Ni sains ni saufs, enquête sur les enfants non accompagnés dans le nord de la France

L'enquête sociologique, réalisée par Trajectoires à la commande de l'UNICEF, et à laquelle j'ai contribué, vient de paraître. Elle s’est déroulée de janvier à avril 2016 sur sept sites (Calais, Grande-Synthe, Angres, Norrent Fontes, Steenvoorde, Tatinghem, Cherbourg) et se fonde sur 61 entretiens individuels et collectifs avec des mineurs non accompagnés, menés dans leur langue maternelle.

L'étude sociologique Ni sains ni saufs  analyse les risques auxquels sont régulièrement exposés les mineurs non accompagnés vivant dans les différents bidonvilles du Nord de la France et sur le littoral de la Manche. Elle s’est déroulée de janvier à avril 2016 sur sept sites (Calais, Grande-Synthe, Angres, Norrent Fontes, Steenvoorde, Tatinghem, Cherbourg) et se fonde sur 61 entretiens individuels et collectifs avec des mineurs non accompagnés, menés dans leur langue maternelle au sein de différents lieux de vie (bidonvilles, centre Jules Ferry, Centre d’accueil provisoire ou dans le nouveau camp humanitaire de Grande-Synthe). L’équipe a complété ces données par des recherches documentaires, des entretiens avec les intervenants de terrain et des personnes qualifiées sur les situations (économiques, géopolitiques) de chaque pays.

" Depuis janvier 2015, environ 1,2 million de personnes ont entrepris le voyage périlleux à travers la Méditerranée dans l’espoir d’atteindre l’Europe. Ce déplacement conséquent de réfugiés et de migrants est l’un des plus importants dans l’histoire du continent. Une donnée frappante de cette migration est le nombre grandissant d’enfants qui arrivent sur les côtes européennes. Alors qu’en juin 2015, 1 réfugié ou migrant sur 10 était un enfant ; la proportion en décembre 2015 était passée à 1 sur 3. Aujourd’hui, les enfants représentent 40% des réfugiés et migrants qui se trouvent en Grèce.

Cette étude nous raconte quelques unes des histoires qui se cachent derrière ces chiffres dramatiques, en s’attardant sur la situation critique des enfants non-accompagnés dans les camps du nord de la France et le long de la Manche. A travers leurs témoignages, nous en apprenons davantage sur leurs parcours. Certains de ces enfants ont payé entre 2700 € et 10000 € pour arriver en France, un voyage qui peut durer de 15 jours à 7 mois. Comme le montre l’étude, la majorité des enfants viennent de pays décimés par la guerre et les conflits : Afghanistan, Soudan, Irak et Syrie. D’autres fuient des zones de crises économiques ou sociales.

Pendant leurs voyages, les enfants réfugiés et migrants souffrent énormément: bloqués aux frontières, forcés à dormir dehors, exposés à la pluie comme à la chaleur, privés d’accès aux soins de base et vulnérables aux contrebandiers et trafiquants. Les enfants non-accompagnés sont d’autant plus à risque. La plupart des enfants qui rejoignent l’Europe sont à la recherche de sécurité et de protection, et ont l’espoir d’un avenir meilleur; mais atteindre l’Europe ne met pas fin aux dangers auxquels ils sont exposés. L’étude montre qu’une fois que ces enfants arrivent en France, ils ont un accès limité aux services d’hygiène ou à de la nourriture et pas d’accès à l’éducation. Leur sécurité est incessamment menacée, et ils n’ont pas accès aux dispositifs de protection de l’enfance. L’étude démontre également que les procédures mises en place pour la réunification familiale sont loin d’être efficaces. La situation dans d’autres pays européens est similaire. C’est véritablement une crise pour les enfants en Europe..."

Avant propos de Marie-Pierre Poirier, 

Directrice régionale UNICEF Coordinatrice Spéciale pour la crise des réfugiés et des migrants en Europe.

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