Qui a peur du Grand Méchant Migrant ? (Who’s afraid of the Big Bad Migrant ?)

Qu’il soit politique, économique ou climatique, le Grand Méchant Migrant effraye et défraie la chronique, en tout cas celle que veulent bien servir les médias au grand public.

www.manueldiaz.org © Manuel Diaz www.manueldiaz.org © Manuel Diaz

Ndlr : Le terme de migrant me chiffonne toujours un peu, on a cette impression d’une espèce d’oiseau rare, qui vole vers des climats plus paisibles (et, diront les vilaines langues, où fleurissent les allocations). Mais passons, il faut bien un terme technique.

Qu’il soit politique, économique ou climatique, le Grand Méchant Migrant effraye et défraie la chronique, en tout cas celle que veulent bien servir les médias au grand public (1). Pourtant, ces simples chiffres devraient détendre les plus coriaces : sur les 511 millions d’habitants de l’UE, 21 millions sont des ressortissants non-européens, toutes nationalités confondues (soit 4% de la population !) ; en 2015, le nombre d’immigrés en France était de 298 000 personnes (2), sur plus de 67 millions d’habitants (soit 0,44% de la population !). Pour la “Grande Invasion“, thème cher aux partisans d’une identité blanco-occidentalo-christianno-blanquette-de-veau, on repassera.

Le terme “demandeur d’asile” regroupe un vaste panel de migrants en difficulté, issus ou non de l’U.E.. Avoir droit à l’asile, c’est obtenir une protection face au régime du pays dont est issu le migrant. L’on peut être alors officiellement réfugié, apatride, bénéficier d’une protection subsidiaire ou de l’asile constitutionnel. Dans tous les cas, cette démarche n’est jamais une décision à la légère et constitue le plus souvent un choix sans retour. En effet, selon le statut accordé, le migrant ne pourra jamais retourner dans son pays, ou du moins pas avant plusieurs années. Le migrant peut fuir pour des motifs politiques et économiques (en gros, se faire persécuter ET mourir de faim), mais dans les faits, la préférence est donnée aux seuls migrants pour raisons politiques, au prétexte qu’après tout, il y a trop de monde et des flux migratoires de fauchés il y en a toujours eu, on ne va pas se laisser attendrir maintenant, du nerf voyons. Or, cette distinction, compréhensible sur certains aspects (par exemple, les réfugiés économiques et politiques ne dépendent pas de la même législation, les premiers sont concernés par le Ministère de l’Intérieur, les seconds par la Convention de Genève), permet surtout d’effectuer un tri sordide et d’exclure immédiatement et sous couvert de la loi des milliers d’individus. Le cas du Venezuela est particulièrement parlant : l’inflation monstrueuse, l’autoritarisme de Maduro et la délinquance quotidienne ont poussé des milliers de Vénézuéliens à tenter leur chance ailleurs, et notamment en Europe. Or, il est difficile pour nombre d’entre eux de prouver autre chose que leur précarité économique, de relier celle-ci à une pression politique directement exercée contre eux, ou de démontrer avec certitude les représailles en cas de retour. À moins d’être un opposant “de marque”, dont la parole et les faits sont médiatisés, telle l’ancien procureur générale Luisa Ortega, le migrant “lambda” peine à établir un lien de cause à effet particulier et unique entre son régime et sa fuite, difficulté par ailleurs renforcée par la barrière linguistique et culturelle avec son pays d’accueil.

Non, l’administration française n’est pas au service du migrant. Déjà, elle est tout sauf coulante : en 2016, sur 70 000 demandes d’asile, seule 1/3 a été accordé (3), et ce bien en dessous de la moyenne européenne (68% de réponse positive). Et un individu n’a droit qu’à une seule demande de droit d’asile ; le processus n’est donc ni illimité ni renouvelable. Ensuite, que celles et ceux qui n’ont jamais pesté de devoir se rendre en préfecture pour un papier de voiture jettent la pierre. Nul n’ignore l’aspect bien souvent spartiate des locaux (salles sans chaises, pas de climatisation ou de chauffage, toilettes hors d’usage), les longues files d’attente bien avant l’aube, du lundi au vendredi, parfois sur le chemin même des voitures, le manque d’accessibilité (ascenseurs inexistants ou en panne, pas de panneaux multilingues, etc.), et la fabuleuse logique bureaucratique (personnel débordé avec un guichet ouvert sur quatre, rendez-vous systématique à l’ouverture pour tous mais nombre limité de places distribuées en une heure, pas de regroupement des dossiers selon les nationalités ou la langue pour une gestion plus rapide, pas de traducteurs, etc.).

