Sainte Marie des Indigènes (Santa María de los Indígenas)

Elle est femme, zapatiste, militante des droits de l'homme et issue d'une communauté autochtone, dans une société machiste, dirigée par des ultra-libéraux blancs. Et pourtant, la persévérante María de Jesús Patricio Martínez, dite Marichuy (prononcer Marichouille), compte bien distribuer quelques volées de huarache à la caste dominante.

Nota bene : on va parler Mexique, politique et zapatisme. Ces articles (ici et ) peuvent t'aider à mettre de l'ordre dans les slips sales de ton esprit, petit galopin.

Elle est femme, zapatiste, militante des droits de l'homme et issue d'une communauté autochtone, dans une société machiste, dirigée par des ultra-libéraux blancs. Bref pas mal de raisons pour lâcher l'affaire et ne pas se présenter aux élections présidentielles mexicaines, qui auront lieu dans quelques mois. Et pourtant, la persévérante María de Jesús Patricio Martínez, dite Marichuy (prononcer Marichouille), compte bien distribuer quelques volées de huarache (1) à la caste dominante.

Ça change des sourcils touffus en 3D de l’affiche de François Fillon. © CNI Ça change des sourcils touffus en 3D de l’affiche de François Fillon. © CNI

 Marichuy, qui-que-quoi-dont-où :

Pour te mettre dans l'ambiance, téma donc ce court mais pertinent docu de Vice.

Née en 1963, Marichuy est une doctoresse en médecine traditionnelle ; elle a par ailleurs co-écrit un livre sur le sujet en 2006, disponible en accès libre. Elle est issue du premier groupe ethnique du pays, les Nahuas, ceux-là même qui parlent en Nahuatl. Elle est originaire de Tuxpan dans l'État de Jalisco, dont la capitale Guadalajara - deuxième ville du pays - subit régulièrement les sautes d'humeur du cartel local, Nueva Generación (les types sont tellement actifs niveau malfaisance qu'ils ont leur propre page wikipédia non mais allô). Comme de nombreuses autres régions, l'État de Jalisco doit faire face à une délinquance bien équipée, qui n'hésite pas à se battre avec l'armée, et à de nombreuses attaques des narcos. Et comme dans de nombreuses autres régions, les droits des communautés indigènes sont régulièrement bafoués : les Mezcala du lac Chapala, le village de San Francisco Ixcatán, ou encore le peuple huichol (spécialistes du peyotl, le cactus magique qui t'emmène trèèèès loin).

Le label indigène, à fort potentiel de votes, fait son grand retour à chaque campagne. Récemment, le Mouvement Citoyen (Movimiento Ciudadano, vague gauche vaguement progressiste) a sorti un clip aux accents plus que folklos, tandis que les politiques n'hésitent jamais à exhiber leurs plus beaux atours traditionnels : l'actuel président Peña Nieto n'est d'ailleurs pas en reste, et on trouve aussi les anciens présidents Felipe Calderón et Vicente Fox. José Antonio Meade Kuribreña (Parti Révolutionnaire Institutionnel, actuel Secrétaire des Finances et du Crédit Public) joue également au lèche-pompes. Quant à l'actuel candidat du Parti Action Nationale, Ricardo Anaya Cortés, il gratte carrément la guitare avec le même petit chanteur trognon du Mouvement Citoyen .

Et pourtant : les populations indigènes, soit presque 15 millions d'individus et une bonne centaine de dialectes, sont des citoyens de seconde zone souffrant quotidiennement de clasismo (2). Au XVIe siècle, le cureton Bartolomé de las Casas dénonçait les mauvais traitements institutionnalisés et systématiques envers les Indiens de la part des Conquistadores. Au XXIe siècle, l'encomienda (3) c'est fini mais la situation n'est toujours pas rigolote. Être un Indio (4) au Mexique, c'est beau gosse sur les photos des touristes, mais dans les faits, c'est un accès moindre pour ne pas dire inexistant aux services d'éducation, de santé, de justice et de transport (5). C'est évidemment injuste, et parfaitement illégal, puisque cette discrimination est à l'encontre de l'article 2 de la Constitution mexicaine de 1917, laquelle garantit une nation "unique et indivisible", et où l'État est responsable de toutes ses populations (6).

Depuis quand les zapatistes se mêlent de politique ?

