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Billet de blog 17 avril 2024

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Et le droit à l'autodéfense "disparut"

Ça y est, le monde tremble. C'est un énorme bouleversement qu'il connaît depuis quelques jours. Jamais il n'aurait cru cela possible, mais c'est arrivé : la violence d'Israël a connu une réponse. Pire encore, il s'agit de l'incarnation du Mal sur terre : l'Iran. Panique générale.

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Samedi soir, l'Iran a lancé une opération militaire contre l'État d'Israel, s'en prenant à son intégrité territoriale pour la première fois depuis sa création. Inévitable conclusion lorsque les grandes puissances refusent d'assumer leur rôle de médiation alors qu'ils en ont le pouvoir, privilégiant d'autres intérêts que la protection des civils et du droit international : d'autres le prennent, et consolident leur place dans une géopolitique en mouvements. Alors que les puissances occidentales persistent à armer une armée coloniale et génocidaire, dont la lutte contre le terrorisme n'est plus qu'un argument pour les écrans de Piers Morgan ou Ruth Elkrief, qui pour défendre le respect du droit et les populations civiles de Palestine ? Certainement pas l'Iran, qui sort de son silence en seule réponse à une attaque précédemment perpétrée à son encontre. Mais en terme d'image, cela joue en sa faveur.
De même qu'il n'existait pas pour Israël, l'Iran ne dispose pas d'un droit à l'autodéfense. Seuls existent la légitime défense et le droit du peuple palestinien à la résistance et à l'autonomie. L'imposture apparaît clairement dès lors que ces derniers droits pèsent moins que le premier, alors qu'il n'a pas de valeur.

S'opposent alors un État mené par un chef suprême dont l'esprit arriéré semble avoir un siècle de retard, dont le parlementarisme ne sert que de chambre d'enregistrement, dont la police milicienne a pour principale tâche de réprimer les contestations, contre une démocratie de façade au leader borné, au cœur de scandales mafieux, pour qui les médias nationaux servent la propagande et dont la politique s'oriente autour de la plaidoirie active pour la colonisation et la persécution des arabes. Heureusement que les États-Unis sont là pour dicter la morale, sinon Macron n'aurait pas su choisir lequel avait le plus sa sympathie.

Il convient de préciser : non, un État démocratique ne fait pas de victimes collatérales. Un État démocratique justifie d'une telle qualité par le respect du principe d'égalité qui prime en droit international, dont découle l'interdiction stricte de se faire justice lui même : seule la légitime défense est permise, aux conditions classiques de nécessité et de proportionnalité. À ces titres, l'Iran a semblé plus respectueux du droit international qu’Israël dans cette situation. Mais les derniers mois ont prouvé que ce qui prévalait aux yeux du monde occidental n'était pas le respect des lois de la communauté mondiale mais la préconception qu'avaient les États de celui dont ils estiment l'action. Ainsi, si la définition d'un État de droit se fonde sur le respect par ses autorités des lois qui définissent sa structure, elles mêmes construites autour du respect des libertés publiques et dans leur protection active, l'accréditation du titre « démocratie » à l'État d'Israel lui permet précisément de s'affranchir des principes fondamentaux du droit international, alors que l'État autoritaire y serait davantage tenu. Un tel narratif permet de justifier de raser Gaza et bombarder le consulat iranien de Damas, puis de condamner la riposte (« l'attaque ») iranienne, ou le blocus des houthis en mer rouge (et au Point de s'inquiéter de « qui arrêtera les Houthis »?), jusqu'à demander le soutien international. L'impunité de Gérard Depardieu...

Et d'ajouter : Aussi autoritaire soit l'État d'Iran, qui profitera de mobiliser l'unité nationale autour d'un conflit national alors qu'il relance activement la police des vices pour réprimer les femmes, son action, calibrée, se cantonne à une réponse, de faible intensité et prévenue, pour contester les atteintes illégales à sa souveraineté.

Plutôt que de se ruer sur l'Ennemi, il faut continuer de plaider pour la désescalade. Les États-Unis ont d'ailleurs en ce sens demandé à Israel de ne pas répliquer, auquel cas ils ne les soutiendraient pas (prévision dont on peut toutefois douter).

Et avant toute chose, plaider pour le cesser le feu à Gaza, la fin de la colonisation et la libération des otages israéliens et palestiniens.

Et à l'échelle nationale, lutter contre le narratif de soutien quasi inconditionnel à l'État hébreu, qui situe la riposte iranienne comme une attaque unilatérale et peine encore à reconnaître les crimes de guerre perpétrés contre les populations civiles. N'ayons de cesse de répéter qu'un État démocratique ne fait pas de victimes collatérales. De même, gardons à l'esprit qu'il n'y a jamais de légitimité à la torsion du droit international, aussi fragile et relatif soit-il. Si Israel se sent légitime à l'invoquer pour se défendre de l'Iran, c'est que les grandes puissances lui ont accordé une immunité telle que ses propres violations lui apparaissent comme justifiées et justifiant ses violations.

Si l'action de l'Iran constituait de la légitime défense, retenons que toute action supplémentaire serait illégitime au regard du droit international : Rappelons encore qu'il n'existe pas de droit à l'auto-défense. Dans ce conflit et le génocide qui l'englobe, un droit prévaut : celui des populations civiles. Et les palestiniens en sont privés, criminalisés par les narratifs des dirigeants occidentaux et massacrés par l'armée la plus morale du monde qui se félicite chaque jour publiquement de son inhumanité.

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