Le phénomène AMLO (el fenómeno AMLO)

Non, ce n’est pas un hallucinogène mystérieux ou un clip coréen chelou, mais les initiales d’un homme politique mexicain – supposément – pas comme les autres : Andrés Manuel López Obrador.

 © Diego Rivera © Diego Rivera

 

Nota bene :  cet article n’aurait pas été possible sans les excellentes investigations de médias mexicains courageux : c’est pourquoi je remercie en particulier Animal Politico,  Aristegui Noticias, et Proceso.

 

EL HOMBRE :

Manuel Obrador naît en 1953 dans l’Etat de Tabasco (rien à voir avec la sauce piquante, en revanche c’est une région riche en hydrocarbures), au sein d’une fratrie de sept enfants. Ses parents sont des commerçants, issus de l’immigration espagnole. Il a quatre fils, issus de ses deux mariages. Il est diplômé en sciences politiques et en administration publique de la prestigieuse Université Nationale Autonome du Mexique (la meilleure université publique du pays, et jamais en reste dans les mouvements sociaux et de revendication).

“Morena : l’espérance du Mexique / Le destin du Mexique n’a pas de prix.” © MORENA “Morena : l’espérance du Mexique / Le destin du Mexique n’a pas de prix.” © MORENA

Son introduction dans le monde politique présente plusieurs aspects : en 1976, il soutient le poète Carlos Pellicer Cámara au poste de sénateur de l’Etat de Tabasco (1) ; c’est aussi le moment où il rejoint le sulfureux Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) jusque dans les années 80 (2). L’année suivante, il est nommé directeur de l’Institut National Indigéniste (l’actuelle Commission Nationale pour le Développement des Peuples Indigènes)  du même Etat, afin de promouvoir et défendre les droits des Mayas chontales (3). Tout en conservant un appui important dans son Etat natal, il s’implante durablement à la capitale en devenant le directeur de l’Institut National de Protection du Consommateur. À partir de 1983, il se démet de ses fonctions au PRI et commence à se présenter comme candidat dans diverses coalitions composées d’anciens dissidents et d’indépendants.

 

ÉTAT DES LIEUX : LE MEXIQUE, UNE TERRE BALKANISÉE (OU FILLONISÉE, ÇA MARCHE AUSSI).

PAN / PRI © PAN / PRI PAN / PRI © PAN / PRI

 Pendant longtemps, la scène politique mexicaine a été dominée par deux partis, dont l’un omniprésent : le PRI, précédemment cité, et le PAN (Parti Action Nationale). Le PRI est le parti issu au sortir de la Révolution mexicaine (Pancho Villa et la mouvance des moustachus révoltés au début du XXe siècle), et le parti de l’actuel président, Enrique Peña Nieto. La Révolution mexicaine est à son origine populaire et sociale, et le PRI se revendique de cette mouvance, mais dans les faits il applique une politique parfaitement libérale, et ses membres sont tous sauf de pauvres paysans exploités. Le PAN est son adversaire traditionnel, encore plus à droite, versé dans le religieux ; une version latine du Tea Party étasunien. Les autres partis (le Parti Vert, le Parti Nouvelle Alliance, le Parti du Travail, Parti Humaniste, Mouvement Citoyen, etc.) peinent à exister, et s’ils parviennent au pouvoir, doivent accepter la loi d’Hérode, concept politique ironique illustré à merveille par le film culte mexicain La Ley de Herodes (4), et ici traduit de la manière la plus polie possible : “se soumettre ou se faire avoir”. Les résultats des élections sont régulièrement remis en cause. La politique mexicaine est minée par deux grands fléaux : une corruption tentaculaire et structurelle, aggravée par la proximité à toutes les échelles avec les cartels, et une impunité à toute épreuve. Trois cas suffiront :

