travail au noir en Angleterre de sortir de l’Espace Schengen. Alors que partout en Europe, de nombreux groupes d’extrême droite ne pensent qu’à les bouter à la mer, la France, elle, doit les retenir sur son sol. Ce serait cocasse, s’il n’y avait des vies humaines en jeu d’un côté et les relents fascisants de l’autre. Pour le coup, l’état français veut démanteler la jungle. Comme elle le fait depuis quinze ans à l’approche de l’hiver… Mais ces migrants replacés dans des centres d’accueil aux quatre coins de la France seront, pour beaucoup, de retour très vite à Calais ou ailleurs sur le littoral de la Manche. Contrairement à ce que veulent faire croire à l’opinion publique les populistes de tous bords, ces immigrés clandestins n’envahissent pas la France, ils ne font que passer.

Alors pour sécuriser le contournement autoroutier de Calais, où les migrants érigent des barrages pour tenter de monter dans les camions, la France construit un mur de 1,2 kilomètre. Soyons clair: il ne sera nullement dissuasif. Les prétendants à l’Angleterre attendront les véhicules quelques kilomètres en amont. A moins de prolonger ce mur jusqu’à Vintimille, la porte d’entrée sud du territoire français depuis l’Italie, cet aménagement est parfaitement inutile.

La solution est évidemment en Angleterre et passe par une renégociation des accords de douane. Tout le reste ne sont que mesurettes et agitation de campagne électorale. Les mafias et les passeurs continuent, eux, à prospérer.

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