 Depuis toujours en fait, sauf que cette fois ils ont décidé de sortir de leurs forêts et de secouer le cocotier électoral. Le Congrès National Indigène est fondé en 1996 à l'initiative de l'EZLN (Ejército Zapatista de Liberación Nacional), mouvement très vénère de protestation des communautés indigènes contre le gouvernement mexicain, et qui menait depuis deux ans une véritable guérilla. En acceptant de déposer les armes, les zapatistes créent une institution capable de les représenter et de s'opposer légalement avec le pouvoir central ; Marichuy a d'ailleurs participé à ce processus de pacification. Le CNI est composé de 840 délégués représentant plus de 60 communautés autochtones. Ce sont ces derniers qui ont désigné Marichuy en mai dernier à San Cristobal de Las Casas, terre rebelle par excellence. Elle n'est donc pas seulement une candidate, mais une porte-parole en charge de sonner "l'heure de la floraison des peuples".

Entre autres, le CNI lutte pour l'auto-détermination, le droit à disposer de ses terres, la fin des discriminations raciales, la promotion des femmes indigènes et le respect des ressources naturelles. Ses principes fondateurs sont les suivants :

1.- Servir et ne pas se servir.
2.- Ne pas détruire, mais construire.
3.- Représenter, et non pas supplanter.
4.- Convaincre et non pas vaincre.
5.- Obéir et ne pas commander.
6.- Ne pas monter, mais descendre.
7.- Proposer mais ne pas imposer.

Symbole officiel du Congrès Nacional Indigène / “Plus jamais de Mexique sans nous !” © CNI Symbole officiel du Congrès Nacional Indigène / “Plus jamais de Mexique sans nous !” © CNI

La candidature de Marichuy est inédite à tout point de vue. D'abord, parce que le mouvement zapatiste n'est pas un parti politique, et que les communautés indigènes n'ont jamais lutté pour obtenir un pouvoir central ou national. Ensuite, parce que les zapatistes sont partisans d'une politique communaliste plutôt qu'étatiste ou même fédérale ; à ce titre, ils ne peuvent se sentir représentés ou intéressés par un mandat présidentiel. Par ailleurs, près de vingt-cinq ans après le début des hostilités, et au moment où le Congrès se rassemble pour la cinquième fois, le mouvement zapatiste et indigène fait le choix de s'intégrer dans une campagne politique officielle, et de tenter d'amorcer un changement de l'intérieur (7). Le changement de stratégie est surprenant mais après tout intéressant, surtout lorsqu'on songe à La Otra Campaña. En 2005, l'EZLN, décidément taquin, avait carrément lancé ce mouvement indépendant de discussion et de mobilisation politique du peuple mexicain, et ce juste avant les élections présidentielles. Manifestations dans tout le pays, réunions publiques, défenses des territoires indigènes menacés ; bref, tout était bon pour casser les noix d'or du gouvernement. Enfin, María de Jesús Patricio Martínez incarne cette "relève de classe, de race et de la pensée" décrite par le Subcomandante Marcos-Galeano (8).

 À vrai dire, je ne devrais même pas écrire que Marichuy est candidate à l'élection présidentielle. En effet, l'EZLN et le CNI n'ayant ni partis ni représentants élus (gouverneurs, députés), leur représentante doit donc prouver sa légitimité à l'échelle du pays. Qu'est-ce à dire ? Afin d'être déclarée officiellement candidate en lice, Marichuy doit rassembler en 120 jours 1% des signatures de ses concitoyens mais réparties dans 17 États du pays, soit plus de 800 000 soutiens. Une sorte de pétition géante quoi. Le problème, c'est qu'avec son profil atypique et son absence de moyens, elle peut pas trop test'. Marichuy se balade dans une caravane rustique pour sa tournée et ne dispose pas d'un matériel technique suffisant. En face, on trouve les millions dépensés par les candidats du carcan (9) et n'évoquons même pas le problème du temps de parole. La porte-parole du CNI est actuellement en cinquième position sur la liste des Aspirantes, avec 19,2% des signatures à collecter selon son site de campagne officiel. Tout devant, il y a malheureusement le gouverneur de l'État de Nuevo León (et un ancien du PRI) qui adore faire des meetings à cheval : El Bronco. Et puis, il faut compter également sur la femme de l'ex-président Felipe Calderon, l'avocate et ex-députée Margarita Ester Zavala Gómez del Campo. Et Margarita a beau avoir claqué la porte du PAN l'année dernière, il lui reste beaucoup de flouze (sale) et des contacts à revendre.