Le traitement des dossiers est long, très long. Chaque pièce demandée doit être envoyée en recommandé avec accusé de réception (5,10€ le courrier, coûteux pour une personne sans revenus). Toute erreur, comme un retard d’envoi de documents ou la non-présentation en préfecture (c’est-à-dire, la non obtention d’un rendez-vous qui, comme on l’a vu, est accordé sur un créneau extrêmement court à un quota lui-même très limité, et qui ne donne pas de certificat à ceux s’étant présentés mais n’ayant pu obtenir un horaire) met en péril le processus administratif, et entraîne des sanctions (par exemple la suspension de l’Allocation pour Demandeur d’Asile). En revanche, toute erreur de l’administration (perte de documents, erreur de frappe, envoi à la mauvaise adresse) n’entraîne aucune sanction pour celle-ci ou réparation pour le migrant. Si ce dernier n’a pas vu et signalé rapidement l’erreur commise, c’est lui qui se retrouve en tort et sanctionné. Dans certaines régions de France, l’accueil même des migrants est plus que douteux : de l’enfermement illégal puis expulsion à Menton cet été, à la persécution policière quotidienne à Calais, en passant par leur occultation lors de la visite présidentielle à Lyon.

En 1940, les émigrés allemands fuyant le nazisme avaient fait les frais du même système. Dans Voyage et Destin (Schicksalsreise), récit de sa fuite éperdue face à l’avancée de la Wehrmacht, l’écrivain Alfred Döblin (4) écrivait :

Le voyage ne manquait sans doute pas d’intérêt : on traversait la moitié de la ville. Toutefois, notre besoin de voyage était déjà comblé. (…) On suait, et la fatigue commençait à se faire sentir. Plusieurs autos filèrent à côté de nous, nous dépassant. (…) L’allée s’était élargie jusqu’à former une sorte de place où se tenait toute une troupe de gens, des hommes et des femmes simplement et correctement vêtus. (…) Tous attendaient … attendaient d’être admis. (…) En haut de l’escalier, des gens allaient tranquillement de-ci de-là et s’appuyaient à la balustrade, le regard perdu. (…) Il faut aller chercher un numéro. (…) Nous reçûmes un numéro : il y avait plus d’une douzaine de personnes avant nous, nous étions arrivés tard et qui sait si nous serions reçus aujourd’hui, le bureau était fermé l’après-midi. (…) On s’entretenait avec tel ou tel compagnon d’infortune, qu’on n’avait pas vu depuis Paris. Ils venaient de différents camps et ils évoquaient d’autres gens, qui étaient encore en route. L’humeur générale était sombre : on essaie ici, mais il n’y a pas beaucoup d’espoir. On parlait de la situation politique, et c’étaient de déprimantes palabres.” (“Marseille ou la chasse aux visas”, extrait, éd. du Rocher, 2001, pp. 244-246, 1949.)

Près de huit décennies plus tard, Ve République et révolution informatique incluses, rien n’a changé et le témoignage de Döblin demeure d’une troublante actualité. Les camps d’internements pour les Espagnols républicains puis plus tard les Harkis sont devenus des centres de réclusion et des bidonvilles que l’on ferme ou détruit de temps à autre sans proposer pour autant de solution à terme (si ce n’est l’expulsion).

Non, l’État ne verse pas des millions(ards) aux migrants. Que ce soit sous Sarkozy, Hollande ou désormais Jupiter, le Grand Méchant Migrant est et reste dans la dèche. Toute personne dans une procédure de demande d’asile n’a pas le droit de travailler. Elle doit attendre un délai de 9 mois et obtenir une autorisation provisoire de travail, à condition d’avoir eu au préalable une promesse d’embauche. Le travail au noir est évidemment pénalisé, que ce soit pour le migrant ou l’employeur, même dans le cas de menus services à la personne (ménage, garde d’enfants).

En théorie, le migrant peut demander l’Allocation pour Demandeur d’Asile. Cette aide financière (la seule d’ailleurs) est accordée à tout demandeur d’asile de plus de 18 ans :

  • si celui-ci en fait la demande
  • si celui-ci accepte sans réserve les conditions matérielles de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (par exemple, une adresse d’hébergement imposée)
  • si sa situation administrative est en cours d’examen
  • s’il possède l’attestation de ladite situation
  • s’il parvient à prouver un revenu inférieur au RSA.

Pour information, voici la grille tarifaire officielle.

(capture d'écran) (capture d'écran)

Prenons un exemple “plein tarif”, le premier cas. Admettons qu’un Grand Méchant Migrant seul touche sans interruption aucune l’ADA pendant 9 mois, et ce dès son arrivée sur le territoire français (chose qui dans les faits n’arrive jamais mais passons). Sur une durée de 270 à 279 jours à 6,80€, un migrant aura donc perçu entre 1836 et 1897,2€. Traduction concrète : vous envoyez un recommandé avec AR à 5,10€ à l’administration, vous pouvez faire une croix sur votre repas et dire adieu au bus pour vous rendre à la préfecture.