Javier Duarte de Ochoa : gouverneur priiste de l’Etat de Veracruz (la fameuse chanson La Bamba vient de là-bas) de 2010 à 2016, accusé d’avoir commandité meurtres et agressions sur divers journalistes et photographes critiquant son action. Sous son mandat, une partie de la police veracruzienne a du être dissoute et remplacée par la Marine, tant le constat de sa corruption était alarmant. Il a amassé une fortune colossale, notamment grâce à un réseau de sociétés fantômes. L’homme et son épouse sont en fuite depuis la fin de son exercice ; Interpol les recherche en vain depuis plusieurs mois. On a retrouvé à son domicile un carnet tenu par sa femme, Karime Macías de Duarte, où était rédigée la litanie suivante “Oui, je mérite la richesse” (wtf), preuve du caractère pathologique de leur malhonnêteté grandiloquente.

Felipe de Jesús Calderón Hinojosa : paniste, président de la République (2006-2012). Felipe n’a de christique que le nom. Outre la lutte de “tolérance zéro” contre les cartels qui a fait des dizaines de milliers de morts et les exactions commises par les forces armées (5), il lui est reproché sa connivence avec PEMEX (Pétroles Mexicains), la méga entreprise nationale de production de pétrole et de gaz. En effet, lorsqu’il était Secrétaire de l’Énergie (l’équivalent de Ministre de l’Environnement et de l’Énergie), Calderón a accordé plusieurs contrats juteux (on parle de millions de pesos) entre PEMEX et la compagnie Hildebrando dirigée par son beau-frère, Diego Hildebrando. Vous avez dit trafic d’influence ? Depuis, l’ex-président s’apprête à enseigner tranquillement à Harvard, où il a jadis étudié, tandis que sa femme, Margarita Ester Zavala Gómez del Campo, est en passe de devenir la nouvelle candidate du PAN pour conquérir Los Pinos (l’équivalent de l’Elysée).

Enrique Peña Nieto, l’actuel président (PRI) : le bilan de son mandat demanderait tout un article, voici seulement quelques détails parmi les plus fameux dans le pays. Pour les plus aux faits des rumeurs, nous passerons volontairement les accusations du meurtre de sa première épouse, faute d’avoir rencontré d’enquête suffisamment sérieuse. Enrique est marié depuis 2010 à une ex-actrice de telenovela, Angelica Rivera dite La Gaviota (pour info ça veut dire La Mouette). Cela n’aurait rien de répréhensible si celle-ci n’était pas propriétaire de la Casa Blanca, une propriété insolemment luxueuse évaluée à 7 millions de dollars, mais financée frauduleusement par le parti, construite par des entreprises amies ayant par la suite bénéficié de contrats étatiques, et enfin, non déclarée aux impôts. En plus d’avoir largement dépassé le montant autorisé pour une campagne présidentielle, la conquête du pouvoir de Peña Nieto a été soutenue par les lobbies pétroliers, ainsi que grassement achetée à Televisa, le n°1 des médias au Mexique, afin d’obtenir une couverture médiatique favorable. Enfin, la licenciatura (bachelor) en droit du Président est techniquement invalide pour cause de plagiat ; de même, son obtention du Master d’Administration à la très chic Université Technologique de Monterrey n’est mentionnée dans aucun registre (ibid.).

 

LE PRD ET MORENA :

 © PRD / MORENA © PRD / MORENA

Prônant le renouvellement, et en réponse aux élections frauduleuses de 1988 qui ont vu la victoire d’un candidat priiste face au candidat dissident Cuauhtémoc Cardenas (prononcer Quoi-au-té-mok Cardénasse), AMLO co-fonde avec ce dernier en 1989 le Parti de la Révolution Démocratique, constituée d’anciens du PRI et divers politiques de gauche (donc le Parti communiste), et appartenant sur le plan international à l’Internationale Socialiste. Cuauhtémoc Cardenas a été candidat jusqu’en 2000, sans jamais gagner les présidentielles ; cependant, ce parti de gauche gagne plusieurs Etats réputés pour leur esprit de contestation et pour certains leurs liens avec les mouvements zapatistes : le Michoacan, Guerrero et le Chiapas. En 2006, AMLO prend le relais et se présente aux présidentielles au sein d’un vaste mouvement de rassemblement de la gauche, la Coalition pour le Bien de Tous. Il perd avec moins de0,6% de différence de voix face au candidat paniste, Felipe Calderón (comme on se retrouve), ce qui ne manque pas d’engendrer des semaines de polémique et de recours en justice.