Toutefois, a contrario des "établis" et des Aspirantes, la candidate du CNI ne recherche pas des votes pour gagner, sinon la possibilité d'une visibilité accrue pour les communautés et les causes qu'elle défend. En atteste son slogan de campagne pour les signatures : "Su voz es mi voz" (Sa voix est ma voix). Et c'est par cette différence d'intention qu'elle compte faire intrusion dans le cercle très fermé des candidats adoubés. 

Une concurrence pour AMLO ?

Par sa personnalité, le mode même de sa désignation, les communautés qu'elle représente et les valeurs qu'elle véhicule, Marichuy s'impose comme une authentique candidate démocratique, anticapitaliste, et anti-corruption, bien plus proche du Mexicain moyen que les candidats issus du carcan traditionnel PRI-PAN-PRD.

Or, pour Andrés Manuel López Obrador, représentant du mouvement de gauche MORENA - sorte de Mexique Insoumis Bourgeois - , la présence de Marichuy dans la campagne ne peut que souligner sa propre carrière d'apparatchik et ses alliances récentes avec divers représentants / partis plus ou moins douteux, le tout dans l'objectif d'arriver au pouvoir suprême, qu'il convoite tout de même pour la troisième fois. Certaines figures emblématiques de la gauche radicale mexicaine, telle l'écrivaine Elena Poniatowska, ont d'ailleurs appelé AMLO à voter pour Marichuy. En France, ce serait un peu comme si Simone de Beauvoir appelait Jean-Luc Mélenchon à claquer la bise à Louise Michel. Ça laisse rêveur hein. De toute manière, dans un sens comme dans l'autre, l'alliance est impossible. En effet, un mouvement anticapitaliste ne peut s'allier avec un parti politique institutionnalisé cherchant à réformer les lois du marché sans en abolir le diktat. La notion de concurrence s'applique quand deux partis sont un peu trop semblables par leurs idées, ou bien quand ils sont opposés dans les idées mais ont le même objectif de s'emparer du pouvoir. Or, Marichuy se présente sans rechercher la présidence. Elle a passé sa vie à soigner et défendre des campagnards cagoulés qui crèvent de faim et se font régulièrement niquer leurs terres, tandis qu'AMLO, haut fonctionnaire et plusieurs fois élu -  et pourtant jadis directeur de l’Institut National Indigéniste dans son État natal de Tabasco - traîne avec le businessman le plus riche du monde, Carlos Slim. L'écart dans la conception de la société et les attitudes est d'ailleurs révélateur de la profondeur des inégalités sociales du pays.

Il y a quelques jours, la caravane de campagne de Marichuy a été victime d'une attaque par une bande armée non identifiée, dans l'État de Michoacán, tristement réputé pour la violence de ses cartels. Les journalistes qui l'accompagnaient, dont deux reporters français, se sont vus aimablement dépouillés de leur matériel. Même sans avoir encore l'aval des signatures, c'est la preuve que cette candidature, laquelle suscite un certain enthousiasme parmi la jeunesse, inquiète. Car il faut ajouter à cette élection présidentielle le renouvellement du Sénat, de la Chambre des Députés, et des gouverneurs dans 30 des 32 États du pays. Des centaines de postes sont donc à pourvoir, augmentant un peu plus encore les tensions et les rivalités. Et personne ne tient à ce que les indigènes viennent mettre leur beau nez aztèque dans leurs sales petites affaires.

Avec ou sans Marichuy, il demeure ridicule de succomber aux sirènes de l'individu providentiel : un mandat présidentiel reste un reliquat de la monarchie, où la tentation de l'autoritarisme et de l'oligarchie est immense. Mais on est quand même bien content de savoir qu'il est toujours possible de faire chier les puissants. Alors, si tu es Mexicain(e) ou que tu as des poteaux de là-bas, il est encore temps d'enfiler ton passe-montagne et de compléter les 100 000 signatures demandées par Marichuy avant le 12 février.