À TITRE INDICATIF, RAPPELONS QUE LA SUPPRESSION DE L’ISF EST ESTIMÉE À UNE PERTE DE 5 MILLIARDS PAR AN, LE FAMEUX CICE NOUS COÛTE 20 MILLIARDS ITOU, ET L’ÉVASION FISCALEENTRE 60 ET 80 MILLIARDS D’EUROS CHAQUE ANNÉE.

En théorie aussi, le migrant peut demander une Aide Juridictionnelle afin de bénéficier d’un avocat. Tout comme l’ADA, l’AJ n’est pas attribuée automatiquement, et la démarche est souvent longue. Autre légende urbaine : non, le Grand Méchant Migrant ne contribue pas au trou de la Sécu, il n’y a d’ailleurs pas droit et bénéficie seulement des soins d’urgence. S’il prouve la régularité de son processus de demande d’asile, il peut alors avoir droit à la Protection Universelle Maladie. De même, les démarches pour la PUMa sont fastidieuses ; sans aide associative, elle demeure bien souvent inaccessible ou même hors de connaissance du migrant. Le logement pose également problème, même en ayant obtenu le statut de réfugié. Les centres d’accueil sont saturés, demeurent alors le tissu associatif (Utopia 56, Roya Citoyenne …) et les initiatives individuelles (on songe notamment à Cédric Herrou). Depuis 2013, l’article L622-4 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit effectivement de ne pas poursuivre l’hébergement à titre humanitaire (5). Dans les faits, c’est surtout l’article L622-1, datant de 1945, qui prime : 5 ans d’emprisonnement et 30 000€ d’amende pour tout hébergeant français ou ressortissant européen. L’acharnement policier et judiciaire contre Cédric Herrou constitue probablement le cas le plus emblématique, mais d’autres arrestations ou poursuites ont eu lieu : la retraitée Monique Pouille à Calais, l’universitaire Pierre-Alain Mannoni à Nice, le militant de la LDH Paul Garrigues à Dijon … Dans tout le pays, nombre de migrants se retrouvent à la rue, mineurs compris (6), ou dans des foyers d’urgence, côtoyant alors des populations marginalisées, et dans tous les cas n’aidant ni au suivi ni à l’intégration.

Les cas les plus précaires constituent la catégorie des dublinés, c’est-à-dire les Grands Méchants Migrants arrivés illégalement dans l’U.E. et dont les empreintes sont enregistrés dans le fichier Eurodac. Cela oblige le migrant à faire sa demande d’asile uniquement dans le premier pays où il a été contrôlé (donc en général dans le territoire d’arrivée), et à s’y faire reconduire s’il a le malheur de se trouver dans un autre pays. Or, la procédure Dublin III s’appuie à la fois sur un contrôle des faits et gestes du migrant et une facilitation de son expulsion : ce dernier est le plus souvent assigné à résidence ou placé en détention, mais pour autant sa procédure d’admission n’en est pas plus simple ou plus rapide. En cas de non respect des consignes (changement d’adresse, non présentation à une convocation), le migrant perd les maigres avantages dont il disposait (par exemple, ses millions de l’ADA), et est déclaré en fuite, donc illégal, donc expulsable à loisir. Or, les pays frontaliers de l’U.E. sont logiquement ceux qui enregistrent le plus de dublinés (Grèce, Espagne, Autriche) ; sans même parler des aspirations géographiques personnelles des migrants, plus le nombre de dublinés d’un pays augmente, plus sa politique frontalière et son processus de droit d’asile sera restrictif. Et une fois le migrant refusé dans le pays où il a été dubliné, il ne peut retenter sa chance dans un pays de l’U.E., car la demande de droit d’asile est unique et n’est étudiée qu’une seule fois.

Nous vivons dans une ère aveuglément capitaliste. Le monde est un vaste village où circulent les biens et les personnes, mais surtout les biens. Depuis bientôt deux siècles, le capitalisme creuse avec plaisir les inégalités, appuie les régimes autoritaires, et last but not least, dérègle les lois de la nature. Participant actif de ce système, l’Union européenne apparaît pour beaucoup comme l’un des derniers espaces viables, sans conflit armé sur son sol, et sans trop encore de catastrophes climatiques. Bref, les phénomènes migratoires sont un fait et ne sont pas prêts de s’arrêter, que l’on ferme les frontières ou non. Or, eu égard aux politiques actuelles, il n’est pas exclu du tout que nous devenions à notre tour des Grands Méchants Migrants, et ce dans un futur moins lointain qu’il n’y paraît. Épuisés et désespérés, nous fuirons avec femme et enfants à dos d’âne ou sur un bateau pneumatique une guerre, une famine ou l’apocalypse climatique.

Espérons alors que nos prochains montreront davantage de clémence que nous.


