Tous agroécologues avec les GIEE ?

Retour sur l'appel à projets "mobilisation collective pour l'agroécologie" et ses conséquences


L'agroécologie, dans sa forme promue par le Ministère de l'agriculture et l'INRA, semble vouloir être à la fois une pièce maîtresse de la transition écologique de l'agriculture et une grande famille englobant des projets très divers... A quel prix ?

Et si l'agroécologie n'était qu'une affaire d'économie et d'environnement ? Alors que cette notion renvoie pour certains d'entre nous à une remise en question complète de notre approche actuelle de l'agriculture et de l'alimentation, en proposant une nouvelle façon de vivre en équilibre avec les écosystèmes, elle tend de plus en plus à prendre la place de l'agriculture raisonnée dans les esprits... Autrement dit un ensemble de pratiques permettant de produire plus (ou de dégager plus de revenu) avec moins (et indirectement en atténuant les impacts négatifs sur l'environnement...).

Tous agroécologues ? Tous agroécologues ?
Depuis l'appel à projets "Mobilisation collective pour l'agroécologie" qui a fait parler de lui durant l'été 2013, l'agroécologie est entrée dans l'ère de la double performance, c'est à dire économique et écologique, en perdant sans doute au passage une partie de son âme. Tout projet dans lequel il est question d'améliorer la rentabilité et de réduire certains impacts sur l'environnement (en principe ici, l'un n'allant pas sans l'autre), en utilisant mieux les ressources de l'agro-écosystème, aurait finalement sa place dans la grande famille agroécologique.

C'est ainsi que parmi la centaine de projets retenus par le Ministère de l'agriculture (pour un financement global prévu de 6,2 millions d'euros), nous retrouvons une grande diversité d'approches et de réalisations concrètes, allant de la sélection participative des graines à la méthanisation centralisée, en passant par le semis direct, et les itinéraires à bas niveaux d'intrants.

Des critères dits prioritaires devaient initialement guider le tri : ambition et réalisme des objectifs de performance environnementale et de performance économique pour les exploitations agricoles visées par le projet, cohérence entre les objectifs environnementaux et économiques du projet. Dans le nouvel appel à projets (fin 2014), qui propose de faire entrer des collectifs dans la démarche de construction et de reconnaissance d'un GIEE, ces critères sont précisés, et il est dit que les exploitations agricoles impliquées devront pouvoir montrer leur état initial (données technico-économiques, indicateurs environnementaux), qui sera ensuite comparé aux résultats obtenus après la mise en œuvre des actions "doublement performantes".

Mais ce volet "évaluation" sera-t-il toujours assez développé et assez fiable pour dissiper les doutes sur le bien-fondé et l'efficacité des projets portés par des collectifs déjà bien occupés par ailleurs ?
C'est peut-être au moment de "faire les comptes" qu'une forme d'indulgence agroécologique" prendra le dessus, et que petites et grandes améliorations, vérifiées ou non, serviront à alimenter une communication percutante sur la transition écologique en marche !

Si nous ne voulons pas que la notion d'agroécologie soit définitivement galvaudée, il serait sans doute souhaitable que les associations d'étude et de protection de l'environnement intéressées par les  questions agricoles s'invitent à la table d'une évaluation participative de la soi-disant double performance et de l'agroécologie officielle.

F. FUCHS

 

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