 

Mexico © Arlequin Vaghn Mexico © Arlequin Vaghn

 

(1) prononcer ouahratché. Sandale traditionnelle en cuir, particulièrement résistante et propre à enseigner la vie aux hauts fonctionnaires corrompus.

(2) Le clasismo est la discrimination liée à la classe sociale. Elle s'accompagne en général de racisme et constitue un cercle vicieux. Les autochtones, souvent morenos (foncés) souffrent de discrimination à l'embauche, sont sous-représentés dans les médias et exercent les emplois les moins rémunérés et les plus précaires.

(3) L'encomienda c'est concrètement spoliation de terre + esclavage + tu dis merci à ton patron-bourreau espagnol (l'encomedero). Le système est aboli au XVIIIe siècle, mais se perpétue grâce à son cousin germain l'hacienda.

(4) À l'origine, le terme Indio résulte d'une légère erreur d'appréciation géographique des Conquistadores, convaincus d'être arrivés en Inde. Depuis, il est devenu une appellation dépréciative et raciste.

(5) Amnesty International, Rapport 2016-2017 : la situation des droits humains dans le monde, "Droits des peuples autochtones", p. 32.

(6) Le texte original est disponible sur wikipédia, et comme on est sympa, on s'occupe de traduire :

 La Nation Mexicaine est unique et indivisible. La Nation possède une composition multiculturelle, issue originellement de ses peuples indigènes, lesquels descendent des populations qui habitaient le territoire actuel du pays au commencement de la colonisation, et qui conservent ses propres institutions sociales, économiques, culturelles et politiques, ou une partie de celles-ci. (...) Les autorités ont l'obligation : d'impulser le développement régional des zones indigènes (...), garantir l'augmentation des niveaux de scolarité (...), assurer l'accès effectif aux services de santé (...), améliorer les conditions des communautés indigènes et de leurs territoires (...), favoriser l'intégration des femmes indigènes au développement (...), étendre les voies de communication (...), appuyer les activités de production (...), établir des politiques sociales qui protègent les migrants issus de peuples indigènes (...), consulter les peuples indigènes dans l'élaboration du Plan National de Développement.

(7) Cf cet entretien de décembre 2017 avec celle qui ferait passer Élise Lucet pour une cousine de Christine Boutin, j'ai nommé l'incorruptible et pugnace Carmen Aristegui.

(8) Entre ombre et lumière (Entre la luz y la sombra), déclaration du Sous-commandant Marcos (maintenant Galeano), juin 2014.

III. La relève. Au cours de ce ces vingt dernières années, une relève complexe et à plusieurs niveaux s’est opérée au sein de l’EZLN. (...) Une relève de classe : le passage d’une origine de la classe moyenne éclairée à une origine indigène paysanne. Une relève de race : de dirigeants métis, on est passé à des dirigeants nettement indigènes. Et le plus important, une relève dans la pensée. De l’avant-gardisme révolutionnaire, on est passé au « commander en obéissant » ; de la prise du Pouvoir d’en Haut à la création du pouvoir d’en bas ; de la politique professionnelle à la politique quotidienne ; des leaders aux communautés ; de la ségrégation de genre à la participation directe des femmes ; de la moquerie envers l’autre à la célébration de la différence.

(9) Le parti PRD (Parti de la Révolution Démocratique) a dépensé plus de 300 millions de pesos (environ 15 millions d'euros) pour sa campagne présidentielle de 2012. Son candidat de l'époque était ... AMLO. Le chiffre paraît énorme (et il l'est) mais ce n'est en rien en comparaison des autres partis, dont la course aux millions s'apparente à la folie de la machine électorale nord-américaine. On parle de plus de 4 milliards de pesos pour le PRI, l'actuel parti au pouvoir. Et de manière générale, les despensas (sorte de paniers garnis) distribués aux populations font également fureur ; pratique illégale, elle permet toutefois de gagner facilement les votes des plus démunis et des individus dépolitisés.

 

 


 

 

Santa María de los Indígenas

 

Nota bene : mijito vamos a hablar de México, de política y de zapatismo. Estos artículos (este y este) te pueden ayudar a meter un poco de orden en los caminos oscuros de tu espíritu.