C’est dans ces années-ci que le PRD sombre peu à peu dans la tourmente ; accusé à son tour de multiples cas de corruption (blanchiment d’argent, pots-de-vin, frais de bouche), des preuves accablantes sont apportées par un Bernard Tapie argentin, Carlos Ahumada, qui filmait ses entretiens avec les personnalités du PRD ; il est venu le temps des Videoescandalos, impliquant jusqu’au secrétaire particulier d’AMLO, René Bejarano. Enfin, la goutte de citron faisant déborder le bol à guacamole est atteinte en 2014, lorsque que le pays comprend que le PRD a couvert sinon ignoré les agissements du maire PRD d’Iguala, José Luis Abarca, reconnu coupable dans la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa (6). Après une fuite rocambolesque, celui-ci croupit depuis en prison avec sa femme. Signe fort, Cuauhtémoc Cardenas quitte le parti pour marquer son désaccord : bref, le PRD entre officiellement dans le jeu de la loi d’Hérode.

Casseroles et dissidences internes aidant, AMLO décide de quitter le PRD en 2012 et de fonder dans la foulée un mouvement social qui devient par la suite parti, le Mouvement pour la Régénération Nationale (ou MORENA). Sa Déclaration de Principes s’analyse comme une conception de gauche de la société, laquelle se veut sociale et transparente, ouverte à toutes et tous sans distinction d’âge, de classes et d’appartenance ethnique, et qui accorde à l’écologie et à la culture la même importance qu’à l’économie. En dépit de son jeune âge, MORENA fait son entrée à la Chambre des Députés en 2015 (36 élus) et 18 districts (ou arrondissements) de la capitale. Il séduit en priorité les jeunes, les petites classes moyennes urbaines et les intellectuels de gauche. AMLO est actuellement le candidat officiel de MORENA pour les élections présidentielles de 2018 ; les sondages le placent régulièrement favori (lui-même ne se fait d’ailleurs pas prier pour le souligner).

Vous trouverez ici le programme de campagne, humblement renommé par les partisans de MORENA “Les 50 points d’AMLO pour sauver le Mexique”, et pour les non-hispanisants, nous vous traduisons gracieusement les 10 thèmes phares du candidat, parce que oh après tout, vous n’aviez qu’à vous pencher davantage sur votre grammaire d’espagnol au lycée, petits fumistes. Un programme à l’évidence généreux et soucieux de la population, mais néanmoins fort peu loquace sur les mesures concrètes, les lois à promulguer ou l’organisation du budget.

1. Pour la révolution des consciences et une pensée critique et solidaire. Pour un nouveau courant de pensée.

2. Pour une éthique républicaine et contre la corruption.

3. Pour une démocratie au service du peuple et de la nation et contre l’autoritarisme.

4. Pour la Défense de la Souveraineté Nationale et l’indépendance et contre la couardise.

5. Pour une nation pluriculturelle et le respect des peuples indigènes.

6. Pour la démocratisation et l’accès des médias de communication de masse.

7. Pour un nouveau modèle économique.

8. Pour accomplir et renforcer les droits sociaux et contre l’inégalité.

9. Pour le respect des Droits Humains et contre la violence.

10. Pour la sauvegarde des campagnes, l’autonomie alimentaire et contre la déprédation des ressources naturelles.

 

MI-JLM, MI-CORBYN :

