A la manière de...

Et si Pierre Desproges était toujours parmi nous, que dirait-il? Voyons, plouf, plouf...

Et si Pierre Desproges était toujours parmi nous, que dirait-il? Voyons, plouf, plouf...

 

« Éclate mon courroux; assouvis toi ma haine; désaltère toi ma colère dans l’abreuvoir sans fond de la connerie humaine; écoule toi, écume de ma rage sur les très rédhibitoirement cons boursouflés de leur impunité crasse; écrase les, ma fureur, sous des Himalaya de mépris!

Bon, c’est vrai, je m’emballe un peu, moi d’ordinaire si plein de retenues élégantes confinées dans un dandysme confortable; assez éloigné des humains pour respirer un air libre de leurs fétidités et assez proche pour pouvoir acheter ma baguette chez le boulanger masqué. 

Mon aristocratique indifférence se fissure, public chéri, sous la double secousse provoquée par la prolifération des cons de tous âges et de toutes conditions et mon incapacité à les reconnaître pour les dénoncer aux brigades. En temps de paix sanitaire, c’est à dire en temps ordinaire (qui est moins cher à la pompe que le temps super) les cons se caractérisent par une effrayante viralité contre laquelle n’opèrent pas les gestes barrière (expression née à l’Olympia après le concert qu’un chanteur donna au milieu des années 60 et au cours duquel il beugla en ouvrant ses bras toutes les 4 secondes « Maaa vieee »). Mais en temps de guerre ...! Ils grignotent et bouffent tout espace d’un mètre, pullulent dans les rues, les magasins ouverts, et les supermarchés. Ah, ils faut les voir ces sous-humains arborer un sourire narquois en marchant dans le sens opposé des flèches qu’ont collé au sol d’héroïques caissières entre deux aller retour aux urgences. Il faut les voir débouler dans le rayon « lingerie féminine » (dans lequel vous passiez par hasard guidé par votre instinct de chasseur/cueilleur de petite culotte) et souffler dans votre nuque les effluves nauséabondes de leur haleine ail et fines herbes/gévéor. Il faut la voir cette armée d’occupation défiler en rangs serrés, marcel contre marcel, dans Votre jardinerie, à la recherche des bulbes qu’ils planteront dans le jardin de leur suffisance bouffie. C’est pas pour dire, mais il y a autant de ressemblances entre eux et l’homo sapiens moyen qu’entre Riester et un ministre de la culture... Tenez, l’autre jour, après plusieurs heures à choisir parmi des masques alternatifs lequel, par sa couleur, siérait au teint purpurin (en un seul mot, merci) que m’ont laissé des géroboam de Clos de Vougeot, je me décidais à oser une sortie hors de mon lieu de confinement (modeste Triplex parisien de 400 mètres carrés (loi Carrez) acquis par mes parents à l’occasion du départ fortuit de ses propriétaires pour une escapade en Pologne). Or donc, je sors! Je salue, en passant devant sa loge, la dévouée Portugaise angora qui encaustique mes escaliers et me retrouve nez à mufle avec un néandertalien au visage vierge de tout tissus qui me tint à peu près ce langage : « Eh, bonjour Monsieur du confiné, que vous êtes naïf, que vous me semblez crédule, sans mentir, si votre masquage se rapporte à votre grand âge, vous êtes l’Anne Sophie Pix de nos faiseurs de lois ». Que faire, que dire, public adoré, devant ce protozoaire déguisé en punk à chien? Rien, mépriser et passer? Lui réciter par cœur les recommandations du ministre des maladies ou le recueil des bonnes pratiques pour pouvoir mourir avec le bac en poche? J’hésitais, je le reconnais! Alors, mû par un ardent civisme sécuritaire nourri par l’écoute ininterrompue des discours émouvants et fluides de Gérard Colomb, je lui décochais un savoureux coup de pieds dans l’entre deux jambes, espérant qu’il rencontrerait deux protubérances qui jamais ne furent atteintes parce que, comme chantait Brassens : « par bonheur, il n’en avait pas ». Croyant, par mon courage et protégé par mon adhésion à la République en marche, éteindre avec lui cette peuplade de déplorables humains dépourvus de gel hydro-alcoolique, je poursuivis ma route jusqu’au canal de l’Ourques et décidais d’achever là mon existence, noyé dans l’insondable océan des non-distanciés mais heureux de croire, dans mon dernier souffle, à la tenue du deuxième tour des municipales.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.