Ella es mujer, zapatista, militante de los derechos humanos y viene de una comunidad indígena, en medio de una sociedad machista, manejada por ultra-liberales blancos. Por todas estas razones, podría abandonar y no presentarse a las elecciones presidenciales mexicanas, que sucederán en algunos meses. Sin embargo, la perseverante María de Jesús Patricio Martínez,  conocida como Marichuy, si quiere distribuir algunos golpes de huarache (1) a la casta dominante. 

 © Source : instagram @suvozesmivoz © Source : instagram @suvozesmivoz

 Marichuy, ¿ de dónde vienes ?

Para ponerte en el ambiente, te recomendamos este corto pero bonito docu de Vice.

Nacida en 1963, Marichuy es una médica tradicional ; de hecho ha co-escrito un libro sobre el tema en 2006, disponible en acceso libre. Viene del primer grupo étnico del país, los Nahuas, quienes hablan Nahuatl. Vive en Tuxpan en el Estado de Jalisco, y su capital Guadalajara - segunda ciudad más importante del país - sufre de los cambios de humor del cartel local, Nueva Generación (estos weyes son tan buenos para hacer el mal que hasta tienen su propia página de wikipedia, ¡ hazme el puto favor !). Como en muchas otras regiones, el Estado de Jalisco tiene que afrentar una delincuencia equipada (la cual no duda en pelear con el ejército), así como numerosos ataques de narcos. Y en otras regiones, los derechos de las comunidades indígenas están regularmente lesionados : la gente Mezcala del lago Chapala, los habitantes de San Francisco Ixcatán, o el pueblo wixárika (especialistas del peyotl, el cactus mágico que te lleva muyyyyy lejos).

El « sello » indígena, con fuerte potencial de votos, hace su gran regreso para cada campaña. Hace poco, el Movimiento Ciudadano (difusa izquierda difusamente progresiva) ha salido un clip con acentos folclóricos, mientras los políticos nunca dudan en exhibir sus mejores trajes tradicionales : así lo ha hecho el actual presidente Peña Nieto, pero también los ex-presidentes Felipe Calderón y Vicente Fox. José Antonio Meade Kuribreña (candidato del Partido Revolucionario Institucional, ex-Secretario de Hacienda y Crédito Público) también no se queda atrás. Y el actual candidato del Partido Acción Nacional, Ricardo Anaya Cortés, hasta toca la guitarra con este niño lindito del clip de Movimiento Ciudadano.

Sin embargo, las poblaciones indígenas, es decir casi 15 millones de personas con una centenar de lenguas y dialectos, quedan ciudadanos de segunda zona, sufriendo cotidianamente del clasismo (2). Ya durante el siglo XVI, el padre Bartolomé de las Casas denunciaba los malos tratos institucionalizados y sistemáticos contra los Indígenas por parte de los conquistadores. En el siglo XXI, tal vez las encomiendas se acabaron, pero la situación tampoco está chistosa. Ser un Indio (3) en Mexico, luce bien en las fotos de los turistas, pero en los hechos, representa un acceso menor o inexistante a los servicios de educación, salud, justicia y de transporte (4). Obviamente es injusto, y perfectamente ilegal, porque esta discriminación esta contra el artículo 2 de la Constitución mexicana de 1917, el cual garantiza una nación « única e indivisible », donde el Estado es responsable de todas sus poblaciones (5).

¿ Desde cuando los zapatistas hacen política ?

Pues desde siempre, pero esta vez decidieron salir de sus bosques para sacudir el cocotero electoral o la cesa de cangrejos (desafortunadamente las expresiones para designar el mundo político no faltan también en francés). El Congreso Nacional Indígena nace en 1996 por la initiativa del EZLN (Ejército Zapatista de Liberación Nacional), un movimiento muy enfadado contra el gobierno mexicano. Aceptando dejar las armas y negociar, los zapatistas crean una institución capaz de representarlos y oponerse legalmente con el poder central ; de hecho Marichuy ha participado a este proceso de pacificación. El CNI esta compuesto de 840 delegados representando más de 60 comunidades autóctonas. Designaron a Marichuy en mayo 2017 en San Cristobal de Las Casas, tierra rebelde por excelencia. Así que ella no solamente es una candidata, sino sobre todo una vocera, encargada de sonar « la hora de florecimiento de los pueblos »

El CNI lucha entre otras cosas para la autodeterminación, el derecho a disponer de sus tierras, el fin de las discriminaciones raciales, la promoción de las mujeres indígenas y el respeto de los recursos naturales. Aquí están sus principios fundamentales :

1.- Servir y no servirse.
2.- Construir y no destruir.
3.- Representar y no suplantar.
4.- Convencer y no vencer.
5.- Obedecer y no mandar.
6.- Bajar y no subir.
7.- Proponer y no imponer.