AMLO apparatchik ? Oui, on pourrait lui rapprocher le fait que son parcours s’apparente davantage à une carrière politique qu’à un militantisme façon Besancenot : président du PRD, gouverneur du District Fédéral (l’équivalent de préfet d’Île-de-France), président de MORENA. Ensuite, pour quelqu’un qui prône le renouvellement des élites, avoir milité dans le parti le plus ancien et le plus décrié (le PRI), tue quelque peu la crédibilité du discours. Cependant, sans vouloir jouer au chevalier blanc mais par souci de présenter le contexte dans son ensemble, force est de reconnaître qu’il n’existe pas de tradition de candidat indépendant, de représentation syndicale à un niveau national, ni de système permettant l’existence et la visibilité de “petits” partis, encore moins dans les années 70. À cette époque, et même encore maintenant, l’entrée en politique se fait par l’entrée au parti, et rappelons que le PRI dirige le pays sans interruption depuis des décennies. L’exemple d’El Bronco (Jaime Rodríguez Calderón), actuel gouverneur de l’Etat du Nuevo Leon est assez parlant. En 2015, il est le premier candidat a-parti à gagner une élection, et cela fait sensation jusque dans la presse internationale. Or, El Bronco est loin d’être un indépendant pur jus puisqu’il a été membre du PRI (et même maire priiste !) jusqu’en 2014. Toutefois, AMLO n’est pas sans nous rappeler notre bon vieux Jean-Luc Mélenchon : un ex-PS, député, ministre, sénateur, qui appelle à une nouvelle République pour en finir avec ces toujours-les-mêmes. Hum hum. D’ailleurs, la Déclaration de Principes se propose ni plus ni moins comme le quatrième tournant historique du pays : Indépendance, Réforme, Révolution, MORENA (7). Autre étrangeté : en 2006, après avoir perdu les élections présidentielles pour la première fois, AMLO s’autoproclame président légitime de la République, nomme son gouvernement et orchestre une mise en scène  sur le Zocalo (la place centrale de México, où se situe ni plus ni moins le palais présidentiel !) de son investiture (à 1min12s). Enfin, en tant que candidat se prétendant d’une gauche juste et luttant contre les inégalités, on peut s’étonner de la proximité entre Manuel Obrador et le multimilliardaire capitaliste Carlos Slim (propriétaire d’à peu près tout et n’importe quoi de rentable et de kitch dans le pays). Ce dernier l’a en effet largement aidé lorsqu’il était à la tête de la ville de México dans la réhabilitation du centre historique, et a racheté nombre de bâtiments qu’il a personnellement financé pour leur rafraîchissement.

Au contraire de la majorité des dirigeants, AMLO bénéficie, et ce depuis longtemps, d’un évident soutien populaire. En 2000, il est élu gouverneur du District Fédéral ; il mène alors une politique sociale envers les plus démunis : pension alimentaire pour les personnes âgées, réhabilitation du centre historique laissé à l’abandon … Il initie une certaine forme de participation directe en proposant deux référendums, et se veut irréprochable en matière de transparence, établissant une conférence de presse quotidienne durant son mandat. En 2006, soit au moment des élections, AMLO est mis en accusation par le gouvernement mexicain pour avoir passé outre une décision officielle (l’interdiction de construire sur un terrain exproprié). Menacé de perdre son immunité d’élu afin de pouvoir être traduit en justice, ce qui l’empêcherait donc de se présenter aux présidentielles, plus d’1 million de personnes, du jamais vu, descend dans les rues de la capitale pour protester contre cet acharnement ; le gouvernement de Vicente Fox abandonne le processus. Idem en 2012, lorsque Manuel Obrador perd face à Peña Nieto, la rue manifeste son mécontentement, le tout dans un contexte de fortes suspicions de fraude. Durant ses campagnes présidentielles, AMLO est le seul candidat à visiter tous les Etats du pays et toutes les délégations du District Federal (rappelons que le Mexique, c’est 120 millions d’habitants, dont 21 pour la seule agglomération que forme la capitale, et une superficie totale de près de 2 millions de km2). Jusqu’à maintenant, MORENA n’a eu aucun scandale financier ou de corruption, et l’homme n’a encore aucune accusation à considérer avec sérieux. Ce qui est assez encourageant. C’est pourquoi AMLO nous fait aussi songer au sympathique Jeremy Corbyn, le candidat travailliste britannique qui galère avec les cadres à la ramasse de son parti, mais est aimé des foules, et en particulier de la jeunesse.