NDLR : LE TITRE DE L’ARTICLE EST INSPIRÉ DE LA CHANSON “QUI A PEUR DU GRAND MÉCHANT LOUP ?”, COMPOSÉE PAR FRANK CHURCHILL POUR LE COURT-MÉTRAGE D’ANIMATION LES TROIS PETITS COCHONS. LA DATE SENT DÉJÀ MAUVAIS (1933), ET LA FIGURE DU LOUP EST INTÉRESSANTE EN CE SENS QUE SON PLUS GRAND TORT N’EST PAS D’ÊTRE CARNIVORE, MAIS D’ÊTRE AVANT TOUT UN ERRANT, SANS TOIT ET MAL FAGOTÉ.

(1) EN JUILLET 2016, NOUS CRITIQUIONS DÉJÀ LE TRAITEMENT MÉDIATIQUE D’ÉVÈNEMENTS MEURTRIERS COMMIS PAR DES INDIVIDUS AU PROFIL NON-CAUCASIEN. AJOUTÉ À CELA, L’INTOX EST UN VIEUX TRUC NÉO-FASCISTE QUI FONCTIONNE HÉLAS PAS MAL DÈS QU’IL S’AGIT DES MIGRANTS.

(2) ET (3) NOUS NOUS APPUYONS SUR LE RAPPORT 2017 DE L’OCDE, “PERSPECTIVES DES MIGRATIONS INTERNATIONALES 2017”. LES CHIFFRES SPÉCIFIQUES À LA FRANCE SONT INDIQUÉS P. 214.

(4) INTELLECTUEL, PAMPHLÉTISTE AUX IDÉES SOCIALISTES VOIRE MARXISTE, ISSU D’UNE FAMILLE JUIVE, LE PAUVRE ALFRED N’A DÉCIDÉMENT RIEN POUR PLAIRE AU REICH. IL SE RÉFUGIE À PARIS DÈS 1933. EN DÉPIT DE SA CÉLÉBRITÉ LITTÉRAIRE ET D’OPPOSANT AU NAZISME, D’UN POSTE AU MINISTÈRE DE LA GUERRE ET DE L’ENGAGEMENT DE SON FILS WOLFGANG DANS L’ARMÉE FRANÇAISE, IL DOIT FUIR EN ZONE LIBRE, PUIS EN ESPAGNE, AVANT DE PRENDRE L’UN DES DERNIERS BATEAUX À LISBONNE EN PARTANCE POUR LES ÉTATS-UNIS. DÖBLIN DÉMONTRE POINT PAR POINT L’INEFFICACITÉ ET L’HOSTILITÉ AFFICHÉE DE L’ADMINISTRATION FRANÇAISE FACE À CELUI QU’ELLE CONSIDÈRE POTENTIELLEMENT COMME UN ESPION, ET QU’ELLE N’HÉSITE PAS À ENFERMER DANS DES CAMPS D’INTERNEMENT. LES SEULES AIDES DONT IL BÉNÉFICIE – ET QUI SAUVERONT SA VIE, CELLE DE SA FEMME ET DE SON JEUNE FILS STEFAN – PROVIENNENT D’INITIATIVES INDIVIDUELLES OU ASSOCIATIVES.

(5) L’ARTICLE L622-4 PRÉVOIT NOTAMMENT POUR L’INDIVIDU EN SITUATION IRRÉGULIÈRE, OUTRE L’HÉBERGEMENT PAR UN MEMBRE DE LA FAMILLE OU LE CONJOINT, L’ABSENCE DE POURSUITES “POUR TOUTE PERSONNE PHYSIQUE OU MORALE, LORSQUE L’ACTE REPROCHÉ N’A DONNÉ LIEU À AUCUNE CONTREPARTIE DIRECTE OU INDIRECTE ET CONSISTAIT À FOURNIR DES CONSEILS JURIDIQUES OU DES PRESTATIONS DE RESTAURATION, D’HÉBERGEMENT OU DE SOINS MÉDICAUX DESTINÉES À ASSURER DES CONDITIONS DE VIE DIGNES ET DÉCENTES À L’ÉTRANGER, OU BIEN TOUTE AUTRE AIDE VISANT À PRÉSERVER LA DIGNITÉ OU L’INTÉGRITÉ PHYSIQUE DE CELUI-CI.”

(6) LA SITUATION DES MIGRANTS MINEURS À LA RUE EST PARFAITEMENT CONNUE, ET LAISSÉE TELLE QUELLE PAR LES POUVOIRS PUBLICS (MÊME LE POINT LE DIT !). CETTE PRÉCARITÉ N’EST PAS PROPRE À PARIS, ET SE RETROUVE SUR TOUT LE TERRITOIRE : MARSEILLEAMIENSTOULON OU ROUEN.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.