 

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La candidatura de Marichuy es inédita desde todos los puntos de vista. Porque primero, el movimiento zapatista no es un partido político, y que las comunidades indígenas nunca lucharon para obtener el poder central. Luego, porque los zapatistas son partidarios de una política comunalista, y no estadista o federal ; en este sentido, no se pueden sentir representados o interesados por un mandato presidencial. Asimismo, casi veinte cinco años después del inicio de la rebelión, y cuando se reunió por quinta vez el Congreso, el movimiento zapatista e indígena toma la decisión de integrarse en la campana política oficial, para intentar iniciar cambio desde el interior (6). El cambio de estrategia puede sorprender pero es interesante, ya que nos recuerda La Otra Campaña, un movimiento independiente de debates y movilización política del pueblo mexicano que realizó en 2005 el juguetón EZLN, justo antes de que empezaran las elecciones presidenciales. Marchas por todo el país, reuniones públicas, defensa de los territorios indígenas amenazados ; todo para romper las nueces de oro del gobierno. Y por ultimo, María de Jesús Patricio Martínez encarna este « relevo de clase, de raza y de pensamiento », descrito por el Subcomandante Marcos (ahora Galeano) (7).

En realidad, ni siquiera debería escribir que Marichuy es candidata a la elección presidencial. En efecto, el EZLN y el CNI no son partidos y no tienen representantes elegidos (gobernadores, diputados), así que su representante debe probar su legitimidad a escala nacional. ¿ Qué significa eso ? Que para ser declarada oficialmente candidata independiente, Marichuy debe reunir en 120 días 1% de las firmas de los ciudadanos, pero repartidos por lo menos en 17 Estados del país, por lo tanto mas de 800 000 apoyos. Más o menos una petición gigante. El problema es que por su perfil atípico y su ausencia de recursos, no se puede rifar mucho. Marichuy anda en una caravana bonita pero rústica para su tour y no dispone del suficiente material tecnológico para registrar las firmas. Del otro lado, hay millones de pesos gastados por los candidatos de la casta dominante (8), y también se podría discutir mucho de la desigualdad de tiempo de uso de la palabra. La vocera del CNI está actualmente en quinta posición sobre la lista de los Aspirantes. En primer lugar, se encuentra desafortunadamente el gobernador del Estado de Nuevo León (ex-PRIISTA), a quien le encanta hacer meetings con su caballo : El Bronco. Luego no se puede olvidar la esposa del ex-presidente Felipe Calderon, la abogada y ex-diputada Margarita Ester Zavala Gómez del Campo. Y si Margarita se salió del PAN el año pasado, le queda mucha lana (sucia) y contactos políticos.

Aún así, a contrario de los establecidos y de los otros Aspirantes, la candidata del CNI no busca los votos para ganar, sino para lograr una mayor visibilidad de las minorías y las causas que defiende. Lo afirma su hermosa lema de campana : « Su voz es mi voz ». Y es con esta diferencia de intención que ella podría invitarse en el circulo muy cerrado de los candidatos respaldados.

¿ Una competencia para AMLO ?

Por su personalidad, el modo mismo de su designación, las comunidades que representa y las valores que trae, Marichuy se impone como una auténtica candidata democrática, anticapitalista, anti-corrupción, y mucho más cerca del Mexicano medio que los candidatos de la jaula PRI-PAN-PRD. 