 

UNE GUERRE OUVERTE SEUL CONTRE TOUS.

AMLO demeure un candidat décrié par nombre d’officiels. Des personnalités politiques comme l’écrivaine Guadalupe Loaeza (PRD) dénoncent l’autoritarisme du personnage, qui tout comme JLM goûte peu à la critique. Il lui est sans cesse demandé par le PRI de se justifier sur ses liens supposés avec le maire d’Iguala dans le cadre des 43 d’Ayotzinapa. Il existe même des spots officiels à la télévision – assez kitchouilles – l’attaquant et le présentant comme “Le danger du Mexique”. Enfin, il est en conflit ouvert avec le nouveau gouverneur de Veracruz, Miguel Ángel Yunes Linares (PAN), chacun accusant l’autre d’avoir ni plus ni moins reçu des sommes énormes d’argent (de la part du PRI concernant Yunes Linares, émanant de Javier Duarte dans le cas d’AMLO). Un rien enflamme la polémique, les instances officielles manquent cruellement de réserve, sans laisser de place à la présomption d’innocence, ce qui laisse supposer le caractère artificiel et haineux d’au moins une partie des attaques. Récemment en déplacement à New York auprès de la communauté mexicaine expatriée, AMLO a été pris à partie par l’un des parents des 43 disparus. Plusieurs versions d’une vidéo circulent, certaines l’accusant d’avoir envoyé balader le père meurtri, d’autres au contraire louant son empathie. Il n’est guère mieux traité à l’étranger. The Economist considère le candidat comme un “populiste” (d’ailleurs ses supporters sont regroupés sous l’appellation de “multitude”, la prochaine fois attendons-nous à voir écrit “gueux”), capable de faire sombrer l’économie du pays s’il venait à être élu. L’année dernière, The Wall Street Journal a accusé AMLO d’avoir omis volontairement deux appartements dans sa déclaration d’impôts. À l’inverse, nombre d’intellectuels d’envergure, exempts de toute compromission avec les régimes précédents, soutiennent avec chaleur le candidat moreniste : l’écrivaine Elena Poniatowska (Prix Cervantés en 2013), mais également le regretté Carlos Fuentes, Laura Esquivel, Paco Ignacio Taibo II …

Il est évident que Manuel Obrador ne dispose pas de la même facilité de couverture médiatique que les leaders des “grands” partis, en dépit de la loi d’égalité du temps de parole. Même le PRD, pourtant troisième force politique, est sous-représenté dans les médias de masse. En outre, rappelons que les médias les plus stratégiques (les chaînes de télé par exemple), appartiennent essentiellement à des hommes d’affaires proches des milieux priistes. Emilio Azcárraga Jean, l’un des hommes les plus riches du pays, propriétaire du géant médiatique Televisa (comme on se retrouve bis), qui détient au moins 4 chaînes du canal mexicain, fricote avec plusieurs gouvernements fédéraux priistes et panistes dans une sale affaire de millions détournés ; il est également impliqué dans les transactions douteuses autour de l’indécente Casa Blanca mentionnée plus haut. Bref, la même collusion politico-médiatique dénoncée chez nous par Serge Halimi ou Acrimed (8). Pourtant, El Financiero va jusqu’à s’indigner de la liberté d’expression dont bénéficierait le candidat, et sous-entend le caractère complotiste de ses discours. Vous l’aurez compris, dans les milieux d’affaires, AMLO est un Bernie Sanders latino.

