L'agroécologie a besoin de transfert inversé !

Si l'agro-écologie consiste à interpréter et utiliser les capacités des écosystèmes à produire et à rester fertiles, les novices en la matière auront sans doute besoin de voyager un peu...

L'inspiration peut en effet venir plus facilement au contact des communautés rurales observatrices et astucieuses logées dans les différentes régions du globe... Celles-ci sachant tirer parti de leur agro-écosystème sans moyens disproportionnés, en s'appuyant sur toutes les formes d'échanges, d'expérimentation et de transfert d'un contexte à un autre, et ce depuis plusieurs générations et dans un environnement où le naturel l'emporte encore sur l'artificiel.

De précieuses sources de l'agro-écologie instruite et instructive coulent et livrent leur ingéniosité loin d'ici, sous d'autres climats, en Asie, en Afrique et en Amérique latine notamment, et si nous allions un peu y tendre l'oreille ? Ce sont des endroits où la chaîne de la transmission des expériences pratiques nous offre un large panorama de raisonnements utiles pour une agro-écologie tempérée à renouveler ou à inventer.

Un transfert de connaissances des cultures traditionnelles vers les agricultures industrielles doit permettre de retrouver les sources de l'agroécologie en Europe © London Permaculture Un transfert de connaissances des cultures traditionnelles vers les agricultures industrielles doit permettre de retrouver les sources de l'agroécologie en Europe © London Permaculture
Par quels réseaux d'échanges, par quels mouvements coordonnés, par quels canaux d'information, pouvons-nous bénéficier d'un transfert de connaissances agro-écologiques, en provenance de groupes d'agriculteurs des régions du monde les plus naturelles et nourricières à la fois ?
Si nous reconnaissons que le développement agricole s'appuie désormais sur des transferts transversaux (c'est à dire provenant des expériences des paysans, et allant vers d'autres paysans), convenons aussi que c'est en nous tournant vers les marges des zones d'influence de l'industrialisation de l'agriculture, et vers les marges des régions où l'exploitation de l'espace a banalisé les écosystèmes, que nous devons nous rendre pour apprendre...

A contresens des logiques habituelles peut-être, faisons des franges d'agro-écologie vivante qui persistent aux quatres coins de la planète les centres d'une nouvelle diffusion de savoir-faire jusque dans nos territoires ruraux les plus uniformisés. Il est temps de donner plus de voix à un transfert-inverse et aux échanges ayant cette vocation, afin qu'ils soient dynamiques et fructueux, pour offrir de nouvelles perspectives agro-écologiques aux agriculteurs français et européens.

F. FUCHS

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