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Billet de blog 16 mai 2022

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En ce moment, je lis mais je n'écris plus.

En ce moment, je lis mais je n'écris plus. Peut être que je lis trop. Ou juste que je n’écris plus. C'est un peu la même chose je crois.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je pourrais écrire sur le bulletin que je devrais mettre dans l'urne dans quelques jours, en ayant fichtrement aucune idée de ce que j'en pense si ce n'est que la forte envie de glisser un papier blanc me paraît lâche. 

Je pourrais écrire sur l'Ukraine et ce que ça me fait traverser cette actualité. Ce pays tant aimé, découvert il y a 15 ans et la Datcha des parents de Natalya, les dômes de Kiev et ce centre commercial moderne où j'avais acheté ma tenue pour le mariage de mon frère et un faux astrakan, les plages de Crimée et les minarets, les couronnes de fleurs à Lviv et les musiciens analphabètes, les étudiants de Kharkiv au pied du Lénine en marche. Je pourrais écrire sur ces amis, Russes et Ukrainiens, avec qui les conversations s’animent plus ou moins sereinement. 

Je pourrais écrire sur ce conflit révèle de nos monstruosités, de notre racisme plus qu’ordinaire, notre capacité à accueillir (presque) bien des femmes et des enfants slaves que d’autres êtres humains sont lâchement laissés sur les trottoirs, les landes et les marges. Je pourrais écrire sur cette douleur de se réjouir de certains élans et tout en ayant des hauts-le-cœur de certaines déclarations.

Je pourrais écrire sur ces associations et même ces départements qui me demandent de parler de l'hospitalité en politesse sans supporter que j'interroge la schizophrénie qu'elle révèle ou l'asymétrie postcoloniale qu'elle laisse entrevoir, ni même que j'aborde le pari fou que font les acteurs d'hospitalité dans un état inhospitalier, et comment ce pari mène à l'épuisement face aux injonctions contradictoires. 

Je pourrais écrire au sujet de cette famille ukrainienne dont je suis le parcours sur WhatsApp, entre les bords de la mer d’Azov et la Bulgarie, en attendant qu'elle passe la frontière pour rejoindre “ma” chère Normandie et y attendre un visa anglais. Alors que je tente d’étudier ces réactions émotionnelles, leurs impacts sur l’action et l’engagement, et la nécessité de transformer ces émotions pour éviter le contre effet long terme, alors que je travaille depuis plus de 5 ans sur ce que "fait" l'accueil des étrangers chez soi, j'ai beau en parler, je suis très émue de suivre cette famille de Marioupol, dont je ne connais rien, à travers l'Europe pour tenter de trouver refuge avec leurs filles, leurs aînés, un chien et un chat... 

Je pourrais me contenter d'écrire ces textes et articles qui m'animent mais me parasitent l'esprit. Mais je n'écris pas, je n'écris rien d'autre qu'une tentative de sciences. 

J'aime cela mais ça ne nourrit pas comme les autres écrits. Alors j’écris ce semblant de billet. Pas tant pour être lue ou avoir une réponse. Mais pour écrire.

Alors autant écrire sur la bière que je bois dans un bar plaisant du vieux Angers. Une nuit dans un hôtel quelconque, juste miteux comme j'aime, avant une journée avec le département où je vais devoir réconcilier ma posture de chercheuse et celle de formatrice, face à des associations mandatées, des militants gauchos et des fonctionnaires. Une bière dont un bar sombre avec une bande son pas trop mauvaise et suffisamment forte pour ne plus penser et recommencer à écrire. Une bière avec un polar dans les bidonvilles. Une bière, seule, blonde, fraîche, douce. Une bière qui aurait le même goût partout ailleurs.

(Texte écrit le 6 avril 2022)

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