Il peut se produire beaucoup, beaucoup de choses d’ici 2018. En dépit de son mantra “la troisième fois sera la bonne” (en référence à ses candidatures précédentes), AMLO craint des possibilités de fraude. Personnellement, je n’adhère pas au mythe de l’homme providentiel, l’idée romantique d’un juste oeuvrant parmi les méchants. Il est à déplorer l’absence d’un cabinet fantôme ou même d’un ticket, et d’une cristallisation à tendance messianique autour de la seule figure d’Obrador. Cependant, je souhaite sincèrement aux Mexicains qu’AMLO soit un homme probe, capable de changements sociaux réels. Toutefois, l’honnêteté même avérée d’un seul est-elle suffisante face à la machine étatique, administrative et mafieuse ? Quoiqu’il en soit, on peut affirmer que l’intérêt tout autant que l’hostilité suscités par AMLO sont révélateurs d’enjeux cruciaux pour la société mexicaine, et d’attentes devenues exigences vitales pour nombre de ses citoyens. Pour ma part, j’attends avec curiosité la décision du mouvement zapatiste ; en effet, lors du Cinquième Congrès Indigène, le Sous-Commandant Galeano (anciennement Marcos) a émis pour la première fois l’idée d’une candidature féminine indigène pour 2018, afin de médiatiser les revendications des peuples autochtones.

 


 

(1) Le Mexique est une république fédérale fondée par la Constitution de 1917 : il est divisé en 32 Etats (hors capitale), chacun dirigé par un gouverneur, et disposant de son propre congrès et de sa propre constitution. Au niveau national, le Président de la République est élu au suffrage universel pour un mandat de six ans (particularité : un seul tour). Il y a deux Chambres : celle des Députés (500) et celle des Sénateurs (128). 

(2) Non mais déjà, comment peut-on être révolutionnaire et institutionnel ? Ensuite, c’est un parti conservateur et autoritaire, impliqué dans de multiples scandales, dont le massacre de Tlatelolco en 1968.

(3) Encore aujourd’hui, les peuples indigènes du Mexique souffrent de fortes discriminations à tous les niveaux, et d’un accès moindre sinon inexistant aux services publics (à ce titre, cf l’entretien avec l’anthropologue et sociologue Bruno Baronnet).

(4) La Loi d’Hérode a été adaptée avec succès au cinéma par Luis Estrada en 1999. Dans le Mexique rural des années 50, le personnage principal, Juan Vargas, est un petit militant obscur du PRI. Du jour au lendemain, dans un contexte tendu par les prochaines élections fédérales et nationales, il est nommé maire du petit village San Pedro de los Saguaros, pauvre et à majorité indigène. Ceux-ci ont tué à la machette leur précédent élu, coupable de corruption et de détournement de fonds. Le film raconte avec beaucoup d’humour noir l’apprentissage du pouvoir et de ses bénéfices, et l’hypocrisie des dirigeants aussi bien que des institutions, qu’elles soient politiques, administratives ou religieuses.

(5) Certains spécialistes, unis autour du mouvement Tribunal Pénal International contre Felipe Calderon, vont jusqu’à parler de crimes de guerre.

(6) Un récapitulatif de l’affaire en français et en espagnol est disponible ici. La disparition des 43 continue à indigner profondément le pays, du fait que tout manque : les corps des victimes, les coupables, l’action en justice, les commémorations officielles … 

(7) Cf article 4. Petit rappel : Indépendance pour la guerre d’indépendance vis-à-vis de l’Espagne (1810-1821) ; Réforme pour la politique réformiste du président Benito Juarez (1858-1872); Révolution, pour la période révolutionnaire entre 1910 et 1920, qui a conduit à l’élaboration de l’actuelle Constitution.

(8) À ce sujet, le mariage de Peña Nieto, le beau gosse mexicain propret avec la super star de télé La Gaviota, héroïne de la telenovela la plus populaire de l’histoire mexicaine (Distilando el amor), est tout sauf innocent. La telenovela au Mexique est quasiment une institution, autant qu’un match de football en Angleterre ou Vivement dimanche ! chez ta mamie. Il a permis au jeune candidat priiste de s’imposer à peu de frais auprès d’un large public. Vice le résumé fort bien dans l’intro de ce court reportage.

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