No obstante, para Andrés Manuel López Obrador, representante del movimiento de izquierda MORENA, la presencia de Marichuy en la campaña destaca su propia carrera de apparatchik y sus alianzas recientes con partidos dudosos, todo eso para el objetivo de llegar al poder supremo que el desea por tercera vez. Algunas figuras emblemáticas de la izquierda radical mexicana, como la escritora Elena Poniatowska, ya invitarón AMLO a votar por Marichuy. De toda manera, en un sentido como el otro, la alianza está imposible. En efecto, un movimiento anticapitalista no se puede asociar con un partido política institucionalizado cual nada mas busca a reformar las leyes del mercado sin abolir su diktat. La noción de competencia se aplica cuando dos partidos se ven similares por sus ideas, o al contrario cuando están opuestos en las ideas y pelean duro con el mismo objetivo de tomar el poder. Aun así, Marichuy se presenta sin buscar la presidencia. Ha pasado su vida curando y defendiendo campesinos encapuchados que mueren de hambre y amenazados de despojo, mientras AMLO, funcionario superior y varias veces elegidos, - ¡ qué decepción pensar que antes fue director del Instituto Nacional Indigenista en su Estado natal de Tabasco ! - anda con el businessman más rico del mundo, Carlos Slim. De hecho la disparidad en la concepción de la sociedad y sus actitudes revela la profundidad de las desigualdades en el país.

Hace algunos días, la caravana de campaña de Marichuy estuvo atacada por una banda armada non identificada en el Estado de Michoacán, tristemente famosa por la violencia de sus carteles. A los periodistas que la acompañaban, entre ellos dos Franceses, les quitaron su equipo de trabajo. Entonces, que ella tenga o no los 800 000 y algo de firmas, este evento significa que su candidatura, que suscita entusiasmo en la juventud, preocupa. Porque además de esta elección presidencial, se renueva el Senado, la Cámara de Diputados y los gobernadores en 30 de los 32 Estados del pais. Cientos de mandatos se van a liberar, aumentando las tensiones y las rivalidades. Y nadie quiere que los indígenas vengan a poner su bella nariz azteca en sus negocios sucios.

Que Marichuy lo logra o no, esta ridículo sucumbir a las sirenas del Hombre Providencial : un mandato presidencial queda como una herencia de la monarquía, y la tentación del autoritarismo y del mantenimiento de la oligarquía está enorme. Pero nos da muchísimo gusto saber que aún es posible hacer que se caguen los poderosos. Así que si eres Mexicano(a), o que tienes cuates allá,todavía es tiempo colocarte tu pasamontañas y completar las 100 000 firmas pedidas por Marichuy antes del 12 de febrero.

 

 © Cuartoscuro © Cuartoscuro

 

(1) Sandalia tradicional de cuero, muy resistente y perfecta para enseñar la vida a los dirigentes corruptos.

(2) El clasismo es la discriminación según la clase social. Se acompaña generalmente de racismo y constituye de hecho un circulo vicioso. Los autóctonos, frecuentemente morenos, sufren de discriminación para empleos, están menos representados en los medios y tienen los trabajos menos pagados y los mas precarios.

(3) Al origen, la palabra Indio resulta de una errónea de apreciación geográfica de los conquistadores, que ya pensaron haber llegado a la India. Ahora se puso en un denominación despreciativa y racista.

(4) Amnesty International, Reporte 2016-2017 : la situación de los derechos humanos en el mundo, "Derechos de los pueblos autóctonos", p. 32.

(5) El texto original esta disponible en Wikipedia.

(6) Cf esta entrevista en diciembre 2017 con la talentosa Carmen Aristegui.

(7) Entre la luz y la sombra, declaración del Subcomandante Marcos (ahora Galeano), junio 2014 :

III. El relevo. En estos 20 años ha habido un relevo múltiple y complejo en el EZLN. (…) El de clase: del origen clase mediero ilustrado, al indígena campesino. El de raza: de la dirección mestiza a la dirección netamente indígena. Y el más importante: el relevo de pensamiento: del vanguardismo revolucionario al mandar obedeciendo; de la toma del Poder de Arriba a la creación del poder de abajo; de la política profesional a la política cotidiana; de los líderes, a los pueblos; de la marginación de género, a la participación directa de las mujeres; de la burla a lo otro, a la celebración de la diferencia. 

(8) El Partido de la Revolución Democrática gastó más de 300 millones de pesos en su campaña presidencial de 2012. Su candidato de hecho era ... AMLO. La cifra parece enorme (y si, lo es) pero es nada en comparación con los otros partidos, cual carrera de millones se ve similar a la locura de la máquina electoral norte-americana. Se trata de más de 4 mil millones de pesos para el PRI, el partido actualmente en el poder. De manera general, las despensas distribuidas a las poblaciones están muy de moda. Es una práctica dudosa que está en la sombra de lo ilegal, pero permite ganar fácilmente los votos de los mas pobres y de los más despolitizados.  

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